Pedro Antunes, économiste en chef au Conference Board du Canada

Des apports économiques importants des bilingues hors Québec

Une étude du Conference Board du Canada rendue publique mardi démontre qu’il existe de nombreux avantages économiques au bilinguisme hors Québec, une carte que compte jouer l’Association de la francophonie de l’Ontario (AFO) devant le premier ministre Doug Ford en appui au projet de l’Université de l’Ontario français.

L’étude menée pour le compte de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) révèle notamment que, à l’extérieur du Québec, les bilingues sont plus nombreux en proportion à obtenir des diplômes universitaires que les unilingues, qu’ils sont capables d’obtenir des emplois mieux rémunérés et qu’ils participent activement à l’économie de leur province. En Ontario, la contribution des bilingues au produit intérieur brut (PIB) s’élève à 76,5 milliards $.

« Nous avons plus de gens avec des baccalauréats qui auront de meilleurs emplois et de meilleurs salaires. C’est donc un plaidoyer pour l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto où il y a un grand nombre maintenant de jeunes qui graduent de nos écoles secondaires, a expliqué le président de l’AFO, Carol Jolin, après avoir pris connaissance du contenu du rapport. Il faut leur donner des options. Les jeunes sont prêts à aller à l’université et seront capables de joindre le marché du travail et de contribuer encore davantage à l’économie de l’Ontario. »

Rappelons que, citant des mesures de restrictions budgétaires, le gouvernement Ford a annoncé il y a un peu moins de deux semaines l’abandon du projet de l’UOF, qui devait accueillir ses premiers étudiants en 2020.

L’étude intitulée Le bilinguisme anglais-français hors Québec : un portrait économique des bilingues au Canada précise aussi que les personnes bilingues sont nombreuses à travailler dans les administrations publiques, les services d’enseignement et les soins de santé, et qu’elles sont aussi « en mesure de mieux se positionner dans le secteur privé, notamment aux postes de gestion et dans les services professionnels ».

Le sondage indique en outre que 74,7 % des répondants considèrent que le bilinguisme leur permet d’avancer dans leur carrière. Le revenu annuel moyen d’un bilingue en 2016 était de 59 271 $ comparativement à 54 034 $ pour un unilingue anglophone.

L’économiste en chef du Conference Board du Canada, Pedro Antunes, a tenu à signaler lors du dévoilement de l’étude à l’Université Saint-Paul que le bilinguisme n’est pas la cause d’une meilleure rémunération. « Mais il est clair que les bilingues ont les qualités et les compétences pour occuper des postes mieux rémunérés, en général », a-t-il toutefois noté.

Les responsables de l’étude ont souligné une petite trouvaille intéressante : la majorité des bilingues (59,5 %) qui ont répondu au sondage ont donné l’anglais comme langue maternelle.

Lynn Brouillette, directrice générale de l’ACUFC, a tenu à rappeler que l’actualité des dernières semaines « nous rappelle que la francophonie canadienne est précieuse ».

Lynn Brouillette, directrice générale de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne

« L’étude prône le bilinguisme et démontre clairement l’impact économique important et favorable sur le produit intérieur brut du Canada, a fait valoir Mme Brouillette. Les résultats offrent également des données probantes sur la valeur de l’éducation postsecondaire. »

L’analyse du Conference Board du Canada a été effectuée à l’aide de données des recensements canadiens de 2006 et 2016, et d’après un sondage mené plus tôt cette année auprès de 1000 travailleurs bilingues hors Québec.