Bras de fer linguistique

Le travail et les techniques d'enquête du Commissariat à l'intégrité du secteur public sont contestés par une fonctionnaire fédérale blâmée dans un rapport sur un cas d'actes répréhensibles déposé lundi au Parlement.
Le commissaire à l'intégrité du secteur public, Joe Friday, conclut dans son rapport « que Geneviève Desjardins, vice-présidente des communications et des affaires publiques de l'Agence canadienne des inspections des aliments (ACIA) a fait - de façon continue - des commentaires inappropriés à l'intention des employés ; demandé aux employés de lui fournir des renseignements personnels au sujet d'autres employés ; maltraité et harcelé son personnel ; abusé de son pouvoir ; et omit de faire preuve de diligence raisonnable dans le contexte du licenciement d'un employé ».
En réponse à la première recommandation que l'ACIA détermine s'il convient d'imposer des sanctions disciplinaires à Mme Desjardins, Paul Glover, président de l'ACIA, a indiqué sans plus de détails que « des mesures appropriées ont été entreprises, conformément aux conclusions de ce rapport ainsi qu'aux politiques de l'ACIA et du gouvernement du Canada. »
Les Anglos se plaignent
Or, dans une requête déposée en août dernier demandant à la Cour de faire annuler le rapport du commissaire Friday dont Le Droit a obtenu copie, la fonctionnaire Desjardins soutient avoir été « faussement accusée » par des collègues anglophones après avoir voulu « parfaire » le bilinguisme des communications de l'agence fédérale où elle travaillait. 
En raison d'un manque flagrant de ressources bilingues, elle dit avoir suggéré un changement de profil linguistique pour des postes qui ne comportaient aucune exigence de bilinguisme lorsqu'ils seraient vacants. « Les plaintes pour harcèlement ont été déposées par un groupe d'employés composé exclusivement d'employés anglophones pour la plupart non bilingues peu après », lit-on dans sa requête en Cour fédérale.
« Il s'agit d'un dossier où une jeune femme gestionnaire francophone, dont le dossier d'emploi est impeccable, a voulu améliorer la performance d'un département lors de son arrivée en fonction, notamment afin de parfaire le bilinguisme dans les communications. Les employés, qui se sont sentis menacés par ces exigences, ont donc orchestré ces plaintes non fondées pour protéger leur poste et leurs promotions à venir » indique son avocat Benoît Duclos, du cabinet d'avocats Letellier, Gosselin, Duclos de Gatineau.
Devant la Cour fédérale
Jeudi dernier, la Cour fédérale n'a pas voulu empêcher la publication du rapport du commissaire Friday malgré la requête déposée en ce sens et devrait se prononcer à une date ultérieure sur la demande de contrôle judiciaire.  
En février dernier, le commissaire Joe Friday avait sévèrement blâmé deux gestionnaires de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'ancien président Bruce Archibald et le vice-président des ressources humaines d'alors Gérard Étienne, pour leur mauvaise gestion de plaintes de harcèlement déposée contre cette gestionnaire qui n'était pas identifiée à ce moment-là. 
À la suite de ce rapport, le commissaire Friday avait remis à une tierce partie le soin de mener l'enquête sur les plaintes de harcèlement d'employés à l'égard de cette gestionnaire.
Dans sa requête devant la Cour fédérale, la fonctionnaire Desjardins reproche au commissaire Friday de « l'avoir privée de ses droits fondamentaux » et d'avoir commis « une erreur déterminante dans la qualification des faits reprochés en les assimilant à des actes répréhensibles » au sens de la loi. La requête met aussi en cause les techniques et le biais de cette tierce partie pendant le déroulement de son enquête.  
« L'enquêteur n'a pas tenu compte du fait que les témoins sur lesquels il fondait son rapport ont menti à plusieurs reprises dans le but de se débarrasser de leur nouvelle supérieure pour des raisons personnelles », souligne le document déposé en Cour fédérale.