Des dizaines de membres de l'AFPC ont manifesté devant les bureaux du premier ministre Trudeau à Ottawa vendredi à l'occasion du quatrième anniversaire du système de paye Phénix. 

Phénix et convention collective expirée: l'AFPC pourrait déclencher une grève en mai

Sans contrat de travail et insatisfaits des offres du Conseil du Trésor pour dédommager les victimes du système de paye Phénix, dont c’est le quatrième anniversaire d’implantation, jusqu’à 140 000 membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pourraient déclencher une grève générale illimitée dès le mois de mai.

Les votes de grève se tiendront entre la mi-mars et le début mai dans les différentes unités syndicales partout au pays, excluant les syndiqués de l’Agence du revenu du Canada pour qui ont commencé à se prononcer dans les derniers jours. Selon les résultats, l’AFPC aura donc en main dès les semaines suivantes un mandat de grève. Des grèves rotatives ne sont pas envisagées. S’il se concrétise, un tel débrayage à l’échelle nationale sera une première depuis 1991.

Pour souligner les quatre ans d’existence du fiasco lié à Phénix, l’AFPC a organisé un point de presse vendredi devant les bureaux du premier ministre Justin Trudeau, dont on déplore l’inaction face à cette situation qui perdure depuis février 2016. 

« Notre message pour lui est clair : nos gens affectés sont au bout du rouleau et ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Il n’y a toujours pas de plan, aucun message pour rassurer les travailleurs. En plus, on est toujours en quête d’un nouveau contrat de travail, qui lui devra inclure des dédommagements pour Phénix », affirme la vice-présidente exécutive nationale de l’AFPC, Magali Picard. 

Au sujet du système Phénix, le plus grand syndicat du secteur public au pays exige entre autres que le gouvernement fédéral établisse un plan et un échéancier précis pour l’élimination de l’arriéré, qui s’élève à plus de 200 000 mouvements de paye. On souhaite aussi qu’il y ait embauche de plus de personnel dans le but de diminuer le nombre de nouveaux cas problématiques et que les conseillers en rémunération soient maintenus en poste

Mme Picard ajoute que devant le « silence radio » de l’employeur, duquel on attend impatiemment un signal avec un nouveau mandat pour discuter, les fonctionnaires n’ont d’autre choix que de songer à des actions plus lourdes. 

« Comme on ne voit aucun mouvement à la table du Conseil du Trésor, on ne veut plus attendre. Assez, c’est assez. L’offre de cinq jours de congé (pour compenser les dommages liés à Phénix) est complètement inéquitable. Nos gens s’attendent à mieux, ils veulent un montant forfaitaire qui est non imposable, car on parle de dommages moraux. Quant à la négociation habituelle des conventions collectives, on ne demande rien d’extraordinaire, on ne demande qu’au minimum une hausse équivalente au coût de la vie. L’employeur a proposé 0,75 % au début des négociations, alors que les retraités ont obtenu 2,2 % en janvier. Nous ne sommes même pas dans une période de rattrapage, on veut simplement qu’ils respectent ce qu’eux-mêmes ont déterminé comme étant le coût de la vie », lance-t-elle. 

Mme Picard précise que le fait que d’autres syndicats de plus petite taille (tels que l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada) ont accepté l’an dernier l’offre du gouvernement à titre de compensation pour les problèmes de Phénix (l’équivalent de cinq jours de congé payés) puis fait inclure une clause remorque à leur contrat de travail « complique la vie » à l’AFPC. 

La clause stipule que si le plus imposant syndicat obtient mieux, les autres devront à leur tour être compensés. 

« C’est dommage que les autres (syndicats) aient dansé avec le gouvernement sur une note de peur, avant les élections. Ils ont eu peur d’avoir à négocier avec les conservateurs, alors ils ont pris l’offre. Une clause remorque, c’est quand tu signes quelque chose qui n’est pas entièrement satisfaisant. Mais là, cette entente fait en sorte que l’employeur est beaucoup plus lent à réagir. Il réalise dans quelle position il s’est mis. Sauf que la stratégie a assez duré. Des milliers de fonctionnaires sont aux prises avec des problèmes et il n’y a aucun signe d’amélioration », de dire Mme Picard. 

Celle-ci affirme ne jamais avoir vu la fonction publique aussi mobilisée.

« Les gens veulent se faire voir et entendre. Il y en a qui dans le passé n’auraient pas été en faveur d’une grève, mais là il y a une écœurantite. Ils ont besoin d’une bouffée d’air. J’exhorte le gouvernement d’agir, ne serait-ce que par question de respect et non pour savoir qui gagnera ou perdra », lance la leader syndicale. 

La partie patronale réplique que son objectif est de prendre des mesures concrètes pour faire progresser les négociations et permettre aux deux parties de retourner à la table de négociations.

« Le gouvernement du Canada demeure déterminé à négocier de bonne foi et à conclure des conventions qui sont équitables pour les employés et raisonnables pour les contribuables canadiens, comme il l’a déjà fait avec les 34 autres agents négociateurs de la fonction publique », indique le cabinet du président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.