Fonction publique

Phénix atteint un nouveau sommet

Plus les mois passent et plus la situation se détériore avec le système de paye Phénix alors que le nombre de transactions en attente de traitement a atteint un autre nouveau sommet à 589 000, dont plus de 415 000 ont des incidences financières.

Dans sa mise à jour faite vendredi, le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement explique que cette augmentation du nombre de mouvements ayant une incidence financière et dépassant la charge de travail normale a augmenté parce que la priorité est actuellement mise sur le traitement des paiements rétroactifs découlant des nouvelles conventions collectives.

« Or, le traitement de ces paiements s’est avéré plus complexe et plus long que nous l’avions prévu au départ. Ces paiements remontent à plusieurs années (jusqu’à 2014 dans certains cas) et nécessitent que nous récupérions des données de l’ancien système de paye du gouvernement », explique-t-on dans le document du ministère.

La mise à jour fait état d’une augmentation de la charge de travail plus importante que celles rapportées dans les tableaux de bord précédents, et ce, pour deux raisons, précise le ministère. 

« Premièrement, il a été établi que 44 000 mouvements que le Centre des services de paye avait déjà reçus, mais qui n’avaient pas encore été évalués, avaient une incidence financière. Ces mouvements ont donc été ajoutés au volume de mouvements à traiter. Deuxièmement, le présent tableau de bord porte sur trois périodes de paye (trois payes ont été émises en novembre), tandis que les tableaux de bord antérieurs ne portaient que sur deux périodes de paye ».

Une fois le travail lié aux nouvelles conventions collectives, le ministère souligne qu’il portera son attention sur le traitement des trop payés afin d’en réduire au minimum les répercussions fiscales sur les employés concernés. Ensuite, on affectera les ressources en rémunération aux mouvements qui sont en attente. 

« Le nombre de ces mouvements commencera à diminuer en 2018 », estime le ministère.

Au total, il y a actuellement 589 000 mouvements en attente de traitement au Centre des services de paye, dont 415 000 mouvements ayant des répercussions financières, dont 335 000 dépassent la charge de travail normale et 80 000 font partie de la charge de travail normale. 90 000 mouvements n’ont aucune répercussion financière, ou sont liés à des demandes de renseignements généraux. Il reste aussi 54 000 mouvements à traiter relativement à la mise en œuvre des conventions collectives et 30 000 autres qui doivent être fermés.

De plus, le 29 novembre, il y avait 30 000 mouvements touchant 18 000 employés qui travaillent pour 27 ministères non desservis par le Centre des services de paye. Ces mouvements ne représentent pas nécessairement des problèmes de paye, mais plutôt le nombre de mouvements de paye en attente.

Francophonie

Bilinguisme des juges: le comité des langues officielles dépose son rapport

Le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes recommande au gouvernement fédéral de déposer un projet de loi visant le bilinguisme des juges de la Cour suprême du Canada.

Dans un rapport déposé au parlement mardi et intitulé « Pour que justice soit faite dans les deux langues officielles », le comité fait dix recommandations, dont celle d’un projet de loi qui garantirait la nomination de juges bilingues à la Cour suprême.

Le Comité estime aussi que le ministère fédéral de la Justice doit élargir la portée de ses programmes d’appui pour bâtir la capacité bilingue à tous les échelons du système judiciaire.

Si le Ministère a ciblé le droit criminel au cours des dernières années, d’autres domaines de droit doivent être dans sa mire, dont le droit de la famille, notamment la mise en œuvre de la Loi sur le divorce.

Le Comité croit également que le gouvernement du Canada peut enrichir le corpus juridique canadien en appuyant la traduction d’un plus grand nombre de jugements de cours supérieures des provinces et des territoires, particulièrement ceux du Québec. 

Le comité souhaite aussi que le gouvernement évalue les besoins du Programme de contestation judiciaire, notamment le volet qui porte sur la clarification des droits en matière de langues officielles et, si nécessaire, qu’il bonifie son appui financier.

