Les candidats à la mairie de Gatineau, Sylvie Goneau, Denis Tassé, Maxime Pedneaud-Jobin, Clément Bélanger et Rémi Bergeron

Fiscalité et asphalte au coeur du débat

Les cinq candidats à la mairie de la Ville de Gatineau ont croisé le fer, mardi soir, dans le cadre d’un débat organisé conjointement par l’Université du Québec en Outaouais et le journal Le Droit.

Devant une salle de l’UQO bondée de citoyens et d’étudiants, le maire sortant et chef d’Action Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin et ses adversaires Denis Tassé, Sylvie Goneau, Clément Bélanger et Rémi Bergeron ont échangé sur différents thèmes, dont la fiscalité municipale et la taxation, le rôle de la Ville et le leadership, le service aux citoyens, le transport en commun, la relation avec les partenaires et la place de l’UQO à Gatineau. 

Le maire sortant, favori dans les sondages, a dû essuyer quelques attaques de ses adversaires par rapport à son bilan, mais la soirée a surtout permis aux candidats d’exposer les grandes lignes de leur plateforme électorale.

En matière de fiscalité et taxation, Sylvie Goneau est revenue sur sa volonté de rationaliser la fonction publique avec un plan de réduction de la masse salariale par attrition afin faire des économies. « Quand des employés nous disent eux-mêmes qu’il y a de l’espace pour éliminer des postes et qu’il y a des sièges qui ne sont plus utiles à la Ville de Gatineau, jamais je ne croirai que je suis bien loin à côté de la track », a-t-elle lancé.

Pour le chef d’Action Gatineau, l’enjeu réel en terme de fiscalité ne repose pas sur la question de la taxe foncière.

Débat électoral présenté par Le Droit et l'UQO


« La fiscalité municipale ne se réglera pas en jouant avec la taxe foncière. Nous, on veut rapatrier un point de TVQ vers l’ensemble des villes. Juste ça, c’est ce qui fait qu’on va donner une vraie pause aux citoyens en matière de fiscalité. Juste un point pour Gatineau, c’est 50 millions », a déclaré M. Pedneaud-Jobin.

Denis Tassé a dit que son plan comprenait la plus faible hausse de taxes de tous les aspirants maires. Il s’est notamment défendu d’être le « candidat de l’asphalte » et a répété sa promesse d’emprunter 100 millions de dollars pour « donner le coup de barre » nécessaire pour réparer les rues de quartiers de Gatineau, « une urgence », selon lui. « J’insiste, il n’y aura aucun impact sur votre compte de taxes », a-t-il dit au public.

Clément Bélanger a mentionné avoir de la difficulté à présenter des chiffres sur une période de quatre ans puisqu’on ignore quelle sera la conjoncture économique et politique du futur. Il prévoit présenter son cadre financier la semaine prochaine. « Ce n’est pas un one man show. Un budget, c’est un travail d’équipe », a indiqué M. Bélanger, ajoutant vouloir miser sur la collaboration avec les futurs conseillers avant de faire des promesses.

M. Bélanger a toutefois réitéré son intention de permettre le transport en commun gratuit pour les étudiants de niveau post-secondaire.

Rémi Bergeron s’est quant à lui présenté comme le candidat qui souhaite améliorer les services municipaux de base à Gatineau. Les artères routières de base « sont finies raides » sur le territoire gatinois, a-t-il soulevé. « Ici, à Gatineau, on a coupé sur le déneigement. [...] On déneige 24 heures après la fin de la chute de la neige. C’est la seule ville au Québec qui fait ça. Ç’a n’a aucun sens. Le service est de piètre qualité », a-t-il déclaré.

Celui-ci s’est notamment engagé à créer dès le 1er janvier 2018 des conseils d’arrondissement qui rencontrerait les citoyens une fois par mois dans chaque secteur. « On va décentraliser ce qui se passe ici à Gatineau », a lancé le candidat.

Quant au rôle de l’UQO, M. Bergeron s’est engagé à créer un programme d’emplois d’été à la Ville de Gatineau pour les étudiants de l’établissement universitaire. 

Denis Tassé a pour sa part annoncé qu’il s’engageait à réserver une enveloppe d’un million de dollars pour toute éventuelle infrastructure de l’UQO qui permettrait la mise sur pied de nouveaux programmes.


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Guerre de mots sur l’asphalte

La candidate indépendante à la mairie, Sylvie Goneau, a aussi un plan pour le pavage des rues et selon elle, il existe des techniques permettant de le faire à plus bas prix. «D’autres municipalités, à proximité de Gatineau, font ce qu’on appelle du traitement de surface pour les rues locales, a-t-elle noté. Ça permet d’économiser 40 % de la facture. Nous pourrons repaver plus de kilomètres de rue tout en évitant d’emprunter 100 millions $ comme mon collègue [Denis Tassé]. La proposition a fait sursauter le candidat Rémi Bergeron, ingénieur de profession et ancien directeur des travaux publics à la Ville de Cantley. «Le traitement de surface, il ne faut pas toucher à ça madame Goneau, ce n’est pas bon, a-t-il rétorqué. C’est une méthode qui ne tient pas.» Mme Goneau a persisté. «Madame Goneau, j’étais le directeur des travaux publics de Cantley, a de nouveau insisté M. Bergeron. La municipalité est en train de migrer vers l’asphalte. Il ne faut pas du tout aller vers le traitement de surface.»

Indépendante ou femme?

C’est la première fois dans l’histoire de la Ville de Gatineau qu’une femme se présente comme candidate à la mairie. Sylvie Goneau n’a pas manqué de souligner sa présence, la seule féminine, à la table du débat organisé par Le Droit et l’UQO. «C’est effrayant en 2017 que je sois la seule femme ici dans cette course, a-t-elle ajouté. En ce moment, il n’y a que quatre candidates indépendantes.» Il n’en fallait pas moins pour que le maire sortant et chef d’Action Gatineau lui coupe la parole en rappelant que sa formation politique aligne huit candidatures féminines, soit 44 % de tous les candidats de son équipe. «Moi je parle d’indépendantes, a rétorqué Mme Goneau. Vous devriez travailler sur votre écoute monsieur le maire.» Maxime Pedneaud-Jobin n’en attendait pas tant de son adversaire. «Est-ce qu’il est mieux d’être indépendante ou d’être femme, madame Goneau?» La réponse n’est jamais venue. 

Chassé-croisé Goneau-Tassé-Pedneaud-Jobin

Le débat sur la place de l’UQO à la Ville de Gatineau a momentanément dérapé pour bifurquer vers l’absence de cadre financier du candidat Denis Tassé. «Vous êtes à 145 millions $ de promesses et vous n’avez toujours pas de cadre financier, a accusé Sylvie Goneau. Ce qui me déçoit c’est que vous avez été président du budget prenant 12 ans et que vous êtes celui qui a le plus de difficultés à pondre un cadre financier.» Denis Tassé, dont la publication du cadre financier doit avoir lieu ce mercredi matin a rappelé que «monsieur le maire m’a confié la présidence du comité du budget et des immobilisations, ça doit être parce que j’ai des qualités». Maxime Pedneaud-Jobin a automatiquement pris la balle au bond en affirmant «oui, mais c’est parce que j’ai perdu mon vote, c’est Martin Lajeunesse que je voulais là». Ce chassé-croisé a bien faire rire les spectateurs qui assistaient au débat.

Avec Mathieu Bélanger, Le Droit