À L’Échelle du Monde, on offre depuis de nombreuses années aux parents le concept d’acheminer par courriel la liste scolaire de leur enfant pour qu’elle soit préparée par le personnel en magasin. Il suffit par la suite d’aller récupérer ses fournitures scolaires sur place.
À L’Échelle du Monde, on offre depuis de nombreuses années aux parents le concept d’acheminer par courriel la liste scolaire de leur enfant pour qu’elle soit préparée par le personnel en magasin. Il suffit par la suite d’aller récupérer ses fournitures scolaires sur place.

Fournitures scolaires: la tendance est à l’achat local en ligne

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Pour les parents et les enfants comme pour les commerçants, les emplettes de la rentrée scolaire prennent une tournure bien différente cette année avec la COVID-19 dans les parages. Les ventes en ligne, le ramassage en magasin et l’achat local sont des tendances qui gagnent en popularité pour se procurer crayons à mine, surligneurs, cartables et cahiers quadrillés.

La copropriétaire du magasin À l’Échelle du monde, Chantal McFadden, le confirme : cette rentrée scolaire est singulière et pourrait bien marquer un tournant dans les façons de faire les achats de ce qui se retrouve sur la fameuse liste scolaire, une tâche qui peut parfois s’avérer un casse-tête pour certains parents.

« Le gros changement ? C’est que les commandes en ligne ont quoi ? Triplé, quadruplé, quintuplé ? Les gens font leurs achats par Internet et viennent ensuite en magasin récupérer leurs items. Souvent, ils nous demandent de préparer leur liste mais ils passent en magasin pour choisir eux-mêmes quelque chose de plus personnel avec leur enfant, par exemple un coffre à crayons. [...] Ce qu’on a constaté aussi, c’est que les gens ont commencé à magasiner bien plus tôt cette année, pour éviter la cohue à la fin août, pour ne pas que tout le monde soit en magasin en même temps. Nos clients habituels savent à quel point on peut être coincé, tout le monde doit se contourner. Notre mois de juillet, cette année, c’était notre mois d’août, la tendance s’est inversée », s’exclame-t-elle.

À L’Échelle du Monde, on offre depuis de nombreuses années aux parents le concept d’acheminer par courriel la liste scolaire de leur enfant pour qu’elle soit préparée en un tour de main par le personnel en magasin. Ne suffit par la suite que d’aller récupérer ses fournitures scolaires sur place. On peut aussi le faire en personne et un employé loin d’être effrayé par les listes parfois complexes tâchera de dénicher les bons articles exigés par les enseignants. Les parents qui décident de faire tous leurs achats de la liste verront leur facture réduite de 20 %.

Pour le commerce qui a pignon sur rue à Gatineau depuis 42 ans, ces deux mois d’été représentent le quart du chiffre d’affaires annuel.

Après cinq mois à naviguer dans cette nouvelle ère parfois anxiogène, comment décrirait-elle la clientèle à la veille du retour en classe et d’un semblant de vie plus normale ?

« C’est drôle, mais la patience des gens a augmenté. Ça fait des mois qu’ils se pratiquent à être à la queue leu leu, alors quand on leur demande d’attendre quelques minutes que le local (réservé aux effets scolaires) se libère, ils sont tellement courtois, détendus. On dirait que plusieurs se sont habitués à ce rythme de vie là. Les clients sont aussi plus conscients qu’on doit rester moins longtemps dans un endroit public. On fait nos achats et on quitte. L’expérience est agréable pour nous, car on se souvient des deux premières semaines de notre réouverture, en mai, lorsque les gens acceptaient très mal le contrôle qui devait être exercé et les consignes que nous devions appliquer. On tirait souvent sur le messager », explique Mme McFadden.

Chose certaine, en cette année où les appels à favoriser l’achat local se sont multipliés, la femme d’affaires se dit convaincue d’avoir encore mieux tiré son épingle du jeu contre des géants tels que Walmart ou Bureau en gros.

« Je suis certaine qu’il y a eu un effet de balancier. Il y a deux raisons principales : les clients ont le goût de faire le moins d’arrêts possible, mais ils ont aussi entendu l’appel du gouvernement et des commerçants pour acheter local. Et pour les prix, c’est un mythe, car les duo-tangs, j’en ai à tous les prix, à 50 cents comme à 1,50 $. Et je les ai, toutes les affaires du Dollarama. Tout dépend de ce qu’on recherche », affirme-t-elle.

À deux semaines de la rentrée scolaire, Chantal McFadden devient soudainement très émotive et ne peut retenir quelques larmes lorsqu’on lui parle des effets de la COVID-19 et de la réponse de la population face à l’importance d’encourager les commerçants d’ici.

« Depuis le 13 mars, on est portés par la vague d’encouragement des Gatinois. J’ai le cœur gros d’émotion. C’est ce qui nous a permis de passer au travers. C’était ma plus grande inquiétude, c’était très épeurant comme situation. Pendant un mois, j’ai dormi en moyenne trois heures par nuit. Sauf qu’il y a finalement eu une vague d’appréciation, avec le téléphone qui sonnait, les courriels qui entraient. On conversait avec nos clients comme les plus vieux amis du monde, grâce à Messenger. On a senti que l’Outaouais ne voulait pas voir la région dans le rouge », dit-elle.

La propriétaire de la Librairie du Soleil, Francine Mercier-Chevrier, pose avec des manuels scolaires en prévision de la rentrée

« Il a fallu se réinventer »

À la Librairie du Soleil, qui fait partie du paysage régional depuis trois décennies, le coronavirus a également chamboulé la période des achats scolaires, admet d’emblée la propriétaire Francine Mercier-Chevrier.

« On a dû louer un autre local pour faire la rentrée, car ça n’avait aucun sens de seulement faire ça à notre succursale du boulevard Saint-Raymond. La librairie n’était pas assez grande, on serait carrément devenu un foyer (d’éclosion) de COVID-19. En plus, avec la faillite de la Librairie Réflexion et le fait que la Librairie Michabou (secteur Aylmer) ne s’occupe pas de la rentrée cette année, il a fallu se décider très rapidement. On parle de 20 000 élèves. Sans un plan B, on aurait eu des files d’attente sur le trottoir jusqu’à Noël. Ça va beaucoup mieux, avec une succursale, on peut contrôler le flot de clients. Ça occasionne des coûts par contre, alors on a dû imposer des frais COVID. Des gens ont chialé, mais la majorité de la clientèle comprend », note-t-elle.

Cette dernière souligne que les ventes en ligne ont « explosé » durant les derniers mois, tendance qui se poursuit actuellement en vue du retour en classe. Une réalité qui vient avec ses bons comme ses mauvais côtés.

« Le commerce en ligne, ça exige énormément de temps. On reçoit la commande, on la prépare, on s’assure qu’il ne manque rien, puis on communique avec le client. Il ne vient pas nécessairement tout de suite, alors parfois on doit entreposer les choses. Ça ne finit plus, c’est le double du temps. Sauf qu’il faut se réinventer, tout le monde le dit, alors c’est correct. On voit que les gens veulent encourager les librairies indépendantes, c’est assez formidable », lance-t-elle.