Par ailleurs, le Comité y critique l’absence des communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) dans le Plan d’action Améliorer la capacité bilingue de la magistrature des cours supérieures rendu public le 25 septembre dernier par le ministère de la Justice. 

S’il appuie la majorité des recommandations, le Nouveau Parti démocratique a présenté quatre autres recommandations, dont une qui obligerait le gouvernement à déposer son projet de loi sur l’obligation de bilinguisme des juges de la Cour suprême dans les 120 jours. Puis, il demande notamment au ministère de la Justice d’élaborer une solution afin de combler le manque à gagner de plus de 40 millions $ qui auraient dû être investis pour l’accès à la justice dans les deux langues officielles.

Fonction publique

Le déluge de griefs sur Phénix se poursuit

Alors que le gouvernement fédéral n’est pas en mesure de respecter les délais pour la mise en œuvre des conventions collectives de ses employés, les syndicats poursuivent leur action de contestation en déposant un véritable déluge de griefs.

S’il est difficile de faire le compte exact de tous les griefs de principe et individuels déposés jusqu’à maintenant par tous les syndicats du secteur public fédéral, leur nombre risque littéralement d’exploser alors que les problèmes liés au système de paie Phénix s’alourdissent.

L’Alliance de la fonction publique du Canada avait déposé une plainte auprès de la Commission des relations de travail et de l’emploi au nom de ses 100 000 membres après l’annonce du Conseil du Trésor qu’il ne pourrait mettre en œuvre les conventions collectives des groupes PA, SV, TC et EB dans les délais établis. La date limite de 150 jours pour la mise en œuvre des conventions collectives, signées le 14 juin, n’a pas été respectée.  

À l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, des griefs de principe ont été déposés cet automne contre l’employeur pour non-respect de l’échéance de mise en œuvre des clauses de la convention collective pour cinq groupes de syndiqués, SP, CS, SH, RE et AV.

Des plaintes de pratique déloyale de travail ont également été présentées à la Commission des relations de travail et de l’emploi du secteur public fédéral (CRTESPF) pour avoir manqué l’échéance de mise en œuvre des clauses de la convention collective pour les groupes SP et AV. Des plaintes seront aussi déposées prochainement pour les groupes RE, CS et SH, a-t-on appris.

Des griefs par millier

Lors de sa dernière assemblée générale annuelle, la présidente de l’Institut professionnel, Debi Daviau, avait incité les membres « à bombarder » les ministères de griefs individuels pour manifester leur mécontentement et être payés à temps et correctement pour leur travail. Une trousse spéciale a été préparée à l’intention des membres pour cette démarche. 

« Les agents de relations de travail de l’IPFPC ont, à eux seuls, déposé au nom de membres s’estimant lésés par le système de paye de Phénix plus d’un millier de griefs.

Toutefois, nous estimons qu’une quantité plus importante de griefs ont été déposés par le biais des délégués syndicaux puisque la première étape de résolution de griefs se passe au sein des départements ou agences même », a-t-on indiqué à l’Institut professionnel.

De son côté, l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP) a aussi déposé six griefs de principe liés à Phénix.

Un sondage mené à l’été 2017 avait révélé que 75 % des membres avaient eu des problèmes liés à leur paie. En octobre 2017, l’ACEP avait déposé quatre griefs de principe — deux pour chacun des groupes TR et EC — afin de dénoncer les violations des droits de nos membres imputables à Phénix. 

Deux autres griefs de principe ont été déposés en novembre dernier pour les membres des groupes EC et TR, griefs qui portent sur le non-versement par l’employeur des augmentations de salaire rétroactives, et dénoncent le fait que celui-ci n’a pas appliqué les conventions collectives et n’a pas versé aux membres le salaire rétroactif qui leur était dû au plus tard le 21 octobre. 

