Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, perdrait son emploi alors que Doug Ford vient d’abolir le Commissariat.

Choc pour les organismes franco-ontariens

Plusieurs regroupements francophones en Ontario sont outrés par les décisions du gouvernement Ford d’abolir le Commissariat aux services en français et d’éliminer le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), et ils entendent réagir.

L’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) s’est dite abasourdie, et «déplore la perte de deux institutions essentielles à l’épanouissement de la communauté francophone de l’Ontario».

«Le poste de commissaire aux services en français joue un rôle primordial comme officier indépendant de l’Assemblée législative de l’Ontario pour assurer que la Loi sur les services en français est respectée, non seulement par le gouvernement provincial, mais aussi par les nombreuses institutions et municipalités qui sont désignées sous cette loi», a fait valoir l’ACFO.

L’ACFO a aussi tenu à rappeler que le projet de l’Université de l’Ontario français à Toronto fut le fruit de nombreuses années de travail ardu par et pour la communauté.

«L’absence de l’UOF crée une pénurie dans l’accès à l’éducation en français, particulièrement l’éducation gérée par et pour les francophones, qui sera difficilement comblée», a plaidé l’ACFO, déplorant que le gouvernement Ford rompt avec l’appui qu’il avait donné à l’UOF pas plus tard qu’en juillet.

«Les décisions auront certainement un impact négatif sur la capacité des Franco-Ontariens de vivre et de s’épanouir en français dans notre province», craint la présidente de l’ACFO, Soukaina Boutiyeb.

L’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholique (AFOCSC) qualifie «d’attaque contre la communauté franco-ontarienne» les décisions du gouvernement.

«Le premier ministre avait promis d’aller de l’avant avec la création de l’Université de l’Ontario français. En abolissant aussi le Commissariat aux services en français, le gouvernement Ford s’attaque aux droits des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens et menace leur pérennité», a tenu à préciser le président de l’AFOCSC, Jean Lemay.

«Lors de toutes nos rencontres avec les divers ministères, depuis l’élection de juin, nous avons reçu des assurances que le gouvernement n’avait pas l’intention de faire des compressions dans les dossiers qui touchent la francophonie ontarienne», a ajouté M. Lemay, dont l’organisme compte travailler avec ses partenaires pour déterminer les prochaines étapes.

la jeunesse réagit

Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) est sous le choc alors qu’il y a un peu plus de deux semaines le gouvernement avait réitéré au congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) son engagement envers l’Université, a indiqué la coprésidente du RÉFO, Kelia Wane.

«Nous avons vu dernièrement le développement des premiers programmes. Il y a eu des consultations. Nous étions là lorsque les gouverneurs ont été nommés. À l’heure actuelle, c’est juste le choc», a réagi Mme Wane.

Le RÉFO signale qu’il existe plusieurs lacunes concernant l’éducation postsecondaire bilingue ou francophone en Ontario.

«L’UOF allait mettre de la pression sur la qualité et sur l’amélioration des services postsecondaires francophones sur les campus bilingues existants. Maintenant, nous n’avons plus cette pression», a noté Mme Wane.

Le RÉFO et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) qualifient l’abolition de l’UOF de «recul important» pour la communauté alors qu’elle se bat depuis plusieurs décennies pour un accès à une éducation postsecondaire, et une gouvernance, par et pour les francophones.

«En tant que jeune élève francophone qui postule actuellement à l’université, j’avais, hier, l’espoir de pouvoir y transférer en 2020, mais c’est officiellement un rêve détruit», a expliqué la présidente de la FESFO, Lydia Philippe.

Les efforts du RÉFO dans le projet d’université francophone ne sont pas perdus à la suite de la décision, estime toutefois Mme Wane.

«La jeunesse franco-ontarienne est très mobilisée. Nous allons continuer nos efforts, nous allons continuer à être vus et entendus», a-t-elle lancé.

inquiétudes

L’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) estime que la suppression du Commissariat aux services en français est une «atteinte grave aux droits des francophones». L’organisme demande une rencontre avec le gouvernement dans les plus brefs délais.

