M. Fleury persiste et signe en affirmant que le dossier n’en serait pas là si l’Armée du Salut avait organisé un bon processus de consultation.

Fleury pourra-t-il renverser la vapeur ?

À la veille de l’ultime vote du conseil municipal sur le controversé projet de refuge de l’Armée du Salut, le conseiller Mathieu Fleury ne se fait pas trop d’illusions. Au contraire, il estime que ce sera un « miracle » s’il réussit à convaincre cinq ou six autres élus de s’opposer à la proposition. Et encore là, ce ne sera pas suffisant.

Cinq jours ont beau s’être écoulés depuis que le comité d’urbanisme a approuvé dans un vote de 6 contre 3 la proposition de l’organisme de construire un refuge de 350 lits sur le chemin de Montréal, l’élu est toujours amer face à la tournure des événements. 

Selon lui, le fait que le maire Jim Watson ait accordé son appui au projet très tôt dans le processus, avant même que les quelque 170 citoyens se soient fait entendre à l’hôtel de ville la semaine dernière, a certes eu une influence. 

« Il ne faut pas se le cacher, ça a eu un impact. Personnellement, je le perçois comme une grosse barrière, alors que d’autres l’ont vu comme du leadership. Tout dépend de comment tu le perçois », lance l’élu de Rideau-Vanier.

Il ajoute qu’il aurait pu mieux informer ses collègues et que le vote aurait pu être davantage transparent si M. Watson ne s’était pas prononcé hâtivement. 

« Dès le début, j’ai été très ouvert sur la dynamique. Les collègues du conseil viennent parfois me voir pour m’accorder leur appui pour des dossiers anodins, mais cette fois, ç’a été difficile d’avoir leur opinion », dit-il, précisant avoir invité ceux-ci à son bureau ces derniers jours pour leur présenter ses arguments. La stratégie n’a pas eu le succès escompté. 

Il affirme qu’il serait très surpris si un total de dix élus, y compris lui-même, s’opposent la recommandation de l’administration municipale lors de la séance du conseil prévue mercredi matin. Lors du vote du comité d’urbanisme, vendredi dernier, Jeff Leiper, Tobi Nussbaum et Riley Brockington ont voté contre le projet. Pour renverser la vapeur, il faudrait que neuf autres conseillers se joignent à eux et Mathieu Fleury. 

Le conseiller prétend que devant la controverse, certains élus se sont possiblement prononcés sur la question avec les yeux fermés, en quelque sorte pour refermer le couvercle sur la marmite. 

« Ceux qui ont voté en faveur, ils ont voté pour des délais. On sait tous que ça va aller en appel. [...] Certains font encore de la politique simpliste et parlent du phénomène pas dans ma cour, mais moi je me bats pour que ce soit dans aucune cour. Je veux faire de la politique autrement, entre autres en misant sur Logement d’abord (NDLR: approche qui consiste à procurer rapidement un logement permanent aux personnes en situation d’itinérance) », soutient-il.

M. Fleury persiste et signe en affirmant que le dossier n’en serait pas là si l’Armée du Salut, qui encore aujourd’hui « fait l’autruche », selon ses dires, avait organisé un bon processus de consultation.

« Pour une organisation qui est financée à 80 % par la Ville et qui se dit si proche de la collectivité, on pourrait s’attendre à ce qu’elle soit plus sensible aux commentaires des gens », indique-t-il, ajoutant que la santé publique et la police auraient dû avoir davantage leur mot à dire dans ce dossier.