Le dernier chapitre de Phénix, « la catastrophe annoncée » est encore loin d’être écrit.

Phénix: les mises en garde ignorées

Quelques semaines avant la mise en oeuvre de la première phase de Phénix en juillet 2015, l’Alliance de la fonction publique du Canada, le plus important syndicat de fonctionnaires fédéraux avait lancé une mise en garde pour dénoncer « le manque de ressources et de formation » des employés au nouveau Centre de Miramichi, alors que les dossiers de paye devaient y être progressivement transférés.

« Nos membres font tout pour être prêts, mais le manque de ressources et la formation reçue risquent de ne pas suffire. En bout de ligne, ces employés pourraient ne pas pouvoir régler rapidement les problèmes qui surviendront dans le traitement des dossiers », avait déclaré en juin 2015 Chris Aylward, vice-président exécutif national de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC).

Alors que le rapport du vérificateur général, Michael Ferguson, doit faire la lumière mardi sur le fiasco Phénix, cette toute première dénonciation publique de l’AFPC de juillet 2015 prend tout son sens. Malgré le signal alarmant, elle n’avait pas empêché le gouvernement de Stephen Harper de poursuivre avec son projet d’implantation de Phénix, un projet de 309 millions $ qui devait remplacer un système jugé « désuet ». 

Puis, c’est encore un mois avant la mise en oeuvre de la phase 2, en avril 2016, qu’une autre mise en garde avait aussi été faite pour avertir des problèmes à venir si le gouvernement de Justin Trudeau, arrivé au pouvoir fin 2015, allait de l’avant.

L’AFPC, ainsi que d’autres syndicats, disaient avoir reçu déjà de nombreuses plaintes d’employés qui n’avaient pas été payés correctement depuis le transfert de la première phase. 

Cette demande de repousser la mise en oeuvre de la phase 2, en mai 2016, avait aussi été ignorée. 

Le gouvernement répliqua que tout serait prêt, que le système avait été testé, qu’il s’agissait de problèmes mineurs. Le gouvernement ne pouvait plus reculer parce que l’ancien système, et ses employés n’étaient plus disponibles.

C’est au cours des mois qui ont suivi que la « catastrophe annoncée » s’est produite. Malgré les efforts, la situation s’est aggravée au point où le gouvernement a dû investir des centaines de millions pour tenter de colmater les brèches. La mise à jour des conventions collectives s’est ajoutée au lot de problèmes ces derniers mois. Pourtant, le gouvernement répliquait encore aux employés inquiets et aux dirigeants syndicaux que tout irait bien. 

La somme d’un milliard de dollars est maintenant avancée, et le gouvernement ne sait toujours pas quand il pourra payer ses employés correctement et à temps. 

Le rapport du vérificateur général viendra sans doute ajouter un peu de lumière sur ce fiasco. 

Mais le gouvernement est loin d’être au bout de ses peines. 

Alors que le nombre de mouvements de paye en attente atteint un sommet de 520 000, l’Institut professionnel de la fonction publique, deuxième syndicat en importance, a demandé au gouvernement de laisser tomber Phénix pour développer un autre système en parallèle, un projet qui pourrait être fait d’ici un an. 

Pour mettre un peu plus de pression, le syndicat a aussi invité ses membres à bombarder les ministères de griefs individuels si le gouvernement n’ajoute pas de personnel pour régler les problèmes rapidement. On peut déjà imaginer que les autres syndicats suivront. 

Le dernier chapitre de Phénix, « la catastrophe annoncée » est donc encore loin d’être écrit.