Dans sa dernière mise à jour faite au début novembre, le gouvernement indiquait qu’un groupe de conseillers en rémunération s’occupe exclusivement des paiements liés aux augmentations salariales ainsi qu’aux indemnités, et particulièrement des paiements rétroactifs complexes qui couvrent plusieurs années antérieures et qui nécessitent la récupération de données dans l’ancien système de paye du gouvernement. « Malgré ces efforts, il y a un certain nombre de conventions collectives qui ne seront pas entièrement mises en œuvre dans les délais convenus », a-t-on alors averti du côté gouvernemental.

Fonction publique

Les libéraux désignent Mario Dion comme commissaire aux conflits d'intérêts

Le candidat retenu pour le poste de commissaire permanent aux conflits d’intérêts et à l’éthique, un poste d’agent indépendant du Parlement, a déjà été blâmé par un autre agent indépendant du Parlement — le vérificateur général Michael Ferguson.

L’opposition exhortait depuis des semaines le gouvernement à nommer enfin quelqu’un pour succéder à la commissaire intérimaire Mary Dawson. Les libéraux ont finalement bougé lundi après-midi en nommant Mario Dion, un fonctionnaire de carrière qui compte une tache à son dossier.

À peine déposée par la leader du gouvernement libéral en Chambre, Bardish Chagger, la candidature retenue a soulevé des interrogations. Car en avril 2014, alors qu’il était commissaire à l’intégrité du secteur public, Mario Dion a reçu un blâme du vérificateur général du Canada.

En point de presse, après avoir initialement esquivé les questions, la ministre Chagger a fini par lâcher que le gouvernement était au courant de cette situation. Elle a aussi déclaré qu’elle n’avait pas entendu de critiques par rapport au candidat retenu en provenance des partis d’opposition.

À son tour au micro, le porte-parole néo-démocrate en matière d’éthique, Nathan Cullen, ne l’a pas nié. Il a toutefois soutenu que les informations sur le blâme que le vérificateur général a adressé à Mario Dion faisaient s’allumer « des voyants rouges ».

Il a également accusé le gouvernement de vouloir faire passer cette nomination à toute vapeur — les travaux parlementaires prendront fin vendredi au maximum, et le mandat par intérim de Mary Dawson vient à échéance le 8 janvier prochain, soit avant le retour du congé des Fêtes.

Techniquement parlant, cela semble possible : le comité parlementaire pourrait convoquer Mario Dion cette semaine, puis recommander sa nomination à la Chambre en vue d’un vote. Une réunion du comité a été annoncée immédiatement après la nomination pour déterminer la marche à suivre.

Au bureau de la ministre Chagger, on a insisté sur le fait que l’homme a eu une impressionnante carrière comme haut fonctionnaire, et qu’il ne fallait pas le juger à l’aune de l’infraction lui ayant valu une tape sur les doigts.

Mario Dion est actuellement président de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, mais a occupé précédemment les fonctions de président de la Commission nationale des libérations conditionnelles et de commissaire à l’intégrité du secteur public fédéral.

Originaire de Montréal, il a aussi été conseiller juridique pour plusieurs entités gouvernementales.

L’annonce est survenue après une autre période des questions enflammée durant laquelle les conservateurs ont questionné le gouvernement sur la succession de Mary Dawson, qui se penche sur la controverse de conflit d’intérêts concernant le ministre des Finances, Bill Morneau.

Le premier ministre aussi fait l’objet d’une enquête de la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique : une investigation a été déclenchée par Mme Dawson pour savoir si Justin Trudeau a enfreint des règles d’éthique durant ses vacances sur l’île privée de l’Aga Khan à Noël l’an dernier.

Justin Trudeau et certains de ses principaux adjoints se sont exclus du processus de sélection du commissaire.

Société

Des milliers de vétérans en attente

De nouvelles données montrent que le nombre de vétérans qui attendent une réponse à leur demande de prestations d’invalidité a monté en flèche au cours des huit derniers mois, avec des milliers d’ex-militaires en suspens.

