Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF, et François Legault, premier ministre québécois

Francophonie: les critères d’admission sont à revoir, dit la secrétaire générale

QUÉBEC - Les critères d’admission imposés aux pays désireux de faire partie de la Francophonie sont à revoir, selon la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo.

Mme Mushikiwabo propose d’ailleurs de décréter un moratoire sur d’éventuelles nouvelles adhésions d’ici le prochain Sommet de la Francophonie, afin de mener une réflexion sérieuse sur le sujet.

Elle tient à ce que cette question soit à l’ordre du jour du prochain Sommet de la Francophonie, qui se tiendra à Tunis, en novembre 2020, un événement au cours duquel on soulignera par ailleurs les 50 ans de cette organisation.

C’est ce qu’elle a indiqué mardi durant une rencontre de presse, tenue en marge de sa visite de quelques jours au Québec.

Voilà «une question importante sur laquelle le sommet de Tunis devra se pencher», a commenté Mme Mushikiwabo, lorsqu’elle a été invitée à dire si le temps était venu de revoir, voire de resserrer, les critères d’adhésion à l’organisation internationale, aux contours identitaires encore mal définis après un demi-siècle d’existence.

Dès son arrivée en poste, en octobre, elle a d’ailleurs mis sur pied un groupe de réflexion sur l’avenir de l’organisation, qui inclut la question d’une éventuelle expansion et celle des règles d’admission. Des recommandations seront formulées aux chefs d’État et chefs de gouvernement présents à Tunis l’an prochain. Ce sont eux qui prendront des décisions à ce propos, le cas échéant.

Le temps est aussi venu de préciser le statut des États membres et celui des États observateurs, donc sans droit de vote, ajoute la secrétaire générale, qui entend bien laisser sa marque sur cette organisation.

Bref, «je crois qu’il faut mettre un peu d’ordre dans tout ça», dit la nouvelle secrétaire générale d’origine rwandaise, qui a succédé à la Canadienne Michaëlle Jean, dont le règne a été controversé.

Elle ne se dit pas pour autant opposée à une éventuelle expansion de l’OIF, même s’il n’est pas question, sous son règne, que la Francophonie devienne «une mini Nations unies».

Mais elle veut éviter d’augmenter à tout prix le nombre de pays adhérents de cette organisation qui compte déjà 88 pays ou États membres en règle ou observateurs.

Dans plusieurs pays membres, qu’on pense à l’Arménie, l’Égypte ou le Vietnam, pour ne nommer que ceux-là, la langue française n’est parlée que par une fraction congrue, voire infinitésimale de la population.

L’an dernier, en Arménie, lors du dernier sommet, la demande d’adhésion de l’Arabie saoudite, qui n’a pas la réputation d’afficher un attachement particulier à la langue de Molière, avait créé un malaise, aggravé par son dossier noir quant au respect des droits de la personne.

Finalement, devant le tollé, Ryad avait retiré sa candidature, renonçant pour l’instant à devenir membre observateur de l’OIF.

N’empêche. Cette histoire montre que le risque de voir la Francophonie se transformer en auberge espagnole est bien réel.

«La langue française n’est pas une fin en soi. C’est ce qu’on peut faire avec la langue française» qui compte, dit Mme Mushikiwabo, soucieuse de voir l’organisation refléter l’état des lieux actuel et non celui d’il y a 50 ans.

La nouvelle secrétaire générale revendique une Francophonie «des temps présents». Car «la Francophonie de 1970 est très différente de la Francophonie de 2020», selon elle.

Dans son esprit, ce principe implique pour l’organisme qu’elle dirige de cesser de «s’éparpiller» dans toutes les directions, pour tous les combats, cédant «aux effets de mode».

Il faut revenir à l’essentiel, à quelques priorités, «quelques aspects de focalisation et on se limite à ça», dit-elle.

Fini, donc, le temps des «communiqués qui veulent dire 1000 choses à la fois», promet-elle.

Cependant, toutes les grandes questions internationales qui ont animé l’OIF depuis 50 ans (promotion de la langue française, droits de la personne, égalité hommes-femmes, climat, migrations) vont continuer d’être son pain et son beurre, sauf que l’organisation devra maintenant «choisir exactement ce qu’on veut faire dans chaque domaine». C’est ce qu’elle appelle la «focalisation».

Elle s’intéresse par exemple à l’expansion de la langue française dans l’univers numérique, à la formation des enseignants, à l’entrepreneuriat féminin et particulièrement à l’éducation des filles en Afrique, le continent où se jouera l’avenir de la langue française.

Les budgets de l’OIF doivent augmenter, mais l’organisation doit d’abord faire le ménage dans ses états financiers avant «de demander une contribution supplémentaire» aux membres, a commenté la secrétaire générale, qui était accompagnée pour la circonstance de son bras droit, la Québécoise Catherine Cano.

L’an dernier, l’OIF a dû puiser dans son fonds de réserve pour boucler son budget annuel.

Nommée en octobre, Mme Mushikiwabo n’a toujours pas de résidence fixe. Elle dit vouloir avoir un portrait détaillé des finances de l’organisation avant de décider si elle va louer ou acheter un appartement à Paris, où est situé le siège de l’organisation.

En matinée, la secrétaire générale s’est entretenue avec le premier ministre François Legault à son cabinet.