Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens.

«C’est de l’ingérence totale»

À quelques jours d’un vote de grève déterminant pour ses membres, l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO) fait front commun avec les trois autres syndicats en éducation de la province en déposant un recours judiciaire pour contester le projet de loi 124, qui impose un plafond de 1 % pour les hausses salariales. « C’est de l’ingérence totale », s’exclame son président Rémi Sabourin.

Adoptée le 8 novembre dernier par le gouvernement Ford, la Loi de 2019 visant à préserver la viabilité du secteur public pour les générations futures s’avère « une violation des droits constitutionnels de négocier collectivement sans entrave », selon les organisations syndicales, qui en ont fait l’annonce à Queen’s Park jeudi. Celles-ci rappellent qu’il s’agit d’un droit garanti par la Charte canadienne des droits et libertés.

« On y va de cette contestation judiciaire parce qu’on croit fermement que nos droits sont brimés par rapport à la Charte, à notre libre association. Comme syndicat, on doit être en mesure de mener des négociations sans entrave, sans interférence. C’est de l’ingérence du gouvernement. On a les mains ligotées pour négocier, alors qu’on sait que ce devrait être du donnant-donnant, d’essayer de trouver des solutions novatrices à des problématiques », lance au Droit le leader syndical de l’AEFO.

Le syndicat francophone s’allie pour cette contestation judiciaire avec la Fédération des enseignantes et enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO) et l’Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA). Chaque groupe mènera cependant son propre recours judiciaire.

« C’est désolant qu’une loi comme celle-ci soit passée. C’est de l’ingérence dans le processus de négociations en cours. En 2012, le gouvernement (libéral) avait fait quelque chose de semblable avec le projet de loi 115, qui imposait certains paramètres. L’AEFO n’était alors pas impliquée directement, car une entente avait été conclue à la veille de l’adoption de la loi, mais d’autres syndicats ont contesté le tout devant les tribunaux et ils ont gagné », affirme Rémi Sabourin.

Devant l’impasse dans les négociations, ce dernier rappelle que le vote de grève des quelque 12 000 membres de l’AEFO aura lieu tout juste avant les vacances des Fêtes, du 18 au 20 décembre. D’autres syndicats ont déjà des mandats de débrayage en main ou exercent la grève du zèle.

La convention collective est échue depuis le 31 août.

« Les membres semblent derrière nous, on s’attend à un vote fort. Ça va mettre de la pression à la table et on va parler d’une seule voix. On rencontre présentement nos membres pour leur donner l’état des lieux et le moral des troupes est excellent, les gens nous posent d’excellentes questions », de dire M. Sabourin.

Si une grève générale devait être déclenchée, ce ne serait pas avant la fin janvier, indique-t-on.

Le président de l’AEFO indique que les enseignants se sentent « attaqués » par ce gouvernement, qui fait, dit-on, « de fausses déclarations » sur la place publique. À titre d’exemple, dit le syndicat, l’État prétend qu’il n’y aura pas de coupure de poste, alors que selon les calculs de l’AEFO, on comptera 147 enseignants francophones de moins dans le réseau uniquement après une année.

« On parle presque de 1000 enseignants d’ici quatre ans. Ce sera dévastateur, surtout pour nos écoles secondaires », dit-il.

Par ailleurs, ce dernier déplore le mutisme des conseils scolaires francophones en lien avec les coupures en éducation imposées par le gouvernement Ford.

« L’AEFO est actuellement vraiment la voix pour le système d’éducation de langue française. On les a entendu lors des coupures (services en français) l’an dernier, mais depuis ce temps, c’est pas mal le silence radio. […] On a besoin que tout le monde mette la main à la pâte », conclut-il.