Les travaux de construction de la faculté de médecine à l’Hôpital de Gatineau vont bon train.

Année préparatoire en médecine: McGill a dit non à l’Université d’Ottawa

EXCLUSIF / L’Université d’Ottawa a en vain approché à quelques reprises l’Université McGill pour offrir entièrement en français l’année de formation préparatoire que doivent suivre les cégépiens qui étudieront à la future faculté satellite de médecine à Gatineau, a appris Le Droit de la bouche même du recteur Jacques Frémont.

Le principal intéressé a révélé que pendant que le débat faisait rage à savoir si les étudiants pourraient suivre leurs cours entièrement dans la langue de Molière, l’institution d’enseignement de la capitale fédérale a eu des pourparlers avec McGill. Mais l’établissement montréalais a refusé la main tendue de l’Ud’O.

Le recteur de l’Ud’O ne peut s’empêcher de penser qu’il était tout naturel pour son institution de faire une telle offre.

« Nous autres, on a offert à McGill trois fois plutôt qu’une de dire, écoutez, si vous voulez, le ‘pré-med’, nous on le donne en français. Montfort, c’est un hôpital francophone, ce n’est pas rien qu’une bâtisse, c’est surtout du monde francophone qui travaille et qui a été formé à l’Université d’Ottawa. On est capable de les former les 12 ou 14 étudiants, on va les entrer dans nos salles de cours et ils auront un cours en français. On leur a offert, mais ils ont dit que ça ne les intéressait pas, qu’ils nous appelleraient si ça les intéressait », affirme M. Frémont.

Ce dernier est perplexe face à cette réponse, même s’il la respecte.

« Parfait, mais là tu te dis qu’on vit dans un monde absurde où il y aurait peut-être moyen de collaborer des deux côtés de la rivière. On peut les donner demain matin, je peux les entrer au mois de septembre les étudiants. Nous sommes un petit milieu, on l’a offert en toute bonne foi, ce n’est pas gênant. C’était sur la table et ce l’est encore, mais on ne force pas un cœur à aimer », ajoute-t-il.

L’Ud’O n’a toutefois pas eu de pourparlers à ce sujet sur le plan politique, le recteur rappelant qu’il gère une université ontarienne et qu’il y a « évidemment » peu de relations politiques avec le Québec.

« Si le ministre veut m’appeler, je vais lui laisser mon numéro, il peut m’appeler n’importe quand », a-t-il toutefois dit en faisant référence au ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe.

Du côté de l’Université McGill, on confirme la nouvelle sans vouloir s’étaler davantage sur le sujet.

« Oui, l’Université d’Ottawa a exprimé une ouverture à ce sujet. Cependant, dans ce dossier, nous sommes en discussion avec le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et l’Université du Québec en Outaouais (UQO) », a répondu le porte-parole de l’institution, Vincent Campbell Allaire.

Quant au ministre Lacombe, qui avait accusé les libéraux d’accepter sans broncher que la formation soit offerte en partie en anglais et avait rapidement indiqué après son élection il y a huit mois qu’il désirait que toute la formation soit offerte en français, il rejette lui aussi la proposition de l’Ud’O, dont il avait eu vent.

« Nous sommes au courant. Lors de mes quelques rencontres avec l’Université McGill, c’est une information qu’ils m’ont partagée. J’en ai discuté avec le ministre Roberge, mais ni lui ni moi ne trouvons que c’est une bonne idée. Nous souhaitons rapatrier les services en éducation et en santé ici en Outaouais. Ce serait donc ironique de se tourner vers Ottawa pour offrir les cours en français. Je pense qu’on a tout ce qu’il faut pour réussir », a-t-il dit.

Le député de Pontiac et porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, André Fortin, a appris la nouvelle au bout du fil.

« Je n’avais jamais entendu parler de cette offre. Ce n’est jamais une mauvaise chose pour les élus de connaître toutes les options. Cependant, si on prend un pas de recul, l’objectif de la création de la faculté, c’est que les futurs médecins suivent l’entièreté de leur formation ici en Outaouais. L’enjeu, même avec McGill, c’est que beaucoup d’étudiants d’ici ne reviennent pas une fois qu’ils ont leur diplôme, on veut les rapatrier le plus possible dans la région », soutient-il.

La députée de Hull, Maryse Gaudreault, n’a pas voulu commenter la nouvelle.

Rappelons que l’hiver dernier, le recteur de l’UQO, Denis Harrisson, a affirmé que l’institution pourrait bien être en mesure d’offrir cette formation en français sur son propre campus dès 2020. Le dossier chemine toujours et aucune annonce n’a encore été faite.

« Il y a un comité de travail MCGill-UQO et ça avance », indique-t-on simplement à l’UQO.

La faculté satellite de médecine de l’Université McGill doit ouvrir ses portes à l’automne 2020 au-dessus de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau. Les travaux de construction sont entamés depuis mars dernier.