Anciens Combattants Canada indique qu’environ 29 000 dossiers étaient en attente à la fin du mois de novembre – une augmentation de près de 50% par rapport au mois de mars.

Près du tiers de ces demandes se trouvaient en attente depuis plus de 16 semaines, ce qui constitue également une hausse depuis le printemps, en plus de signifier que les délais continuent de s’allonger.

Les défenseurs des droits des vétérans ont longtemps critiqué la longueur de ce processus pour les anciens membres des forces armées qui ont été blessés en uniforme.

Le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, a déjà fait part de ses inquiétudes quant aux délais de traitement des demandes des vétérans ayant subi des traumatismes psychologiques.

Mais ces récents chiffres sur l’ampleur de l’arriéré ont suscité une nouvelle vague d’indignation.

« C’est tellement important pour les gens en transition vers la vie civile et ça peut toucher un paquet d’autres facteurs, comme la capacité à payer ses factures, souligne le directeur administratif de Wounded Warriors Canada, Scott Maxwell. Dans certains cas, ça peut faire la différence entre être un vétéran itinérant ou pas. »

Le ministre canadien des Anciens Combattants, Seamus O’Regan, affirme que des mesures ont été adoptées pour s’attaquer à ces retards.

Plus d’employés ont notamment été embauchés et l’examen des dossiers a été simplifié de sorte à accélérer le processus et accorder davantage le bénéfice du doute aux vétérans.

Peter Stoffer, un militant de longue date pour cette cause et un ancien député néo-démocrate, rappelle que le gouvernement tient le même discours depuis 1997.

La cause exacte de l’arriéré reste à déterminer. Les demandes de prestations d’invalidité ont crû de 20 % entre avril 2015 et mars 2016, mais cette augmentation n’explique pas pourquoi la liste d’attente s’est allongée cette année.

Anciens Combattants Canada a été durement frappé par les compressions budgétaires et les vagues de licenciement sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, mais les libéraux disent avoir rempli 460 nouveaux postes depuis leur arrivée au pouvoir.

Les chiffres sur l’arriéré ont fait surface seulement quelques jours après la parution d’une étude selon laquelle le taux de suicide des vétérans est « considérablement » plus élevé que celui de la population globale.

Le système de prestations d’invalidité à vie avait été remplacé en 2006 par un paiement forfaitaire unique, des programmes de formation professionnelle et des allocations ciblées.

Le ministre O’Regan s’est engagé à dévoiler un nouveau régime d’ici la fin de l’année, mais bon nombre de vétérans craignent qu’il soit en deçà de celui remplacé il y a plus de dix ans.

Santé

Un contrat de 319 M$ pour des services de santé

Le gouvernement fédéral vient d’accorder un contrat de 319 millions $ à Calian Group Ltd. pour offrir des services en santé mentale et physique aux anciens combattants, ainsi qu’aux membres des Forces armées et de la Gendarmerie royale du Canada.

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, en a fait l’annonce jeudi lors d’une conférence de presse au Centre des services de santé des Forces canadiennes situé à l’hôpital Montfort.

« L’attribution de ces contrats à Calian Group Ltd, nous permettra d’offrir aux hommes et aux femmes en uniforme, qu’ils soient actifs ou retraités, le soutien et les services de soin de santé dont ils ont besoin, lorsqu’ils en ont besoin, peu importe où ils se trouvent au Canada », a indiqué la ministre Qualtrough.

L’entreprise Calian Group fournira les services de psychologues, de dentistes, infirmières autorisées et autres professionnels de la santé supplémentaires lorsque les trois organisations en auront besoin, a souligné la ministre Qualtrough.

La valeur estimée des trois contrats est de 275 millions $ pour la Défense nationale, 17,3 M$ pour Anciens combattants, et 18,6 M$ pour la GRC. 

Les trois contrats renferment des exigences qui obligent à l’entrepreneur à sous-traiter avec des entreprises autochtones.

