Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada, dénonce le fait que les grands partis n’abordent pas le problème du système de paie Phénix depuis le début de la campagne.

Système de paie Phénix: «une patate chaude», dit l’AFPC

Le fiasco du système de paie Phénix n’est rien d’autre « qu’une patate chaude pour les deux partis qui sont nez à nez dans les sondages », estime la vice-présidente exécutive nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Magali Picard.

Faisant allusion aux libéraux et aux conservateurs, le syndicat dénonce le fait qu’après 28 jours de campagne électorale, les partis politiques n’ont pas ou très peu abordé le sujet. Lors des débats télévisés, aucune question n’a également été posée sur cet enjeu.

« Le fiasco a été créé par le Parti conservateur, ce sont eux qui ont congédié 2400 spécialistes de la rémunération, qui ont centralisé le système de paie et qui ont acheté Phénix alors qu’on savait déjà que c’était un désastre en Australie. Les libéraux sont arrivés au pouvoir avec un budget amputé de 170 millions $, sauf qu’après quatre ans, ils n’ont pas été meilleurs pour gérer cette situation de crise-là. On a besoin de spécialistes (de rémunération) dans tous les ministères, dans toutes les régions, comme c’était le cas avant. Aucun de ces deux partis n’a rien à gagner à parler de Phénix, car ils sont pleinement responsables de ce fiasco », martèle Mme Picard.

Cette dernière tenait à réagir au lendemain d’une annonce de candidats néo-démocrates à Ottawa qui proposent de mettre en place un plan en trois étapes pour régler la crise Phénix, un processus très similaire à celui que réclame l’AFPC depuis des mois.

« Il y a actuellement 50 % plus de gens qui travaillent sur Phénix qu’avant la centralisation. Le fiasco a entraîné plus de deux milliards $ en dépenses pour les contribuables, mais en plus, il y a plus de 2500 personnes qui travaillent en rémunération. Alors avec tous les gens embauchés depuis le début, on serait capables de les prendre et de les faire travailler pour régler les problèmes dans un seul ministère, dans une seule province, avec les conventions collectives en vigueur, au lieu de gérer dossiers à la fois. À quel endroit ces gens-là travaillent, ce n’est pas très important, sauf qu’ils doivent s’occuper d’un seul groupe. Il faut un plan qui fait du sens, qui humainement parlant est responsable. C’est ce qu’on veut et la première proposition du NPD répond à ça », lance-t-elle.

Exaspérée, Mme Picard considère « inconcevables et inhumaines » les conséquences qu’a eu cette saga sur les fonctionnaires touchés au cours des quatre dernières années.

Alors que les négociations avec le Conseil du Trésor sont interrompues en raison des élections, elle rappelle que l’offre de compensation du gouvernement, soit cinq jours de vacances monnayables par employé, est jugée « insultante et inéquitable » par l’AFPC, même si d’autres syndicats l’ont acceptée.

Une offre en argent équivalent à près une semaine de travail non imposable est réclamée, pour compenser les « dommages moraux », dit-elle, rappelant que le montant doit varier selon le salaire des fonctionnaires.

Le fait que Phénix n’ait pas été au menu lors des débats organisés par des médias est un « oubli important », note Mme Picard.

« On a 300 000 familles qui vivent avec un stress en continu avec une date de fin inconnue. On sait que Phénix est là pour encore cinq à dix ans. C’est triste de voir que cette question-là n’est pas abordée, à tout de moins quand on parle aux partis responsables. Il faut qu’ils aient un plan pour corriger la situation, qu’ils soient imputable afin de rassurer les gens », affirme-t-elle, ajoutant que les années Harper ont été « une horreur » pour la fonction publique et que l’élection probable d’un gouvernement conservateur serait « le pire scénario ».