Des gens se recueillent non loin du lieu de l'attaque. 
Des gens se recueillent non loin du lieu de l'attaque. 

France: trois morts dans une attaque «islamiste» contre une église

Agence France-Presse
NICE — Trois personnes ont été tuées jeudi dans une église à Nice (Sud-Est), lors d’une «attaque terroriste islamiste» dénoncée par le président Emmanuel Macron, qui a promis que la France «ne cèderait rien» sur ses valeurs.

L’auteur présumé des coups de couteau mortels contre un homme et deux femmes est un Tunisien de 21 ans arrivé en France le 9 octobre après avoir débarqué sur l’île italienne de Lampedusa le 20 septembre, a précisé jeudi soir Jean-François Ricard, le procureur antiterroriste chargé de l’enquête.

Des informations confirmées à l’AFP par une source du ministère de l’intérieur italien, qui ajoute que l’homme n’avait pas été fiché par le renseignement italien. Il était aussi inconnu des services de renseignement français.

La Tunisie, qui a condamné fermement l’attaque, a également annoncé l’ouverture d’une enquête «à la suite des soupçons selon lesquels un Tunisien a commis une opération terroriste à l’extérieur du pays.»

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné une «attaque odieuse», tandis que de nombreux pays dans le monde exprimaient leur solidarité avec la France.

Une femme et un homme y ont été tués à coup de couteau par un homme qui a crié «Allah Akbar» («Dieu est le plus grand», en arabe). Une autre femme, grièvement blessée, est décédée dans un bar proche où elle s’était réfugiée.

Les victimes sont une dame âgée que l’agresseur a tenté de décapiter, ainsi que le sacristain de l’église, un laïc d’environ 45 ans, père de deux filles.

La troisième victime est une «Brésilienne de 44 ans, mère de trois enfants, résidant en France», a indiqué jeudi soir le ministère brésilien des Affaires étrangères, qui a ajouté regretter et condamner «avec force cet attentat atroce».

«Barbarie islamo-fasciste»

«Si nous sommes attaqués, c’est pour les valeurs qui sont les nôtres, notre goût de la liberté», a estimé le chef de l’Etat français à Nice, en évoquant également l’attaque au couteau d’un vigile du consulat français à Jeddah, en Arabie saoudite, survenue simultanément à celle de Nice.

L’attentat a poussé la France à remonter au niveau maximum son plan de sécurité Vigipirate.

Le président Macron a précisé que le nombre de soldats patrouillant dans les rues passerait de 3.000 à 7.000, et devront particulièrement protéger les lieux de culte, autour de la fête catholique de la Toussaint.

«Nous ne cèderons rien» sur les valeurs qui font la France, en particulier «la liberté de croire et ne pas croire», a martelé Emmanuel Macron, en apportant tout «le soutien de la Nation aux catholiques», visés une nouvelle fois après l’assassinat en 2016 du prêtre Jacques Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Ouest).

Les policiers et pompiers français lors de leur arrivée sur les lieux de l’attaque, jeudi.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, a souligné qu’après l’assassinat d’un enseignant près de son école, «c’est dans une église que la barbarie islamo-fasciste a choisi de frapper, c’est tout un symbole».

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, assassiné le 16 octobre, a été pris pour cible parce qu’il avait montré en classe des caricatures du prophète Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression, par un Russe tchétchène radicalisé, abattu peu après par la police.

Des appels au boycott et des manifestations anti-françaises se sont multipliés depuis qu’Emmanuel Macron a affirmé, lors d’un hommage la semaine passée à ce professeur, ne pas vouloir renoncer au droit de publier des caricatures.

Des manifestations anti-françaises ont continué jeudi, au Pakistan, en Afghanistan, en Libye, ou dans les Territoires palestiniens, certains brûlant des images de M. Macron ou agitant des affiches le caricaturant en chien ou en porc.

L’ancien Premier ministre malaisien Mahatir Mohamad, personnalité connue de la région, a justifié dans un tweet, «la colère» des Musulmans qui, selon lui, «ont le droit de tuer des millions de Français pour les massacres du passé». Saisi par le gouvernement français, Twitter a supprimé ce message.

Jeudi, un Afghan armé d’un couteau, qui avait une attitude menaçante, a été interpellé à Lyon (Centre-Est).

«Un message de paix au monde musulman»

Mais l’attaque de Nice a aussi suscité une vague de condamnations internationales.

Mettant de côté de vives tensions ces derniers jours avec Paris autour des caricatures, Ankara l’a «fermement condamnée», estimant que «ceux qui ont commis une telle attaque sauvage dans un lieu de culte sacré ne peuvent s’inspirer de quelque valeur religieuse, humaine ou morale que ce soit».

Le pape François a dit «prier pour les victimes», tandis que la conférence des évêques de France a souhaité que «les chrétiens ne deviennent pas une cible à abattre».

«Nous sommes de tout coeur avec les Français. L’Amérique est aux côtés de notre plus vieil allié dans ce combat», a tweeté Donald Trump.

Et les dirigeants des 27 Etats membres de l’UE ont affiché leur «solidarité» avec la France et appelant «au dialogue entre les communautés et les religions».

Devant le parlement jeudi, le chef de la diplomatie française a d’ailleurs lancé un «message de paix au monde musulman», en soulignant que la France est «le pays de la tolérance», pas «du mépris ou du rejet».

Nice a déjà été endeuillée en 2016 par un attentat au camion-bélier qui a fait 86 morts sur la Promenade des Anglais le 14 juillet, en pleine fête nationale.

La France subit depuis 2015 une vague d’attentats ans précédent, qui a fait 260 morts.