Tous les animaux du Zoo de Saint-Édouard ont été déplacés.

Fin des perquisitions au Zoo de Saint-Édouard: «une vaste opération de relations publiques»

SAINT-ÉDOUARD-DE-MASKINONGÉ — C’est par la voie des réseaux sociaux que la SPCA de Montréal annonçait jeudi la fin des perquisitions et de la relocalisation des quelque 240 animaux que comptait le Zoo de Saint-Édouard, dans la foulée des accusations de cruauté et de négligence envers les animaux qui pèsent contre le propriétaire de l’endroit, Normand Trahan. L’organisme de bienfaisance, chargé de l’application de la loi en matière de bien-être et de sécurité de l’animal, se refuse à tout autre commentaire cette cause. De son côté, l’avocat de M. Trahan, Me Michel Lebrun, continue de qualifier l’affaire de vaste opération de relations publiques, en rappelant que tous les faits allégués faisaient déjà l’objet d’un suivi et de mesures de correction de la part du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Me Lebrun soutient qu’un dialogue s’était installé au fil des ans entre le MFFP et son client et que ce dernier se conformait toujours aux demandes formulées par les autorités. «Il y avait de nouvelles normes en vigueur, [Normand Trahan] avait deux ans pour se conformer, il avait entrepris de faire des travaux, puis du jour au lendemain, la SPCA débarque, par-dessus la Faune, par-dessus le ministère de l’Agriculture, et là, ça devient un sadique qui se lève tous les jours pour faire souffrir des animaux», s’indigne-t-il.

S’il y a quelque chose de positif à tirer de toute l’histoire, commente par ailleurs Me Lebrun, cela aura été de mettre en lumière les façons de faire de la SPCA. Des façons de faire qu’il qualifie d’opaques. «La SPCA est un organisme politique», maintient l’avocat. Sur le site de la SPCA de Montréal, on peut en effet lire que celle-ci «s’oppose à l’utilisation d’animaux à des fins de divertissement dans des milieux ou des conditions qui compromettent leur bien-être, comme les zoos».

Bien que la SPCA de Montréal refuse toute demande d’entrevue, Me Sophie Gaillard, sa directrice de la défense des animaux, avait déjà déclaré au Nouvelliste que son organisme pouvait faire la part des choses. «Les politiques de la SPCA, c’est une chose. L’application de la loi, c’en est une autre», plaidait-elle, il y a quelques semaines.

Un jugement récent de la Cour supérieure d’Ontario semble toutefois donner un certain poids à la thèse de Me Lebrun. En janvier dernier, elle avait invalidé les pouvoirs judiciaires de la SPCA de l’Ontario, statuant que l’octroi de tels pouvoirs à un organisme privé de bienfaisance était inconstitutionnel. De tels organismes ne sont pas soumis aux mêmes règles de transparence et de responsabilité ou de reddition de comptes qu’un organisme public ou gouvernemental, faisait-elle la cour dans son jugement.

Pour étayer son argumentaire, Michel Lebrun indique par ailleurs que l’organisme Humaine Society International, impliqué dans la perquisition d’animaux, aux côtés de la SPCA de Montréal, a produit une vidéo promotionnelle en lien avec l’affaire. Celle-ci est diffusée en page d’accueil de son site Internet et met en valeur «l’opération de sauvetage», ironise-t-il, ayant été conduite à Saint-Édouard. «En dessous de ça, il y a une inscription qui dit “join the fight”. Il y a une collecte de fonds associée à ça», déplore Me Lebrun. Si l’argent investi depuis trois mois dans toute l’opération avait été dédié à l’amélioration du zoo, celui-ci serait «le meilleur au monde», croit l’avocat. «Il y avait une multitude d’autres solutions au problème allégué que de fermer le zoo et de transporter les animaux, au péril de leur vie», déclare-t-il.

Me Michel Lebrun, à droite, soutient que les droits de son client, le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard Normand Trahan, n’ont pas été respectés.

L’avocat de M. Trahan se désole finalement des capacités démesurées dont dispose la SPCA de Montréal par rapport à son client. Il rappelle que sa requête en annulation de mandats de perquisition n’avait même pas été traitée par les tribunaux, à la demande expresse de la SPCA de Montréal. «C’est une violation très grave de ses droits. On lui a confisqué son entreprise, sans qu’il ait le droit de dire quoi que ce soit», plaide Me Lebrun.

Pour la suite des choses, l’avocat indique que lui et son client n’ont d’autres choix que de suivre le cours normal des procédures judiciaires. «On n’a pas les moyens de les affronter sur tous les fronts», observe-t-il. Cependant, il s’explique mal que son client ait à faire face à des accusations criminelles de la part du Directeur des poursuites criminelles et pénales dans des causes où des constats d’infraction avaient déjà été donnés et traités et pour lesquelles son client coopérait avec les autorités. «C’est fondamentalement injuste», martèle-t-il.