Fini les études indépendantes sur les salaires

Au moment où il se prépare à renégocier de nombreux contrats, le gouvernement conservateur a mis la clé dans la porte du seul organisme indépendant qui menait des études comparatives sur la rémunération des fonctionnaires, dénoncent des représentants syndicaux du secteur public fédéral.
L'organisme en question a été sacrifié lors de l'adoption du projet de loi C-4, soutiennent dans une lettre Toby Sanger, économiste principal du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), et David-Alexandre Leblanc, agent de recherche principal de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC).
«En adoptant le projet de loi C-4, le gouvernement conservateur a non seulement faussé le jeu en ce qui concerne le processus de négociation collective, mais il a aussi éliminé le seul organisme fédéral indépendant qui mène des études comparatives sur la rémunération des fonctionnaires fédéraux», soulignent les deux signataires.
Une comparaison compliquée
Les Services d'analyse et de recherche en matière de rémunération de la Commission des relations de travail dans la fonction publique ont été abolis. Cette décision, qui est pratiquement passée inaperçue, faisait partie de la myriade de mesures antisyndicales enfouies dans le projet de loi C-4, indiquent-ils.
«Cela signifie qu'en 2014, le gouvernement conservateur négociera les salaires et les avantages sociaux de dizaines de milliers de fonctionnaires en se basant uniquement sur les données que lui auront fournies des firmes privées triées sur le volet», déplorent les deux représentants syndicaux.
Selon eux, la comparaison des salaires entre les secteurs privé et public n'est pas si simple.
«On entend beaucoup de fausses informations sur l'écart de rémunération entre les secteurs public et privé. La perception générale étant que les travailleurs du secteur public sont beaucoup mieux payés que ceux du secteur privé, une perception alimentée par des rapports bâclés de lobbys de la communauté des affaires. Si le gouvernement fédéral se base sur ce type d'études, tout le monde en souffrira», poursuivent-ils.
Un léger écart entre privé et public
Se basant eux-mêmes sur une étude réalisée pour le SCFP utilisant les données d'occupation du recensement, intitulée Le choc des salaires, ils ajoutent que les salaires moyens sont très similaires dans les secteurs public et privé pour des emplois comparables, avec un léger écart de 0,5%.
«L'étude révèle que bien que les salaires moyens sont très similaires, les échelles salariales sont très différentes et que l'écart salarial entre les hommes et les femmes est plus faible dans le secteur public. Il en ressort également que le taux de salaire est beaucoup plus équitable dans le secteur public que dans le secteur privé, qu'on le mesure en fonction de l'âge, du groupe professionnel ou de la région. Au sein des groupes professionnels à faible revenu, les travailleurs sont généralement mieux rémunérés dans le secteur public. Mais au sein des groupes professionnels à revenu élevé, c'est l'inverse», soulignent MM. Sanger et Leblanc.
Les deux représentants des syndicats soutiennent par ailleurs que le fédéral et quelques provinces s'en prennent aux échelles salariales équitables mises en place dans le secteur public dans le but de «nuire aux services publics, de susciter la jalousie, de diviser les employés et, ultimement, de réduire tous les salaires, surtout les plus bas».
«Sur les plans social et économique, ce serait catastrophique», croient les deux syndicalistes.