En Ontario, la Journée internationale de la francophonie prend une tout autre tournure.

Journée internationale de la francophonie: plus qu’un symbole en Ontario

La crise linguistique en Ontario, vécue depuis les annonces du «jeudi noir» en novembre dernier, teintera fort probablement les festivités entourant la 31e Journée internationale de la francophonie. Ces célébrations seront l’occasion pour les francophones en Ontario de réaffirmer leur fierté identitaire, estime David Robichaud, professeur de philosophie à l’Université d’Ottawa.

«Je pense que ce sera presque impossible de ne pas le mentionner. On a parlé de Doug Ford, mais on se rappelle aussi des déclarations de Denise Bombardier sur l’inexistence du français hors Québec. Il y a encore beaucoup d’incompréhension et de caricature linguistique. [Le 20 mars] est un moment propice pour corriger certains faits qui ne sont pas véridiques et envoyer un message fort de l’importance de la présence francophone. Je m’attends à ce qu’il y ait quelques prises de position assez fortes», affirme M. Robichaud.

Ce dernier croit que la journée du 20 mars est un bon moment pour prendre des résolutions linguistiques, à l’instar de la tradition du Nouvel An.

«Une résolution, qui je pense est vraiment importante, c’est de parler notre langue dans des contextes bilingues. À peu près tout le monde est bilingue dans des régions comme Ottawa ou Montréal. Dès que quelqu’un nous adresse la parole en anglais on ne voit souvent pas de problème de passer du français à l’anglais. C’est une espèce de marque de courtoisie et de politesse. Mais le problème, c’est que chaque fois qu’on accepte de parler en anglais, on rend le fait de parler en français moins nécessaire sur notre territoire», illustre M. Robichaud.

Créée en 1988 par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), cette journée permet aux francophones du monde entier d’exprimer leur diversité tout en rappelant l’importance de la langue de Molière.

Au-delà du caractère symbolique, M. Robichaud est d’avis que le 20 mars a un caractère de «fête nationale».

«C’est beaucoup plus qu’un moment de réflexion, observe-t-il. C’est un moment annuel où on se permet de se rappeler et de se s’interroger sur l’importance et la place du français dans les différentes sociétés. C’est un moment de fierté qu’on doit utiliser pour se galvaniser un peu pour les luttes à venir. Avec le gouvernement ontarien, on ne peut jamais tenir l’équilibre linguistique pour acquis. C’est un bon moment pour se rappeler qu’il ne faut rien tenir pour acquis.»

Le français en hausse dans le monde

L’OIF lancera la nouvelle édition du rapport sur la langue française dans le monde le 20 mars.

Selon les données les plus récentes, le nombre de locuteurs de la langue de Molière est en augmentation de 10 % par rapport à 2014.

«Tout porte à être optimiste parce que nous sommes actuellement 300 millions de locuteurs dans le monde.

Le français continue d’être la deuxième langue apprise dans le monde et on remarque un grand engouement pour son apprentissage», affirme Imma Tor, conseillère de la secrétaire générale de la francophonie.

En 2019, l’un des grands défis pour la pérennité du français est l’éducation, selon Mme Tor.

«On dit dans le rapport sur la langue française dans le monde qu’en 2070 il pourrait y avoir une fourchette entre 477 et 747 millions de francophones, mais tout dépendra des progrès de l’éducation en Afrique. L’Afrique est devenue le cœur de cette progression des francophones. Pour atteindre le nombre le plus optimiste, il faut que ces pays continuent d’enseigner en français et que la qualité de l’éducation soit à la hauteur», soutient-elle.