Fermer les écoles : ce que dit la science

Collectif d'auteurs
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LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le gouvernement irlandais a annoncé cette semaine, comme celui du Québec, la fermeture de toutes les écoles afin de freiner la progression de Covid-19. Cela a inspiré les commentaires suivants de la part de spécialistes britanniques des maladies infectieuses, commentaires que nous avons traduits. Soulignons que les pays ne se trouvent pas tous au même stade de l'épidémie, et que tous les commentaires ne sont pas applicables à tous les pays, mais nous croyons qu'une partie peut tout de même éclairer la situation québécoise.

Professeur Jimmy Whitworth, London School of Hygiene and Tropical Medicine :

«Je suis sceptique au sujet des fermetures d'école. Je n'ai pas vu de preuve concluante montrant que les enfants sont le moteur de la contagion, ici, et les fermetures d'école provoquent leur lot de disruption sociale. Si ça faisait partie d'un éventail de mesure visant à réduire les attroupements [c'est le cas au Québec mais apparemment pas en Irlande, ndlr], cela aurait plus de sens. Mais je ne ciblerais pas les écoles en particulier.»

Dr Charlotte Jackson, MRC Clinical Trials Unit, UCL :

«Choisir de fermer ou non les écoles, à partir de quand et pour combien de temps ne sont pas des décisions faciles. Il existe des preuves au sujet de l'influenza montrant qu'en freinant les contacts entre les enfant, on peut ralentir la transmission. Les effets de ce genre de mesure sont les plus grands quand les taux d'infection sont plus élevés chez les enfants, même si ça ne veut pas dire qu'il n'y aurait pas d'effet si ces taux sont plus hauts dans d'autres groupes d'âge. Un autre facteur important est : comment les mode de contact changent quand les écoles sont fermées. Est-ce qu'ils sont pas mal isolés à la maison, est-ce qu'ils entrent encore en contact avec d'autres enfants, et peut-être même avec d'autres groupes d'âges qui peuvent être plus vulnérables.

«Il y a aussi d'importants inconvénients aux fermetures d'écoles. Les parents peuvent devoir s'absenter du travail et perdre des revenus. En plus de l'impact sur les familles, cela peut empirer les perturbations en s'ajoutant à l'absentéisme dû à la maladie. (...) Les solutions d'apprentissage en ligne peuvent ne pas bien fonctionner pour tout le monde. Et cela peut être plus difficile pour certains enfants que pour d'autres.»

Keith Neal, épidémiologie et maladies infectieuses, Université de Nottingham :

«Il est trop tôt pour dire s'il s'agit d'une précaution sensée ou d'une surréaction. Différents pays se trouvent à différents stades de l'épidémie, si bien que ce qu'un pays fait ne doit pas forcément s'appliquer aux autres. Nous devons nous laisser guider par l'épidémiologie locale et par la science. C'est la raison pour laquelle le Royaume-Uni n'a pas pris de telles mesures jusqu'à présent. (...)

Les fermetures d'école viennent avec un certain nombre de conséquences connues, dont certaines peuvent empirer les choses :

  1. Réduction du nombre de travailleurs en soins de santé et sociaux, parce que certains d'entre eux doivent rester à la maison s'occuper des enfants.
  2. Plus de grands-parents qui gardent des enfants, alors que c'est justement ce groupe d'âge-là qui est le plus à risque.
  3. Plus d'enfants qui se déplacent en différents points de la ville que s'ils avaient tous été à l'école.

Les enfants ne semblent pas être sérieusement affectés par COVID-19 et nous ne savons pas encore quel rôle ils jouent dans la propagation du virus. (...)

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Ce texte est d'abord paru sur le site du Science Media Centre britannique. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.