Des «Fiéreux» francools

CRITIQUE / L'ambiance était sympathique et conviviale, et la moyenne d'âge très basse, dans l'enceinte du Pavillon Aberdeen où, en ce lundi 25 septembre, les Franco-Ontariens s'étaient réunis pour fêter leur tout premier 25.09.  Pas seulement conviviale... elle était cool. Cool, car en phase avec sa jeunesse.
Oh, il s'agit toujours de la Journée des Franco-Ontariens. Cette même fête franco fièrement célébrée depuis 1975 - quand on a hissé pour la première fois le drapeau vert et blanc des Francos ; c'était le 25-09-75, à l'Université de Sudbury. Fièrement, mais d'abord discrètement, puis de plus en plus ostensiblement, et puis très officiellement depuis 2010.
Étonnante, mais pas bête, cette idée d'escamoter le nom à rallonge de la JdFO, pour mieux mettre l'accent sur le symbole d'affirmation, ici résumant à un logo chiffré, se disait-on en observant, autour de nous, les nombreux T-shirts arborant ce 25.09 joliment calligraphié. Ça fait cool, dynamique et moderne. Ça sonne presque comme un nom de groupe de musique.
Fais précéder ton «25.09» du signe «#», balance-le sur un réseau social de ton choix, et tu n'as pas l'air d'un vieux revendicateur passéiste. 
Au contraire : tu es celui qui contribue à faire glisser la «Fierté franco» à l'heure du 2.0. Celui qui, dans la connivence du réseau, veut partager le plaisir et la joie, et pas seulement le poids des historiques combats. Le plaisir de se retrouver autour d'une même langue, fut-elle parfois mordue par l'anglais ; la joie de se retrouver autour de partitions musicales qui soient le reflet de sa réalité et de sa communauté. De sa dualité et de son unicité. 
Tout ça, la JdFO le faisait déjà auparavant, arguera-t-on. Et avec éclat, encore! Sans doute. Mais ce 25.09, tout en condensant des années de résistance, assume le passé de façon différente. Sans occulter la longue lutte pour la reconnaissance de la minorité franco en Ontario (qui n'est pas terminée ; le débat sur le bilinguisme de la Ville d'Ottawa en est un exemple manifeste), ce logo affiche le côté zen de son attachement franco. Tout ce qu'il tait, c'est ce qui est désormais de l'ordre de l'évidence. 25.09 témoigne en silence des récents enchâssements dans la loi ontarienne. D'acquis sur lesquels personne n'oserait revenir. Une fête franco revampée qui dit, au présent, qu'une nouvelle génération de «Fiéreux» peut regarder le futur avec plus d'espoir que ses vaillants prédécesseurs.
Foule jeune... mais éparse
Les «Fiéreux» : c'est le terme utilisé par le YouTubeur (et ex-animateur de Flip, à TFO) ottavien Alex Normand, chargé de l'animation de la soirée, et qui s'est baladé au milieu de la foule durant une bonne partie de l'après-midi.
Son âge ? Susceptible de contribuer à l'image jeune que veut embrasser la Fête franco. Idem pour la liste des artistes invités, qui ne s'embarrassaient pas d'ancêtres. 
Parmi eux, des DJs (dont DJ Skorpyon) et un gros pourcentage de rappeurs. L'Ottavien d'origine béninoise Le R. 1er a donné une prestation chaleureuse, tout en vibration, dans la foulée de celles de Kimya et la bande de 309, qui, à l'heure d'entamer le programme musical, ont eu paradoxalement de plus grosses foules que les têtes d'affiche, plus tard.
Cette réjuvation a un prix, semble-t-il. Une foule acceptable s'était déplacée en après-midi, mais très peu de monde a daigné prolonger la soirée. Or, la jeunesse ne veille pas tard. Certes, la chaleur était étouffante. Mais on ne peut imputer à la seule température, ni à ce début de semaine, des rangs aussi dispersés. Les artistes invités ont été contraints de jouer devant une foule oscillant entre trente et cinquante de personnes. C'est aberrant, pour une série de spectacles gratuits !
Idem, devant la scène «rock», désespérément vide. Les artistes ne se sont pas laissés démonter et n'ont jamais amoindri leurs efforts euphorisants. Mehdi Cayenne a «aimé (la foule) jusqu'à ce que mort s'ensuive ». Mélissa Ouimet a fini sa prestation en donnant un avant-goût de son nouvel ep, qu'elle s'apprête à lancer jeudi.
Le chanteur de Hey, Wow, Jean-Marc Lalonde, en a profité pour donner une petite  leçon de grammaire franco-«funkisante» juste avant d'entonner  une nouvelle chanson de son répertoire, Chanson d'adverbe
En après-midi, un petit espace avait été aménagé dans un coin du pavillon Aberdeen pour que le public puisse découvrir les visages émergents de la musique franco. Moonfruits, Marie-Clô, Brandon Girouard et Mara Mora se sont relayés là, le temps d'offrir de courtes prestations pop up. Bonne idée, même si l'acoustique ne leur était pas particulièrement favorable.
Il est important de «préparer la relève pour les 150 prochaines années», avait souligné le directeur général d'Ottawa 2017, Guy Laflamme, en après-midi. Il reste du travail à faire. Peut-être pas pour attiser la ferveur franco, mais pour attirer un peu plus de monde.