Le Commissariat aux langues officielles affirme qu’il est bien au courant que tous les commerçants de l’Aéroport d’Ottawa n’offrent pas de services bilingues.

Concessions à l'Aéroport d'Ottawa: «Parlez-vous français? No.»

Les chances sont minces de se faire servir en français dans les concessions et certains autres services de l’Aéroport d’Ottawa, a pu constater Le Droit lors d’une visite des lieux ces dernières semaines. À tel point que quatre enquêtes du Commissariat aux langues officielles (CLO) sont en cours.

Nous sommes mardi matin, alors que le nombre de gens dans l’aéroport s’accroît progressivement.

La tournée impromptue s’amorce au kiosque d’information situé au premier niveau de l’aéroport, où une employée s’exprime aisément dans la langue de Molière. Or, elle sera l’une des deux seules à pouvoir le faire, car les choses se sont gâtées par la suite.

Prochain arrêt : un restaurant de la chaîne populaire Tim Hortons, au troisième étage, où l’on tente de commander un chocolat chaud en français. Ça ne porte pas fruit. L’air perplexe et déstabilisé, la commis ne comprend pas la demande puis hoche de la tête en disant qu’elle ne parle pas français.

Idem pour la caissière d’un dépanneur Relay, quelques mètres plus loin. Lors de la transaction pour l’achat d’un breuvage, elle répond du tac au tac « No » à la question « Parlez-vous français ? ».

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L’histoire se répète à un autre comptoir de Tim Hortons, au premier étage : la commis sourit et s’excuse de ne pouvoir s’exprimer qu’en anglais.

Au bureau de change, où l’on souhaite connaître le taux actuel du dollar canadien par rapport à la devise américaine, on se bute également à une employée unilingue anglophone.

Dans une seconde boutique Relay, l’employé entend le mot « français » dans notre question et a alors le réflexe de nous pointer les magazines francophones dans le kiosque, pour ensuite poursuivre la conversation dans la langue de Shakespeare.

Au comptoir du restaurant Harvey’s, le commis a répondu par l’affirmative à notre question, ayant une relative maîtrise du français. Il a été en mesure de poser une question et d’indiquer le total de la facture en français. Enfin, le commis posté à la guérite de stationnement à la fin de notre enquête n’a pas été en mesure de nous servir dans la langue de Molière.

Réaction du commissaire

Invité à réagir, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, se dit bien au fait de la situation.

« Je peux confirmer que quatre enquêtes et qu’un suivi d’enquête visant l’aéroport d’Ottawa sont en cours. Ces enquêtes et suivis d’enquêtes portent sur les services considérés comme essentiels offerts par certains commerçants, par exemple, le service de conversion de devises, le service de location de voitures, les restaurants et cafés, le stationnement et le bureau d’information, mais aussi la sécurité de l’aéroport et l’affichage à l’intérieur et à l’extérieur », affirme-t-il.

S’il tient à spécifier qu’en général, les installations aéroportuaires de la capitale fédérale sont la cible d’un faible volume de plaintes au CLO, il avoue toutefois que les commerçants sont la principale source de mécontentement.

« La majorité de ces plaintes ne sont pas liées à la communication avec le public, qui sont généralement bilingues (par exemple le contenu affiché dans l’enceinte de l’aéroport même ou sur le site Web), mais plutôt sur les services offerts par les concessionnaires. J’aimerais souligner que l’institution collabore toujours très bien à la résolution des plaintes et qu’elle répond rapidement à nos questions d’enquête. L’aéroport nous a assuré récemment qu’elle renforcera les clauses linguistiques avec ses concessionnaires et qu’elle veillera à ce que l’embauche de personnel bilingue devienne l’une de ses plus importantes priorités », ajoute M. Théberge.

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MÉCONTENTEMENT EN HAUSSE

Nombre de plaintes reçues par le Commissariat aux langues officielles contre l’Aéroport international d’Ottawa*

  • 2017-2018 : 3
  • 2018-2019 : 4
  • 2019-2020 : 6

* Les statistiques sont globales et n’incluent pas uniquement pas les commerçants.

Source: CLO