Des étudiants de l'école Guigues manifestent contre le règlement 17.

La résistance en trois actes

Coup d'oeil sur trois autres épisodes importants de l'histoire de la francophonie ontarienne.

LE RÈGLEMENT XVII

À la rentrée scolaire de 1912, le Règlement XVII, nouvellement promulgué par le gouvernement conservateur ontarien du premier ministre James Whitney, interdit l’enseignement du français à compter de la troisième année du primaire. Très vite, la résistance des francophones de l’Ontario s’organise. En outre, l’école Guigues d’Ottawa devient un symbole de cette lutte, sous l’impulsion des soeurs Béatrice et Diane Desloges, deux institutrices à l’école de la rue Murray. Leur action donnera lieu au désormais célèbre épisode de la «bataille des épingles à chapeaux», ornement que des mères de famille ont utilisé pour repousser les policiers venus les arraisonner. Manifestations, grèves dans plusieurs écoles et recours devant le Conseil privé de Londres sont autant de gestes qui seront posés pour faire fléchir le gouvernement. Ce n’est que quinze ans plus tard, en 1927, que le Règlement XVII cesse d’être appliqué.  Et en 1944, il disparaît complètement des statuts de la province.  

C’EST LE TEMPS

Pendant que le Québec vit sa Révolution tranquille et assiste à la montée du nationalisme, l’heure est à la revendication en Ontario français. Fin des années 1960 et pendant la décennie suivante, de graves crises scolaires sévissent, notamment à Sturgeons Falls, Cornwall et Penetanguishene. Au milieu des années 1970, le mouvement C’est l’temps défraie les manchettes alors qu’une quinzaine d’activistes iront derrière les barreaux pour avoir refusé d’acquitter une contravention rédigée en anglais seulement. Même le maire de la Ville de Hull, Gilles Rocheleau, passera trois jours à l’ombre afin de protester contre l’unilinguisme anglophone du système de justice ontarien. Ces actes de désobéissance civiles ne resteront pas sans lendemain. En 1986, l’Assemblée législative de l’Ontario adopte la Loi sur les services en français. En 1997, 12 conseils scolaires francophones voient le jour. Mais la lutte est loin d’être terminée.     

S.O.S MONTFORT

Gisèle Lalonde au coeur de la lutte pour sauver l'Hôpital Montfort.

Le 24 février 1997 restera gravée à jamais dans l’histoire de la francophonie ontarienne alors que le premier ministre de la province, le conservateur Mike Harris, annonce la fermeture de l’Hôpital Montfort, seule institution francophone universitaire de soins de santé en Ontario. S’ensuit immédiatement un tollé de protestations qui mènera à la création du mouvement de résistance S.O.S Montfort. Le cri de ralliement «Montfort fermé: jamais!» de la présidente Gisèle Lalonde retentira partout au pays lors du grand rassemblement du 22 mars au Centre municipal d’Ottawa. Si S.O.S Montfort débarque dans la rue, c’est devant les tribunaux que la lutte va se faire, sous la direction de Me Ronald Caza.

Le 29 novembre 1999, trois juges de la Cour divisionnaire de la Cour supérieure de justice de l’Ontario concluent que la fermeture de Montfort porte directement atteinte aux droits constitutionnels de la minorité de langue française de l’Ontario. Le gouvernement de l’Ontario porte cette décision en appel. L’affaire se transporte devant les juges de la Cour d’appel de l’Ontario qui estiment que le gouvernement Harris n’a pas respecté la Loi sur les services en français. Le 31 janvier 2002, le gouvernement annonce qu’il ne fera pas appel de ce jugement. La résistance aura porté fruit.