Fonction publique

Phénix: «la comédie a assez duré»

Quelques centaines de fonctionnaires fédéraux sont descendus dans la rue jusqu’au bureau du premier ministre Justin Trudeau pour lui dire que « la comédie a assez duré », exigeant que son gouvernement répare le système de paye Phénix et indemnise immédiatement tous les employés qui ont subi les conséquences de ce fiasco.

« Fix Phenix now (Arrangez Phénix maintenant) » ont scandé à répétition les membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada et de l’Institut professionnel de la fonction publique réunis pour ce grand rassemblement coin Elgin et Wellington.

Les dirigeants de deux syndicats ont rappelé que le gouvernement s’était donné jusqu’en octobre 2016 pour résoudre la majorité des dossiers des fonctionnaires. Un an plus tard, ces problèmes sont loin d’être réglés alors que les ratés du système s’accumulent et que les fonctionnaires ont encore du mal à être payés correctement. « Cette comédie a assez duré. Nous exigeons que le gouvernement indemnise les fonctionnaires lésés par l’incroyable fiasco qu’est Phénix » a lancé Greg McGillis, vice-président exécutif régional de l’AFPC pour la région de la capitale nationale.   

« Le gouvernement doit mettre fin à l’habitude déplorable de trop compter sur IBM et d’autres sous-traitants. Le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et de l’approvisionnement Steven MacKinnon a promis la semaine dernière que le gouvernement réglerait ce problème à la satisfaction de tous en recourant aux compétences des employés de la fonction publique et nous prévoyons lui faire tenir sa promesse », a déclaré de son côté, Debi Daviau, présidente de l’Institut professionnel.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement aura dépensé quelque 750 millions $ pour mettre en œuvre Phénix et tenter de réparer les pots cassés alors que l’ancien gouvernement conservateur avait anticipé des économies annuelles de plus de 70 millions $. 

Les problèmes de paye ayant jusqu’à maintenant eu des conséquences pour plus de la moitié des fonctionnaires fédéraux. De plus, il y a eu 11 atteintes à la sécurité des renseignements personnels de fonctionnaires à l’échelle du gouvernement et le nombre de dossiers problématiques ne cesse d’augmenter, ont rappelé les dirigeants syndicaux. 

Lors de la dernière mise à jour faite par le gouvernement, le nombre de transactions en arriéré dans le système s’élevait à 257 000 et les responsables n’ont pas idée quand l’état de stabilité sera atteint. 

Fonction publique

La complexité de Phénix a été sous-estimée

Le fait d’avoir sous-estimé la complexité du projet de transformation du système de paye Phénix a conduit à son échec, conclut un rapport rendu public jeudi par le Conseil du trésor.

Réalisée par la firme Goss Gilroy Inc. au coût de 165 000 $, l’étude avait été commandée par le Conseil du trésor afin de tirer des leçons de l’échec de la gestion et de la mise en œuvre de l’initiative de transformation de l’administration de la paye. 

L’étude a couvert les activités de 2008 à avril 2016, soit jusqu’à la mise en œuvre de la deuxième phase du projet, et est basée sur les commentaires de plus de 100 participants de 39 ministères et organismes et l’examen de plusieurs documents de diverses sources. 

« Si l’initiative de transformation de la paye avait été gérée en tenant compte de la vaste portée de la transformation, qui ne se limitait pas simplement à un remplacement de système ou à la réinstallation d’employés, on aurait pu établir et suivre de près les principes de définition, de gouvernance et de surveillance de cette initiative » lit-on dans ce rapport. 

Lors de l’approbation du projet en 2009, le gouvernement n’avait jamais entrepris de transformation d’une telle ampleur. Or, il s’est avéré que le système à haut risque a été lancé sans qu’une feuille de route pour atténuer les risques n’ait été précisée, que les tests nécessaires démontrant qu’il pouvait fonctionner pour l’ensemble des ministères n’aient été faits, dans un contexte où la réduction des effectifs et les économies étaient déjà budgétées. 

