Sœur Marie-du-Bon-Pasteur et Sœur Louisette, des Servantes de Jésus-Marie, se tiennent devant leur nouvelle demeure sur le boulevard Mont-Bleu à Gatineau.
Sœur Marie-du-Bon-Pasteur et Sœur Louisette, des Servantes de Jésus-Marie, se tiennent devant leur nouvelle demeure sur le boulevard Mont-Bleu à Gatineau.

Fin d’un long tango avec la CCN

Ça aura pris près de 70 ans avant de se réaliser, mais la Commission de la capitale nationale a finalement réussi à acquérir le monastère des Servantes de Jésus-Marie. Les religieuses déménageaient cette semaine, laissant finalement le bâtiment entre les mains de la CCN.

« Le bâtiment devenait trop grand pour elles », rappelle l’économe de l’Archidiocèse de Gatineau, René Laprise, qui agissait à titre de porte-parole des sœurs plus tôt cette semaine alors qu’elles étaient plutôt occupées à s’installer dans leur nouvelle maison sur le boulevard Mont-Bleu.

« Elles vont trouver ici un milieu de vie agréable dans un bâtiment tout neuf, ajoute M. Laprise. Sur Laurier, elles entendaient les bruits de la circulation sur l’autoroute 5 et le pont Macdonald-Cartier. Ici, ce seront plutôt les cris d’enfants qui jouent dans la cour d’école juste à côté. »

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La réflexion des Servantes de Jésus-Marie a commencé il y a quelques années déjà alors que la taille de leur congrégation diminuait constamment. Cette réflexion s’est terminée en août 2016 avec la vente de l’immeuble et de son grand terrain à la CCN pour la modique somme de 7,8 millions $.

L’historien et président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost, souligne toutefois qu’il y a un long historique de négociations entre la société d’État et la communauté religieuse.

La première tentative d’achat est survenue en 1948. La Commission du district fédéral — ancêtre de la CCN — souhaitait alors acquérir la propriété pour agrandir le parc Jacques-Cartier. Les religieuses étaient prêtes à accepter la transaction pour une offre raisonnable, mais le maire de Hull à l’époque, Raymond Brunet, est intervenu en faisant valoir la contribution économique et sociale des Servantes à la communauté, raconte M. Prévost.

Michel Prévost

La CCN a tenté sa chance à nouveau en 1964 lorsqu’elle cherchait un terrain pour construire le pont Cartier-Macdonald, puis à deux reprises en 1990 allant jusqu’à offrir le Domaine Scott-Fairview en échange pour que les Servantes aient de nouveaux locaux où s’installer.

Michel Prévost soutient que la volonté de la CCN était d’unifier les deux sections du parc Jacques-Cartier, mais aussi de prolonger la série de terrains lui appartenant sur les berges de la rivière des Outaouais. Le terrain des sœurs cloîtrées était la seule interruption à ses propriétés entre le pont du Portage et la rivière Gatineau.

En 2002, la société d’État exauce partiellement son souhait grâce à une entente avec les Servantes de Jésus-Marie. Elle s’entend avec la communauté religieuse sur l’utilisation d’une parcelle de son terrain pour y construire un sentier récréatif.

Protection du bâtiment

Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais était heureux d’apprendre en 2016 que la CCN était l’acheteur de la propriété des Servantes, plutôt qu’un développeur immobilier. Il demeurait tout de même sur ses gardes.

« Notre crainte, c’était qu’on démolisse le monastère pour agrandir le parc », explique M. Prévost.

Ce dernier dit avoir présenté ses arguments au Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine pour les convaincre d’accorder une protection au bâtiment. Pas nécessairement pour sa valeur patrimoniale, mais surtout pour sa signification pour l’histoire, la culture et l’aménagement de l’île de Hull.

Il a obtenu gain de cause et l’édifice est maintenant protégé par le gouvernement fédéral. La CCN doit maintenant y trouver une vocation. Michel Prévost espère qu’on trouvera rapidement pour éviter que le monastère soit laissé à l’abandon pendant plusieurs années, comme ce fût le cas pour l’ancien laboratoire du Domaine Fairview.