Politique fédérale

Théberge appelé à clarifier sa position sur le bilinguisme des juges

Le commissaire désigné aux langues officielles a été invité par deux ministres, dont Mélanie Joly, à clarifier les propos controversés qu’il a formulés au sujet du bilinguisme des juges de la Cour suprême du Canada.

La ministre du Patrimoine canadien n’a pas voulu commenter directement les propos du commissaire désigné, insistant sur le fait que Raymond Théberge était « indépendant » et que ce serait donc « à lui à répondre aux questions des parlementaires ».

Elle a néanmoins fini par émettre un semblant de critique lorsqu’on lui a signalé que c’était son gouvernement qui avait nommé le commissaire et qu’on lui a demandé s’il elle jugerait normal qu’il ne défende pas vigoureusement le bilinguisme à la Cour suprême.

« On s’attend à ce que le commissaire aux langues officielles soit un chien de garde pour les langues officielles », a-t-elle laissé tomber en mêlée de presse avant la période des questions en Chambre, mercredi.

Son collègue Jean-Yves Duclos semble aussi d’avis qu’une mise au point s’impose. « On doit à nouveau donner la chance au candidat de se faire valoir. Je comprends qu’il n’a pas eu l’occasion de le faire de manière complète jusqu’à maintenant », a-t-il offert en matinée.

Le commissaire choisi par Justin Trudeau pour agir comme chien de garde des deux langues officielles du Canada en a surpris plus d’un en suggérant mardi devant un comité parlementaire qu’il n’était pas convaincu que ces magistrats devaient être bilingues.

Dans les couloirs du parlement, certains élus libéraux ont plaidé que les propos n’étaient pas de nature à les inquiéter. Le député Randy Boissonnault a assuré que cela ne l’avait pas mis « mal à l’aise » et s’est dit convaincu que Raymond Théberge ferait « un très bon commissaire ». Pour son collègue Darrell Samson, membre du comité qui entendait le commissaire désigné, les propos de ce dernier ont été mal interprétés : « Il a fait référence à l’inclusion et tout, mais il a terminé en disant qu’il croyait (en l’importance d’avoir) des juges bilingues, la dualité ».

Des attentes élevées

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) ne voit pas les choses du même œil et a réclamé des précisions en faisant valoir que les communautés linguistiques minoritaires attendent du commissaire « une position claire, ferme et sans ambiguïté ». Car ces communautés « ont des attentes très élevées envers le prochain commissaire aux langues officielles. Elles veulent un chien de garde qui n’acceptera aucune dilution des principes de la dualité linguistique au pays », a déclaré le président Jean Johnson dans un communiqué.

Le commissaire désigné remettra ça jeudi. Il reprendra son témoignage en fin d’après-midi, tout juste après celui de Mélanie Joly. La ministre a été convoquée pour parler du rapport annuel sur les langues officielles 2015-2016. Il y a cependant fort à parier que l’opposition, en particulier les néo-démocrates, déviera du sujet. D’ailleurs, la formation compte envoyer au front son ancien chef, Thomas Mulcair, qui doit rentrer mercredi soir d’un voyage en Asie avec une délégation de parlementaires.

Fonction publique

GRC : le transfert à Phénix est reporté

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a décidé de reporter à une date encore indéterminée le transfert de plus de 4000 membres civils au système de paye Phénix.

Le commissaire intérimaire de la GRC, Daniel Dubeau, a confirmé cette semaine que le transfert des membres civils de la GRC dans la fonction publique fédérale, de même que celui prévu au système de paye Phénix a été mis en attente « jusqu’à nouvel ordre ».

La décision survient à la suite de demandes répétées des syndicats de retarder le transfert des membres civils de la GRC au système de paye Phénix pour s’assurer qu’ils continuent d’être payés correctement et à temps. 

La GRC gère son propre système de paye interne, avec une équipe de conseillers en rémunération. 

