Le président et éditeur du Droit, Pierre-Paul Noreau, et la directrice générale et rédactrice en chef de La Liberté, Sophie Gaulin, ont plaidé en faveur d’une aide du gouvernement fédéral.

De l’aide gouvernementale réclamée

«Je pense que le département des miracles, il est fermé. C’est à vous d’en prendre conscience. C’est le temps. La vraie question, c’est ‘est-ce que le gouvernement a envie que les Canadiens puissent voter comme des citoyens responsables’ ? Parce que sans journaux, ce ne sera pas possible.»

C’est par cette déclaration que Sophie Gaulin, la directrice générale et rédactrice en chef de La Liberté, seul journal francophone manitobain, a bouclé son témoignage d’introduction devant le Comité permanent des langues officielles, lundi après-midi, à Ottawa. Cette dernière et le président et éditeur du quotidien Le Droit, Pierre-Paul Noreau, étaient les deux premiers témoins à comparaître devant le comité dans le cadre de l’examen des programmes d’appui aux médias des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Face à la crise que vit le secteur de la presse écrite au Canada, les éditeurs de journaux communautaires et régionaux aux quatre coins du pays s’inquiètent quant à leur avenir. La montée fulgurante du Web, le virage numérique, la perte de revenus publicitaires au profit des géants américains Google et Facebook, notamment, et le déclin des abonnements au papier sont autant de défis qui ébranlent le modèle d’affaires des journaux, ont fait valoir les deux témoins, hier.

« Les médias communautaires et les médias régionaux n’ont pas un volume d’affaires suffisant à l’heure actuelle pour générer une rentabilité à long terme », a affirmé M. Noreau, devant les membres du comité.

M. Noreau et Mme Gaulin soutiennent que la solution au problème passe par une aide du gouvernement fédéral, laquelle devrait se matérialiser, entre autres, par l’achat de plus d’espaces publicitaires dans les pages des différentes parutions francophones au pays.

Les statistiques sont éloquentes. Les données compilées par le Commissaire aux langues officielles font état d’une chute drastique du placement publicitaire du gouvernement fédéral dans les médias communautaires depuis 10 ans. En 2006-2007, ces dépenses se chiffraient à 1,9 million pour les journaux. Elles sont passées à 430 000$ en 2014-2015. Les institutions fédérales privilégient désormais le placement publicitaire en ligne, alors que l’enveloppe totale injectée en publicité pour ce médium est passée de 5 à 13,8 millions$.

« Le gouvernement fédéral, pour dire les choses crues, pour l’instant, manque à ses responsabilités en ce qui a trait au soutien des médias au service des communautés en situation minoritaire, comme il manque à ses devoirs, à mon avis, dans l’ensemble de la situation des médias au Canada », a plaidé M. Noreau.

Parmi les autres solutions proposées, la mise en place d’un crédit d’impôt à la production d’information originale canadienne, la création d’un programme de remboursement partiel ou de crédit d’impôt pour les investissements numériques et le remboursement par l’Agence de revenu du Canada de la TPS aux entreprises qui font de la production originale canadienne, à l’instar de ce qui se fait dans l’industrie du livre, ont été évoquées. Une mise à jour de la Loi sur les droits d’auteur afin de mieux protéger le contenu des médias d’information canadiens est aussi réclamée.

Le président du Comité permanent des langues officielles, le député libéral Denis Paradis, a dit être sensibilisé à ces défis de taille auxquels fait face le groupe de médias en situation linguistique minoritaire au Canada.

« C’est un enjeu fondamental pour un comité comme le nôtre. C’est le tissu social qui dépend très souvent des journaux dans des communautés en milieu linguistique minoritaire », a-t-il mentionné, après la rencontre.

Plusieurs autres intervenants du milieu des médias seront entendus ces prochains mois par le comité. Un rapport devrait par la suite être soumis en chambre.

Il ne s’agit pas du premier groupe de travail à se pencher sur cette question de l’avenir de la presse au service des communautés en situation minoritaire. Le Comité permanent du patrimoine canadien a déposé un rapport en juin dernier sur la question. En décembre, c’était au tour du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires d’y aller de ses recommandations. Ce dernier soulignait à titre d’exemple que le gouvernement fédéral devrait augmenter la publicité dans les journaux hebdomadaires, multiculturels et communautaires et dans d’autres médias locaux « de manière à ce qu’il respecte la directive selon laquelle les communications doivent être adaptées aux besoins variés du public en matière d’information ».