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Toutes régions confondues, 44% des répondants francophones ont dit être inconfortables d’utiliser leur langue au travail.
Toutes régions confondues, 44% des répondants francophones ont dit être inconfortables d’utiliser leur langue au travail.

Malaise franco à la fonction publique

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
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Une étude du Commissariat aux langues officielles confirme un certain malaise dans l’utilisation du français dans la fonction publique fédérale.

Le sondage, mené auprès de 5 043 anglophones et de 5 785 francophones, dresse le portrait linguistique des travailleurs de l’État canadien dans les régions de la capitale fédérale (incluant Ottawa et Gatineau), du Nouveau-Brunswick, ainsi que les régions du Québec et de l’Ontario à l’extérieur de la capitale fédérale.

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Les données du sondage mené du 6 au 25 mars 2019 ont été publiées vendredi dernier. L’en-tête du document «(In)sécurité linguistique au travail» révèle aussi certaines nuances sur le désir de fonctionnaires anglophones d’utiliser davantage la langue de Molière au travail.

«Dans l’ensemble, lit-on, beaucoup plus de répondants se disent mal à l’aise en français qu’il n’y en a qui sont mal à l’aise en anglais, même si les résultats varient parfois selon les régions. L’inconfort de l’expression orale en français est le type d’insécurité linguistique le plus souvent mentionné par les répondants, suivi de l’écriture en français et de la demande de supervision en français.

Toutes régions confondues, 44% des répondants francophones ont dit être inconfortables d’utiliser leur langue au travail.

«L’explication la plus fréquente est que cela serait un inconvénient pour des collègues ou des superviseurs qui pourraient ne pas être à l’aise dans la langue, ou que cela allait les déranger ou causerait du trouble, explique l’étude du Commissariat. Pour ce qui est de l’inconfort à l’oral ou à l’écrit, l’impression que la langue n’est pas souvent utilisée en milieu de travail et la tendance des collègues à changer de langue ont aussi été mentionnées comme des facteurs importants. Quant à l’inconfort lié à l’écriture en français, le fait que la haute direction demande peu de documents en français est également cité comme un facteur important.»

Plusieurs fonctionnaires anglophones précisent qu’ils voudraient utiliser plus souvent le français dans le cadre de leur travail.

La plupart des répondants (54 % des anglophones et 90 % des francophones) occupent des postes désignés bilingues, sauf les anglophones au Nouveau-Brunswick et en Ontario (à l’extérieur de la région de la capitale nationale).

Si le taux de bilinguisme est plus élevé chez les francophones, plusieurs fonctionnaires anglophones précisent qu’ils voudraient utiliser plus souvent le français dans le cadre de leur travail.

«Parmi les anglophones qui ont au moins des compétences intermédiaires en lecture, en écriture et en expression orale en français et qui travaillent dans des milieux où l’anglais prédomine, 53 % souhaitent avoir plus d’occasions d’utiliser le français au travail. Parmi les francophones qui travaillent dans des milieux où l’anglais prédomine, 70 % veulent avoir plus d’occasions d’utiliser le français au travail. Étant donné que l’insécurité linguistique en français est un réel problème pour de nombreux répondants francophones et anglophones, l’intérêt exprimé par les deux groupes à l’égard d’une utilisation plus fréquente du français au travail peut être considéré comme encourageant. Le défi est là, mais il y a aussi des moyens de le relever.»

Dans la région de la capitale nationale, 51 % des répondants disent que l’anglais est leur première langue officielle, et 49 % nomment le français. La plupart des répondants anglophones (86 %) et des francophones (74 %) de la région de la capitale nationale travaillent du côté d’Ottawa.

Que ce soit chez les anglophones ou les francophones, il existe un inconfort dans l’utilisation de la langue seconde «par la crainte de ne pas être assez compétents et d’être jugés».

La députée d’Orléans et membre du Comité permanent des langues officielles Marie-France Lalonde n’était pas disponible pour commenter, mardi.

Le bureau du député de Hull-Aylmer et secrétaire parlementaire du président du Conseil du Trésor, Greg Fergus, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Solutions proposées par des fonctionnaires fédéraux

«Signifier aux personnes qu’elles sont les bienvenues de transiger dans l’une ou l’autre des langues officielles et qu’elles sont les bienvenues si elles veulent pratiquer la langue de leur choix.»

«Le simple fait de remémorer cela au début d’une réunion a pour effet de réduire le stress et d’augmenter le niveau de confort des gens qui ne maîtrisent pas les deux langues également.»

«En misant sur le bilinguisme passif des anglophones, le niveau de confort des francophones sera meilleur et il y aura une plus grande utilisation du français. Les francophones ne sentiront pas qu’ils excluent leurs collègues anglophones de la conversation s’ils utilisent le français.»

«Certains de mes collègues qui ne parlent pas très bien le français pourraient apprécier que je leur parle dans cette langue, mais étant parfaitement bilingue, il est souvent plus facile ou expéditif pour moi de parler dans la langue de cette personne. C’est peut-être à moi de faire l’effort pour utiliser plus souvent ma langue maternelle pour que mes collègues puissent améliorer leur langue seconde. [...] Je fais parfois le choix de parler français dans ce but. Ce serait peut-être à faire plus souvent?»