Une pétition sera bientôt présentée au gouvernement fédéral.

Phénix: les fonctionnaires se mobilisent déjà pour l’élection

MONTRÉAL - Frustrés et en colère devant l’incapacité du gouvernement Trudeau à régler les problèmes du système de paie Phénix, les fonctionnaires fédéraux se mobilisent déjà en prévision de l’élection l’an prochain.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, mercredi, Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale à l’Alliance de la fonction publique du Canada a décrit comme une sorte de «mise en demeure symbolique» la pétition qui sera bientôt présentée au gouvernement fédéral.

«Que le gouvernement se tienne prêt: au Québec, la mobilisation commence. Si le gouvernement veut ravoir 40 circonscriptions au Québec, ils sont mieux de régler Phénix, parce que nos gens vont être très sérieux dans la campagne qui s’en vient», a prévenu la dirigeante de l’AFPC, qui est affiliée à la FTQ au Québec.

Les gens outrés ou frustrés par le système de paie Phénix ont jusqu’à vendredi midi pour signer cette pétition.

Des quelque 6200 signataires qui avaient apposé leur nom jeudi matin, environ 60 pour cent venaient du Québec.

«Au Québec, on a 80 pour cent des travailleurs de l’État (fédéral) qui ont des problèmes avec leur paie actuellement, 8 travailleurs sur 10. Pas tous au même niveau, mais c’est inconcevable», s’est exclamée Mme Picard.

La vice-présidente de l’Alliance explique que ses membres en ont ras-le-bol d’entendre dire que les problèmes vont finir par être réglés. Cela fera bientôt deux ans, en février, que Phénix a été lancé.

«Nos gens sont exaspérés. Ils ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Des messages, des signaux d’alarme avaient été envoyés au gouvernement libéral et ils ne nous ont pas écoutés. Alors là, nos gens nous disent: ‘on veut se mobiliser pour les prochaines élections’. C’est ce que j’entends des membres partout où je vais au Québec», a rapporté la dirigeante syndicale de l’AFPC, qui est affiliée à la FTQ au Québec.

Exemples

Mme Picard relate le cas d’un employé du gouvernement fédéral au Lac Saint-Jean qu’elle a rencontré récemment. «Cette personne-là est venue travailler l’année passée à l’Agence du revenu; elle n’a pas eu de paie. Elle a quitté la fonction publique avec aucun T-4, aucun talon de paie. Elle s’est présentée à l’assurance emploi. Malgré le bon vouloir des gens là-bas, c’était très difficile d’établir un montant de prestation; on lui a donné le montant minimum. Ça fait un an de ça et ce n’est pas réglé. Il est revenu travailler à l’Agence du revenu en août 2017. Il a eu son premier chèque de paie à la mi-novembre. Et ça a été le premier et le seul qu’il a reçu jusqu’à maintenant.»

Elle rapporte également les «dizaines de milliers de cas» de travailleurs qui ont eu un trop-payé et à qui le gouvernement réclame de rembourser non seulement ce montant, mais le montant brut, donc celui qui inclut les avantages sociaux. Il s’agit pourtant d’un montant brut qu’ils n’auraient jamais touché.

«On te dépose par erreur 30 000 $. C’est arrivé encore le mois passé à un travailleur de Québec. Il a appelé immédiatement l’employeur pour lui dire ‘je vais vous faire un chèque, un virement, dites-moi comment on fait, je veux le rembourser’. On lui dit ‘c’est 39 000 $ que tu dois nous rembourser, parce qu’il faut que tu rembourses la partie brute également’. Nous, on dit au gouvernement: ‘c’est inacceptable que les travailleurs vous avancent de l’argent’ «, a critiqué Mme Picard.

Au plan juridique, l’Alliance réclame déjà compensation pour les dommages moraux subis par les travailleurs de l’État. La cause n’a pas encore été entendue. L’AFPC discute encore avec le Conseil du trésor, a précisé Mme Picard.