«Depuis sa création en 2007, le Commissariat a indéniablement joué un rôle majeur pour promouvoir l’épanouissement des francophones de la province», a plaidé l’AJEFO, précisant que le commissaire François Boileau aura été un acteur essentiel pour encourager l’offre active à travers la province et dans les régions désignées.

«Cette élimination du Commissariat, et ce sans aucune consultation de la communauté ou justification, s’avère une menace pour la Loi sur les services en français, et une atteinte aux droits élémentaires dans des secteurs majeurs, tel que le domaine de la justice, a argumenté l’AJEFO. Cette décision risque de renforcer l’insécurité linguistique et ainsi accroître la précarité des justiciables francophones.»

Selon l’AJEFO, «la décision pourrait conduire à une diminution, voire une disparition, des services en français dans plusieurs institutions, et reléguer les francophones à des citoyens de second rang».

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INCOMPRÉHENSION POUR GRANDMAÎTRE

Pour l’ancien ministre et père de la Loi sur les services en français, Bernard Grandmaître, cette annonce est «incompréhensible mais n’a rien de surprenant».

«J’ai siégé avec le père de M. Ford [député de 1995 à 1999], et écoutez, on peut s’attendre à n’importe quoi avec les Ford. Mme Mulroney était censée faire des miracles et on les attend encore. C’est regrettable, je ne comprendrai jamais ce premier ministre. Il fait du tort non seulement aux francophones, mais à toute la province. On va reculer et ça va prendre des années pour se rattraper. Je ne sais pas comment vais-je faire pour dormir ce soir», a-t-il lancé.

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MONTFORT MONTE AU FRONT

Consternée, la direction de l’Hôpital Montfort d’Ottawa implore le gouvernement Ford de reconsidérer son «geste inacceptable» d’abolir le poste de Commissaire aux services en français et le projet de l’Université de l’Ontario français.

«Du revers de la main, le gouvernement ontarien a balayé les acquis des Franco-Ontariens. Il a sabré dans des programmes vitaux pour le futur de notre communauté», a lancé le président-directeur général de l’Hôpital Montfort, le Dr Bernard Leduc.

L’Hôpital Montfort est le symbole de la mobilisation de la communauté francophone ontarienne pour le maintien de ses institutions. Grâce à la détermination de la communauté qui s’est longuement battue, l’hôpital du secteur Vanier a survécu au couperet alors qu’une commission recommandait au gouvernement de Mike Harris, en 1997, d’y mettre la clé sous la porte.

La direction de Montfort rappelle dans un communiqué le jugement de la Cour d’appel de l’Ontario qui a scellé le dossier Montfort dans lequel il est statué que «le résultat direct de la mise en oeuvre des directives sera de faire augmenter le taux d’assimilation de la minorité franco-ontarienne à la majorité anglophone, taux qui est déjà très élevé».

«Nous pourrions reprendre ce jugement mot-à-mot et l’appliquer à l’annonce faite à Queen’s Park», a souligné le Dr Leduc, précisant que la décision du gouvernement Ford va à l’encontre de l’esprit de la Constitution canadienne.

«La vitalité des communautés franco-ontariennes dépend de la possibilité de vivre et d’apprendre en français en Ontario», a précisé de son côté le président du conseil d’administration de l’Hôpital Montfort, Carl Nappert.

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MÉLANIE JOLY EN DÉSACCORD

Au gouvernement fédéral, la ministre responsable du dossier des langues officielles, Mélanie Joly, a descendu en flammes les décisions annoncées jeudi par le gouvernement de l’Ontario.

« Encore une fois, les conservateurs démontrent leur manque de respect face aux 600 000 Franco-Ontariens et les millions de francophones au pays, ainsi que leur incapacité de protéger le fait français chez nous », a-t-elle dénoncé dans un communiqué transmis par son attaché de presse.

Elle qualifie d’« inacceptable(s) » les mesures dévoilées à Queen’s Park, en présentant Doug Ford comme « l’allié d’Andrew Scheer ». Et au passage, la ministre Joly demande au chef conservateur fédéral s’il est prêt à se « tenir debout et défendre les francophones face à M. Ford ». Avec La Presse canadienne