La professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal

Être sur nos gardes

La décision du gouvernement ontarien de charcuter les services en français a provoqué bien des remous aux cours des dernières semaines. Si bien que plusieurs acteurs francophones se serrent les coudes pour combattre ces compressions.

«C’est une grave erreur, un grand manque de jugement , déplore la professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal. « On sent qu’il y a eu beaucoup d’improvisation de la part de Doug Ford, autant dans le dossier que dans ses réactions. On sait maintenant qu’à chaque élection de gouvernements conservateurs, il va falloir être sur nos gardes. Tout le capital de sympathie qu’ils avaient envers les francophones s’est effacé rapidement,» avertit Mme Cardinal.

Le professeur de droit, d’économie et de gestion à l’école de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, Gilles LeVasseur, souligne que la crise actuelle en Ontario est un message d’avertissement aux autres provinces. «Ce qui se passe ici, ça lance le message aux autres gouvernements provinciaux que c’est risqué de couper dans les droits des francophones. Ça veut pas dire que les gouvernements des autres provinces canadiennes vont commencer à investir dans les services aux francophones, mais ils vont y penser à deux fois avant de faire des compressions.»

Politiser la résistance

Le mouvement de solidarité de la résistance a permis de politiser le débat selon Mme Cardinal. «Une fois que la sensibilisation est faite auprès des citoyens, on a vu comment ça s’est répercuté sur le plan politique. On a vu les acteurs politiques fédéraux se mobiliser, étant donné que ça peut avoir un impact important sur le déroulement des prochaines élections.»

Selon M. LeVasseur, «le conflit s’est politisé au cours des derniers jours. Plusieurs acteurs politiques influents se sont prononcés sur la crise dernièrement. Ça donne des appuis et des munitions au mouvement de résistance.»

Le professeur de droit, d’économie et de gestion à l’école de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, Gilles LeVasseur

Selon lui, il est cependant trop tôt pour parler d’une crise constitutionnelle. «C’est pas encore une crise d’ampleur constitutionnelle, mais ça touche définitivement des principes de la Constitution. Il ne serait pas surprenant que ça se rende devant les tribunaux. À partir de ce moment-là, on va pouvoir commencer à parler d’une crise constitutionnelle.» 

Pour Mme Cardinal, c’est tout le contraire. Selon elle, il est juste de définir cette crise comme étant constitutionnelle. «C’est une crise qui s’attaque à une communauté reconnue officiellement dans la Constitution. On en parle moins, parce que présentement nous sommes à l’étape de la mobilisation politique, mais si ce conflit-là va devant les tribunaux, on va parler beaucoup plus de l’aspect constitutionnel du dossier.» 

Montfort 2.0

Malgré qu’il y ait plusieurs parallèles à dresser entre la crise actuelle et celle de l’hôpital Montfort en 1997, Mme Cardinal précise que les deux situations divergent sur certains points. « On sent un même élan au niveau de la solidarité, mais cette fois-ci les tribunaux représentent un recours qui est considéré. »  

Elle rappelle que chaque phénomène a sa spécificité. «Le phénomène qu’on vit présentement a sa spécificité aussi. La rapidité avec laquelle les mobilisations se sont faites est grandement dû aux réseaux sociaux.»

Gilles LeVasseur est aussi d’avis qu’il y a des différences entre la décision du gouvernement Ford et celle du gouvernement Harris. «C’est pas pareil. La situation de l’Hôpital Montfort venait priver les francophones d’un service unique qui était appliqué directement à la vie des Franco-Ontariens. Il y a une nuance. Pour ce qui est de l’Université, le projet était encore en développement alors que l’Hôpital Montfort était déjà en place depuis longtemps. Les deux décisions sont déplorables, mais elles sont différentes. Ce qu’on vit aujourd’hui, c’est une toute nouvelle situation, même si elle nous rappelle des événements semblables.»