De plus, une pratique établie consistant à ne pas offrir de séances d’information qui comportaient de mauvaises nouvelles, alors que la transformation était gérée « dans un environnement qui ne récompensait pas les personnes qui disaient la vérité aux personnes de pouvoir ».

Par ailleurs, on y apprend que la plupart des administrateurs généraux n’étaient pas au fait de la plupart de leurs responsabilités notamment que les nouveaux processus opérationnels soient compris et mis en œuvre dans les ministères. 

« Très peu de personnes saisissaient le degré de complexité associé aux exigences quotidiennes visant à assurer l’exactitude de la paye », nous apprend le rapport. 

Les auteurs tirent 17 leçons des choses à ne plus faire pour le gouvernement dans des projets de ce type, notamment en développant une « culture basée sur la souplesse, l’ouverture et la réceptivité ».

« C’était Phénix ou pas de système de paye »

Le secrétaire parlementaire des Services publics et de l’Approvisionnement et député de Gatineau, Steven MacKinnon, a défendu la décision du gouvernement prise au printemps 2016 d’aller avec la deuxième phase de Phénix en soulignant que sa collègue, l’ex-ministre Judy Foote, n’avait alors pas d’autre choix, selon les informations disponibles.

« C’était Phénix ou pas de système de paye », a-t-il dit, rappelant que l’ancien système n’était plus disponible en raison des départs massifs parmi les 1700 agents de rémunération, dont les postes avaient été abolis sous les conservateurs.

Le président du Conseil du trésor, Scott Brison, et la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough ont salué les conclusions du rapport Gilroy en soulignant qu’il allait permettre au gouvernement de « ne plus répéter les erreurs » commises avec les nouveaux projets majeurs en TI.

Pour sa part, la ministre Qualtrough a dit qu’elle assumait « à 100 % la responsabilité » de régler les problèmes créés par Phénix, une tâche qui est précisée dans sa lettre de mandat. Elle n’a pas voulu dire quand elle espérait y arriver.

Le gouvernement a annoncé hier que deux autres bureaux satellites allaient ouvrir à Charlottetown et à Kirkland Lake, grâce à une entente avec le ministère des Anciens combattants, plus de 200 employés additionnels viendront ainsi s’ajouter aux 1133 agents de rémunération actuellement à l’œuvre, dont 650 à Miramichi et 483 dans les autres bureaux satellites ouverts plus tôt cette année. Le Vérificateur général Michael Ferguson doit lui aussi déposer un rapport sur le fiasco Phénix plus tard cet automne.

Fonction publique

Les spécialistes de la détection manifestent

Les 125 spécialistes de la détection de la Cité parlementaire veulent négocier une nouvelle convention collective, mais ils disent se buter à un employeur qui n’a pas voulu jusqu’à maintenant s’asseoir à une table pour discuter avec eux.

Mercredi, sur le coup de midi, quelques dizaines de syndiqués membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) sont descendus dans la rue devant l’édifice de la Confédération, à l’intersection des rues Wellington et Bank, pour réclamer une nouvelle entente. La manifestation s’est déroulée dans le calme alors que les employés, quelques dizaines, ont attiré l’attention en brandissant des pancartes.

Le contrat de travail de ce groupe est échu depuis mars 2014. À la suite de la fusillade du 22 octobre 2014, la sécurité du parlement a été regroupée au sein des Services de protection parlementaire (SPP). En septembre 2015, l’AFPC affirme avoir a été avisée qu’il n’y aurait pas de négociations tant que le Commission des relations de travail n’aurait pas rendu sa décision concernant la demande de SPP de regrouper les unités de négociations des employés en une seule. Les audiences doivent avoir lieu cet automne. L’AFPC dénonce toutefois le gel des conditions de travail de ses membres.

« À la suite du regroupement des services de sécurité sur la colline parlementaire en 2014, l’employeur souhaite un regroupement des unités de la sécurité. Mais, depuis, il refuse de nous rencontrer pour négocier un nouveau contrat de travail. Nous ne voulons pas la confrontation. Le contrat de nos membres est échu depuis trois ans. Il est inconcevable qu’ils ne puissent avoir des augmentations de salaire et qu’ils ne puissent discuter avec l’employeur des enjeux de leur travail touchant la sécurité » a expliqué Greg McGillis, vice-président exécutif régional pour la région de la capitale nationale de l’AFPC. 

