Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario

«J’étais en état de choc» — Carol Jolin

Il y a à peu près un an, la communauté franco-ontarienne découvrait avec stupeur le contenu du premier énoncé économique de l’ère Ford. Deux décisions qui créaient un élan de contestation au sein de l’Ontario français et de solidarité dans toute la francophonie pancanadienne. Mais un an plus tard, il reste du chemin à faire pour les Franco-Ontariens.

« Je me souviens que juste après, j’étais en direct à TFO. Mon non-verbal parlait de lui-même : j’étais en état de choc. On ne l’avait pas vu venir. Pendant la course à la chefferie progressiste-conservateur, Doug Ford avait dit qu’il appuyait l’Université de l’Ontario français, puis encore, une fois élu chef, puis premier ministre », se souvient le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

Le 15 novembre 2018, d’un simple coup de crayon, le gouvernement progressiste-conservateur revenait à un Office des Affaires francophones en lieu et place d’un ministère, supprimait le Commissariat aux services en français et le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF). Motif : le retour à l’équilibre budgétaire et la rationalisation des dépenses.

« Ces décisions reflétaient surtout une certaine maladresse et le gouvernement ne s’attendait pas à ce que ça fasse autant de vague. Il voyait ces deux institutions comme nouvelles et ne pensait pas que la communauté y était si attachée. L’indépendance du Commissariat aux services en français ne datait que de fin 2013 et l’Université de l’Ontario français était un bonbon électoral de toute fin de mandat de la part du gouvernement Wynne », rappelle le politologue à l’Université McMaster, Peter Graefe.

Mais très vite, la contre-attaque s’organise. Et malgré les maigres concessions du gouvernement de transférer le Commissariat au bureau de l’ombudsman et de rétablir un ministère à part entière pour les Affaires francophones, les Franco-Ontariens et leurs alliés se mobilisent comme jamais le 1er décembre.

Nouveau regard politique

Alors que le premier ministre Doug Ford et son entourage ne voyaient jusqu’ici les Franco-Ontariens que comme un groupe d’intérêt parmi tant d’autres, il a dû aujourd’hui s’adapter.

« Je ne pense pas que leur vision a tellement changé, mais l’impact que cela a eu en Ontario et dans tout le pays oblige le gouvernement Ford à faire comme s’il reconnaissait la communauté franco-ontarienne comme une communauté constituante de la province », juge M. Graefe.

D’autant que la mobilisation des Franco-Ontariens, souligne la politologue au Collège militaire royale du Canada, Stéphanie Chouinard, leur a permis de se faire entendre auprès de tous les Ontariens.

« Même dans la communauté majoritaire, on a entendu parler des compressions et ça fait partie des succès du mouvement. Il y a eu une prise de conscience de l’importance de ces institutions pour les Franco-Ontariens et je pense d’ailleurs que si on a parlé de langues officielles pendant le débat électoral fédéral, ça n’y est pas étranger. »

Un avis que partage M. Jolin. « Nous avons eu une couverture médiatique à travers le pays et à l’international. Il y a eu un éveil à la francophonie en milieu minoritaire de la part du Québec qui nous a fourni un appui incroyable. »