Récemment, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a déposé en Cour fédérale une demande d’injonction pour empêcher le transfert d’employés civils de la GRC vers Phénix. L’audition qui était prévue le 29 novembre a été remise à plus tard.

L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et l’Institut professionnel de la fonction publique (IPFPC) avaient plaidé eux aussi que le système actuel de paye de la GRC devait être maintenu pour s’assurer que les 4000 employés civils de la GRC puissent continuer à être payés correctement et à temps.

Au début de novembre, le président du Conseil du Trésor, Scott Brison, s’était engagé verbalement à retarder le transfert des membres civils de la GRC au système Phénix devant un comité parlementaire. 

Ce transfert était prévu pour le 26 avril 2018. La période d’embargo qui devait commencer le vendredi 1er décembre est reportée elle aussi. Cela signifie que l’on continuera à ajuster immédiatement, dans le système actuel, la paye des employés promus, reclassés ou mutés, a-t-on indiqué au SCFP.

« Les pressions politiques et juridiques du SCFP ont contraint le gouvernement à changer de cap. C’est une victoire sur toute la ligne pour les opérateurs de télécommunications et les analystes au monitorage de la GRC qui souhaitent joindre les rangs de notre syndicat », a déclaré le président national du SCFP, Mark Hancock.

« Les membres civils de la GRC ne devraient pas subir de répercussions négatives du fait qu’ils se joignent à la fonction publique fédérale », a également mentionné Robyn Benson, présidente exécutive nationale de l’AFPC.

L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) a aussi salué la décision qui s’applique à tous les employés civils de la GRC représentés par ce syndicat qui affirme toujours continuer de réclamer la création d’un nouveau système pour remplacer Phénix.

Fonction publique

Rien pour remplacer Phénix

Les coûts estimés pour stabiliser le système de paie Phénix ont déjà dépassé 600 millions $ et continueront probablement de grimper, a affirmé la ministre responsable, mardi, devant un comité des Communes.

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, a fait cette prédiction en reconnaissant qu’il n’y avait pas de mécanisme en place pour évaluer l’efficacité de Phénix lors de son lancement par le gouvernement libéral, au début de 2016.

« Il est clair qu’une surveillance par le gouvernement n’était pas en place », a dit Mme Qualtrough devant le comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires, avant de préciser l’évaluation des sommes dépensées par le gouvernement à ce jour pour « stabiliser » le système Phénix.

Néanmoins, Mme Qualtrough a affirmé au comité qu’elle s’attendait à ce que le système Phénix soit en mesure de payer les employés du gouvernement « à temps » avant la fin de 2018.

S’assurer que le gouvernement ait un meilleur système de paie que Phénix est un autre enjeu — qui pourrait ne pas être résolu avant « des années », selon la ministre.

Le gouvernement fédéral ne se débarrassera pas du système de paie problématique pour l’instant, malgré tous les problèmes coûteux qu’il a engendrés et malgré le rapport accablant du vérificateur général.

« Nous devons l’améliorer continuellement, a indiqué la ministre Qualtrough. Il n’y a pas de solutions de rechange. »

Deux comités de la Chambre des communes se sont penchés mardi sur les ratés de ce système qui a causé des problèmes de rémunération à la moitié des employés de la fonction publique fédérale jusqu’à maintenant.

La ministre Qualtrough témoignait mardi devant le comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires. Ses propos ont fait écho à ceux de la sous-ministre Marie Lemay, chargée de corriger ce système de paie déficient, qui a également témoigné plus tôt dans la journée devant un autre comité de la Chambre des communes.

Mme Lemay a affirmé que le ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux n’avait pas d’autre choix que de stabiliser le système de paie Phénix à court terme parce qu’il n’avait pas de plan B.

Des années pour venir à bout du problème

Le vérificateur général, Michael Ferguson, et d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement ont également témoigné mardi devant le comité permanent des comptes publics.

