Maladie et médias sociaux

Deux personnages, un lieu, un mot, une date et une résolution. Place au bilan de l'année dans la fonction publique fédérale.
Deux personnages: Tony Turner et Emilie Taman
Chose rare, deux fonctionnaires fédéraux ont fait les manchettes dans la deuxième moitié de 2015, pour avoir osé défier le gouvernement en mettant en jeu leur emploi, tout en défendant des causes différentes.
Auteur de la chanson Harperman, un succès viral sur les médias sociaux, M. Turner est ce scientifique d'Environnement Canada qui dénonçait en musique et en paroles le musèlement des scientifiques fédéraux. Il a été congédié quelques semaines avant sa retraite, mais a suscité un mouvement d'appui.
Quant à l'avocate Emilie Taman, qui occupait un emploi de procureure au gouvernement fédéral, elle s'est vu refuser le droit d'avoir un congé sans solde pour être candidate à l'élection fédérale. Elle a perdu sa bataille en justice devant la Cour fédérale et comme candidate néo-démocrate dans Ottawa-Vanier.
Un lieu: les médias sociaux
La stratégie de la rue a été souvent éclipsée par celle des médias sociaux, qui servent désormais de place publique virtuelle, permettant aux syndicats de la fonction publique fédérale de faire passer leur message au-delà des moyens traditionnels.
La campagne et la vidéo Votez pour stopper l'hémorragie de l'Alliance de la fonction publique du Canada, vue plus d'un million de fois sur Youtube, est un bel exemple de ce succès de diffusion.
À l'occasion de la campagne en faveur de la science publique, l'Institut professionnel de la fonction publique a aussi connu un succès viral qui a permis de susciter des réactions dépassant les attentes.
Un mot: maladie
Les congés de maladie demeurent l'enjeu principal de la présente ronde de négociations en vue du renouvellement du contrat de travail des fonctionnaires fédéraux.
C'est le gouvernement fédéral qui a lancé le bal en annonçant son intention de réaliser des économies de plus de 900 millions $ en abolissant les banques de congés de maladie et en imposant un nouveau régime d'assurance-invalidité à ses employés.
La réaction des syndicats n'a pas tardé. Ils ont non seulement uni leurs forces pour s'opposer à la volonté du gouvernement Harper, mais ils ont tout fait afin qu'il soit défait le 19 octobre dernier. Les syndicats ont aussi décidé de contester devant les tribunaux la loi C-59, permettant au gouvernement d'imposer un nouveau régime d'assurance-invalidité à court terme sans passer par la voie de la négociation.
Une date: le 19 octobre 2015
La date du dernier scrutin fédéral restera gravée dans la mémoire de plusieurs fonctionnaires fédéraux de la région.
Cette campagne n'aura pas été comme les autres, puisque les syndicats les représentant avaient lancé le mot d'ordre de «sortir» le gouvernement conservateur. Ce message a été répété dès que le budget fédéral a été déposé et est rapidement devenu un objectif incontournable de leur stratégie.
Les engagements pris par les partis politiques ont d'ailleurs tenu compte des commentaires exprimés par les fonctionnaires insatisfaits du traitement reçu du gouvernement conservateur.
Une résolution: le respect
Le «respect» est redevenu un mot à la mode pendant la dernière campagne électorale pour les fonctionnaires fédéraux, outrés par les déclarations des ministres conservateurs qui ont souvent mis en cause leur taux d'absentéisme au travail et leurs conditions de travail trop généreuses par rapport au secteur privé.
Pendant la campagne électorale, le chef libéral maintenant premier ministre, Justin Trudeau, s'est engagé à rétablir des relations harmonieuses avec les employés fédéraux. Cet engagement s'est rapidement fait sentir dès les premières semaines de son arrivée au pouvoir.
Le nouveau président du Conseil du Trésor, Scott Brison, a ouvert la porte aux dirigeants syndicaux, en utilisant un ton plus respectueux avec les dirigeants syndicaux.
Les libéraux ont aussi promis d'abolir les mesures considérées antisyndicales de plusieurs lois adoptées sous les conservateurs, et de modifier le mandat dans le cadre des négociations déjà amorcées afin de «négocier» la question du régime de congés de maladie. Les négociations doivent reprendre en février.