Santé Canada encore dans l'eau chaude

Éclaboussé à l'automne pour avoir révélé l'identité de dizaines de milliers d'utilisateurs de marijuana médicale, Santé Canada se retrouve à nouveau plongé dans l'eau chaude pour une histoire d'atteinte à la vie privée, au sein de la même division.
Les renseignements personnels des employés de la fonction publique sont censés être protégés avec le plus grand soin. Mais pas à la Direction des substances contrôlées et de la lutte au tabagisme de Santé Canada, où le bureau de la directrice Johanne Beaulieu était facilement accessible.
C'est du moins ce que laisse entendre un rapport sur une atteinte à la protection de la vie privée, dont LeDroit a obtenu copie.
Les dossiers contenant les renseignements confidentiels des employés - documents détaillant les arrêts de travail, billets du médecin, notes personnelles,etc. - se trouvaient dans un classeur qui, même verrouillé, pouvait être ouvert sans difficulté, révèle le rapport.
Qui plus est, le classeur en question se trouvait dans un bureau dont la porte ne se verrouillait pas.
Julie* a été humiliée publiquement par un ou une collègue qui a consulté la filière contenant ses renseignements médicaux. Cette personne a ensuite communiqué avec la médecin traitant Julie, la Dre Geneviève Melançon, affirmant que sa collègue inventait des prétextes pour obtenir un congé prolongé.
«Vous vous faites berner»
«Je ne peux pas croire que vous vous faites berner par (Julie). Nous nous faisons certainement avoir ici au travail. Vous approuvez les congés de maladie prolongés de Julie mois après mois, alors que nous on se fend le cul en quatre. [...]», écrit cet employé de l'État au médecin de Julie, avant d'aborder dans les moindres détails certains aspects de la vie privée de sa collègue.
«Est-ce que ça ne vous dérange pas de lui donner des vacances alors que ce n'est pas nécessaire? Où est votre professionnalisme?», termine l'employé, dans cette lettre reçue par la poste le 15 avril 2013 au bureau de la Dre Melançon.
La directrice, Johanne Beaulieu, a elle aussi reçu une lettre semblable.
Il fut déterminé très tôt dans l'enquête «que quelqu'un au sein du Bureau avait accès aux filières du bureau de la directrice, puisque (des documents) concernant l'employée étaient manquants», note le rapport.
Le ministère n'a jamais été en mesure d'identifier l'auteur de la lettre, même si le bureau de Julie comptait moins d'une dizaine de personnes.
Enquête parallèle
La Commissaire à la protection de la vie privée par intérim Chantal Bernier a ouvert sa propre enquête, qui se penchera sur la brèche en tant que telle, mais aussi sur la façon dont Santé Canada a géré le dossier à l'interne.
Car Julie se montre insatisfaite de la façon dont Santé Canada a géré le dossier, à commencer par sa supérieure immédiate.
«Alors que je voulais que le ministère aille au fond de cette affaire, ma directrice n'arrêtait pas de me dire de tourner la page et de me concentrer sur ma santé, dit-elle. Je lui ai écrit des confidences très personnelles, et certains de ces renseignements sont maintenant dans les mains d'autres gens.»
Julie n'a toujours pas réintégré son lieu de travail à la suite de la brèche de confidentialité.
Selon l'annuaire gouvernemental, l'ex-directrice Johanne Beaulieu occuperait désormais un poste de conseillère scientifique. Rien n'indique un lien entre l'apparente rétrogradation de Mme Beaulieu et cet incident.
Santé Canada s'est pour sa part fait avare de commentaires. «Nous travaillons avec le Commissariat et nous prenons les mesures nécessaires pour nous assurer que les renseignements privés et confidentiels soient manipulés de façon appropriée».
* Nom fictif