Gestion du rendement: une directive qui fait déjà peur

La nouvelle Directive sur la gestion du rendement dans la fonction publique fédérale, qui entrera en vigueur le 1er avril, porte «à confusion», «ne respecte pas les conventions collectives», ni la «jurisprudence» dans les cas de congédiements, selon l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) qui représente 65 000 professionnels et scientifiques du secteur public.
«Les évaluations uniformes, justes et utiles, qui sont conformes dans la fonction publique centrale, ne sont pas problématiques. Toutefois, la directive du Conseil du Trésor ne répond pas à ces objectifs», estime l'IPFPC.
L'absence de consultation véritable, une formation obligatoire requise inadéquate pour les gestionnaires, des sanctions et congédiements qui ne respecteraient pas les conventions collections et la jurisprudence, un échéancier de mise en oeuvre trop serré, sont autant d'éléments qui font partie de la longue liste de doléances de l'Institut pour dénoncer cette nouvelle directive, annoncée par le président du Conseil du Trésor Tony Clement en mai 2013, mais dont les mesures seront mises en oeuvre à la fin du mois.
L'IPFPC soutient que la directive a été présentée avec «beaucoup d'exagérations et de sous-entendus» au sujet du rendement des fonctionnaires. Il rappelle qu'il n'a pas été consulté avant. Le syndicat promet d'ailleurs qu'il ira devant les tribunaux s'il le faut pour défendre les droits de ses membres.
Confusion
L'Institut professionnel estime que les échelles d'évaluation portent à confusion et manquent de clarté. Aussi, il déplore que les ententes de rendement soient à la disposition d'un vaste éventail de personnes sans rapport avec la voie hiérarchique immédiate de l'employé. Quant à la retenue d'une augmentation salariale pour sanctionner un mauvais rendement, l'Institut rappelle que «cette façon de faire contrevient aux conventions collectives.»
Il note qu'il sera obligatoire de formuler des plans d'amélioration du rendement pour les employés peu performants, peu importe la raison de leur mauvais rendement, ce qui inclut par exemple des employés qui ont eu des problèmes personnels qui sont réglés.
Quant aux cas possibles de congédiements, l'Institut croit que la directive ne respecte pas la jurisprudence actuelle. Selon la Directive, il ne devrait normalement pas se passer plus de 18 mois entre la détermination d'un rendement insatisfaisant et le licenciement. «L'application arbitraire de cette disposition particulière, sans d'abord vérifier que l'employé a eu toutes les possibilités raisonnables d'améliorer son rendement, viole la jurisprudence établie», indique l'Institut. Avant de licencier un employé, le gestionnaire doit envisager toutes les solutions raisonnables pour régler le problème de rendement, y compris des affectations, des détachements ou une rétrogradation, et les épuiser».
En ce qui concerne la formation des gestionnaires, l'Institut déplore que la formation obligatoire requise par la directive se limite à un cours en ligne de 90 minutes tout au plus.