Dans son rapport dévoilé la semaine dernière, M. Ferguson constatait que les 540 millions $ prévus par le gouvernement fédéral pour régler les problèmes de Phénix allaient être nettement insuffisants et qu’il faudrait des années pour en venir à bout.

Mardi, M. Ferguson a affirmé que le gouvernement se devait de travailler en deux étapes pour résoudre le fiasco de Phénix.

« La première priorité est de payer le montant exact aux gens au moment prévu. Néanmoins, après que cela sera accompli, il y aura encore du travail à faire pour obtenir un système qui traite les paies de manière efficiente », a dit le vérificateur général.

« La solution à long terme doit pouvoir durer et être aussi efficace que possible », a-t-il ajouté.

Mme Lemay a semblé lui faire écho, disant que son ministère examine les solutions à plus long terme pour le système Phénix.

Le député conservateur Kevin Sorenson, qui préside le comité permanent des comptes publics, a souligné qu’il recevait plus d’appels à son bureau de comté sur les problèmes de Phénix que sur tout autre sujet, incluant l’immigration. Il représente une circonscription rurale de l’Alberta où il y a peu de fonctionnaires fédéraux.

L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, l’un des syndicats les plus importants pour les employés du gouvernement fédéral, a récemment exigé que le gouvernement abandonne Phénix pour le remplacer par un nouveau système de paie.

Selon le vérificateur général, 150 000 fonctionnaires fédéraux ont connu des problèmes depuis le lancement de Phénix en avril 2016. C’est la moitié de la fonction publique. Certains de ces employés ont reçu des milliers de dollars en trop, d’autres n’ont pas reçu de rémunération durant des mois.

Fonction publique

Déboires de Phénix: «Absurde et odieux»

Malgré ce que laisse entendre la ministre de Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, les négociations ne sont pas responsables des déboires de Phénix. Et il est « vraiment absurde et odieux » d’accuser les conventions collectives d’embrouiller le système de paye actuel, soutient la présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, Debi Daviau.

« Au début du mois, la ministre de Services publics et Approvisionnement Canada, Carla Qualtrough, m’a demandé si j’accepterais de négocier la simplification de certaines règles touchant la rémunération, adoptées au fil de dizaines d’années de négociations, que certains prétendent partiellement responsables du dysfonctionnement du système de paye fédéral. Ma réponse est oui, si cela ne fait pas perdre d’argent à nos membres », explique la présidente Daviau dans un message publié vendredi sur le site de l’IPFPC.

Ce n’est pas parce qu’elle se dit prête à négocier des changements pratico‑pratiques dans l’intérêt de ses membres que les règles touchant la rémunération sont dysfonctionnelles ni que les problèmes de Phénix sont causés par les négociations, loin de là, ou les syndicats, ajoute-t-elle.

« L’ancien système de paye, conçu à l’interne par nos membres et encore utilisé à certains endroits, a subi de multiples changements sur 40 ans sans causer de catastrophe de ce genre. De surcroît, la plupart de ces changements étaient le fait du patronat et non des syndicats, souligne Mme Daviau. 

Le gouvernement fédéral a acheté Phénix comme une solution logicielle à tous les problèmes de paye, y compris aux changements régulièrement négociés, sans tenir compte de l’expertise et de l’avis de nos membres. Le gouvernement actuel nous a même assurés au début de l’année qu’il n’y aurait pas de problèmes avec la paye rétroactive ».  

« Nous avons donc tout à fait le droit d’exiger qu’un système aussi mal conçu, mis en œuvre et testé que Phénix soit abandonné au profit d’un nouveau système qui fonctionne (...) Dire que nous n’en avons pas les moyens, c’est nier les conclusions du rapport présenté cette semaine par le vérificateur général et c’est aussi faire subir à nos membres, aux Canadiens et aux futurs gouvernements le système de paye le plus dispendieux et le plus dysfonctionnel de l’histoire de notre fonction publique ».