Les principaux enjeux incluent les salaires, les horaires de travail, et la sécurité des employés.

« La sécurité est quelque chose de très important. Mais les employés qui travaillent en première ligne pour fouiller les visiteurs et les touristes à la Chambre des communes, le Sénat et les autres édifices de la Cité parlementaire sont importants aussi. La suspension des négociations affecte grandement la vie des employés. Alors pourquoi refuse-t-on de négocier avec ce groupe ? »,  a demandé Kevin King, président national du Syndicat des employés nationaux, de l’AFPC.

Économie

Phénix: des retraités victimes des longs délais

Pendant que les retards dans le traitement des transactions de paye ont continué à atteindre des sommets, de nombreux retraités de la fonction publique fédérale attendent leur dernier chèque, leur indemnité de départ ou même leurs premiers versements de pension depuis très longtemps, parfois depuis au moins dix mois, déplore Debi Daviau, la présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique.

« Les sommes attendues sont parfois très considérables et deviennent un fardeau financier et une importante source de stress pour les personnes touchées en cette période de transition », souligne la présidente Daviau.

Ces anciens employés qui comptent de longs états de service ont très peu de recours pour les aider à régler leurs problèmes de paye et d’indemnité de départ, explique-t-elle. Au Centre des services de paye, on leur répond souvent que leur cas n’est pas prioritaire et qu’à titre d’employés retraités, ils sont exclus de la procédure de règlement des griefs.

« Comme ils ne savent pas vers qui se tourner, ils tentent souvent de régler leurs problèmes en s’adressant directement aux divers ministères, puis à leur député », souligne la présidente de l’Institut professionnel. Elle a écrit au président du Conseil du Trésor, Scott Brison, afin que plus de ressources soient affectées au règlement des problèmes chroniques qui touchent les retraités. 

Hausse de 20 000 transactions en attente

Pendant ce temps, la dernière mise à jour sur Phénix révèle que le nombre de transactions dépassant la charge de travail normale a poursuivi son ascension, passant de 237 000 (le 23 août) à 257 000 (20 septembre). Cette hausse serait surtout attribuable aux paiements découlant des conventions collectives paraphées cette année par les fonctionnaires fédéraux, indique le ministère des Services publics et Approvisionnement, sur son site internet. 

« Le traitement de ces paiements s’avère plus complexe et exige plus de temps que prévu. Les paiements rétroactifs qui découlent des conventions collectives remontent à plusieurs années et nécessitent que nous récupérions des données de l’ancien système de paye du gouvernement. Pour y parvenir, nous avons dû presque tripler le nombre de conseillers en rémunération affectés au traitement des conventions collectives. Par conséquent, il y a moins d’employés qui traitent les nouveaux mouvements et les mouvements existants au Centre des services de paye de la fonction publique », indique le Ministère. 

Avec l’embauche ces derniers mois d’environ 290 employés supplémentaires, le nombre total au Centre de Miramichi atteint 650 employés alors que le personnel travaillant dans les bureaux satellites se chiffre à 483, pour un total de 1133, a confirmé le Ministère.

Par ailleurs, le Centre des services de paye de Miramichi a traité 68 000 des 88 000 nouveaux mouvements de paye reçus le mois dernier. Les employés du Centre des services de paye ont ainsi traité 11 000 mouvements supplémentaires liés aux conventions collectives. Pendant la même période, le système Phénix a traité de façon automatique presque 114 000 mouvements liés aux conventions collectives. Si bien que 193 000 mouvements au total ont été traités en septembre. Quant au pourcentage de mouvements traités selon les normes de service est en hausse et atteint 62 % en septembre. Ce pourcentage de mouvements traités selon les normes de service devrait continuer à varier au fur et à mesure que les conventions collectives seront mises en œuvre, selon SPAC.