Daphnée Veilleux-Michaud

La Résistance des jeunes Franco-Ontariens

La jeunesse franco-ontarienne veut démontrer qu’elle «résiste», elle aussi, aux affronts infligés par le gouvernement de Doug Ford à l’endroit des francophones.

Le gestionnaire des grands événements de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Éric Marcotte, ne mâche pas ses mots. «Si les jeunes arrêtent de résister, la francophonie va disparaître. C’est eux qui vont porter le flambeau. C’est eux qui sont la voix jeunesse, la voix dans nos écoles, la prochaine génération à parler français. C’est important que ça reste ainsi.»

M. Marcotte est l’un des membres de la FESFO qui ont passé la semaine à parcourir l’Ontario en voiture afin de distribuer des boîtes de vêtements et d’accessoires aux couleurs franco-ontariennes. Orchestrée par les bénévoles de La Résistance, cette initiative aura permis aux manifestants de recevoir leurs décorations à temps pour la quarantaine de ralliements prévue aux quatre coins de la province. 

Originaire de Hawkesbury, M. Marcotte a l’intime conviction que la francophonie se situe au-delà de la langue dans laquelle il s’exprime. «Le français, c’est un moteur. Je me suis impliqué dès le secondaire, et ça m’a permis de découvrir qui j’étais, de retrouver un sentiment d’appartenance. J’ai aussi eu la chance de créer des amitiés avec des gens de partout en province, j’ai pu me créer un réseau incroyable.»

Un appel à la solidarité

Ce sentiment d’appartenance, Daphnée Veilleux Michaud, de Sturgeon Falls, le ressent elle aussi. «C’est nous qui allons continuer la tradition, qui allons enseigner le français à nos enfants et à nos petits-enfants. Ce n’est pas juste une langue, c’est toute une culture, une histoire.»

Âgée de 17 ans, la jeune femme est d’avis que les actions du gouvernement Ford représentent une gifle au visage des francophones. «C’est important de résister car ce que le gouvernement a fait en coupant le Commissariat aux services en français et l’Université de l’Ontario français, c’est une attaque à notre culture. On ne peut pas voir ça autrement. Ce qu’il a coupé, c’est des cennes, ça ne paye même pas 1 % de notre dette financière», déplore l’étudiante en 12e année à l’école secondaire catholique Franco-Cité. 

Mme Veilleux Michaud appelle à la solidarité de tous. «Que vous soyez vieux ou jeune, anglo ou franco, en allant aux manifestations, vous montrez que la culture et le français sont encore importants pour tout le monde, et qu’on doit rester ici. Il faut se battre pour notre langue, et si on ne le fait pas, on va la perdre.»

Un passé de résistants

Au nord de l’Ontario, à Hearst, Miguel Dillion se considère chanceux de grandir dans une ville à majorité francophone. Le jeune homme, lui aussi âgé de 17 ans, affirme que la francophonie doit demeurer importante pour la jeunesse ontarienne. «Le peuple francophone, c’est un des peuples fondateurs du Canada. On a eu beaucoup d’obstacles, et on réussit quand même à les surmonter à chaque fois.»

M. Dillion voit plusieurs raisons qui le poussent à résister, à commencer par l’Université de l’Ontario français. « C’est un besoin. On a des universités bilingues, mais ça ne veut pas dire qu’on va pouvoir avoir notre éducation à 100 % en français », fait-il savoir. 

«On doit résister parce qu’on a un passé de résistance, on est un peuple fort. Si on se laisse abattre par une décision qu’il est possible de renverser, ça démontrerait qu’on n’y tient pas assez», termine le jeune Franco-Ontarien.