« Ç’a été un choc d’apprendre ça, car je ne croyais pas qu’ils étaient si près du gouffre. Une ville d’une taille comme Gatineau a besoin d’un quotidien pour l’ensemble de ses activités, autant la vie démocratique que culturelle, sportive ou économique. », a déclaré Maxime Pedneaud-Jobin.

Faillite de Groupe Capitales Médias: réactions nombreuses à Ottawa-Gatineau

« Le Droit, c’est la locomotive médiatique, c’est vraiment le média qui pour moi donne le ton et ce depuis des années. [...] Souvent, les autres reprennent ce que Le Droit a fait. Ne pas avoir de quotidien, c’est être handicapé comme ville. »

Comme bien d’autres personnes de la sphère publique de la région de la capitale nationale, le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin n’a pas tardé à réagir lundi face à l’annonce de la faillite du Groupe Capitales Médias (GCM) et de l’aide d’urgence de cinq millions $ accordée par le gouvernement québécois.

« Ç’a été un choc d’apprendre ça, car je ne croyais pas qu’ils étaient si près du gouffre. Une ville d’une taille comme Gatineau a besoin d’un quotidien pour l’ensemble de ses activités, autant la vie démocratique que culturelle, sportive ou économique. Je suis content que le gouvernement ait permis qu’on puisse gagner un peu de temps, ça va permettre aux gens de se parler. Mais c’est inquiétant : on est dans un système où les gens et les entreprises qui produisent de l’information essentielle ne sont pas payés pour leur travail, ne sont pas capables d’en vivre, ce qui n’a pas de bon sens. C’est le modèle d’affaires qu’il faut changer. Ce n’est pas facile à trouver, mais ça prend une solution de fond », a-t-il lancé.

À Ottawa, malgré une demande d’entrevue, le maire Jim Watson n’a pas réagi à la nouvelle, y compris sur les médias sociaux.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, salue le geste du gouvernement Legault, jugeant qu’il aurait été « inconcevable » qu’un journal comme Le Droit, « qui a historiquement été de toutes les batailles pour les droits des francophones, dont l’automne dernier avec le mouvement de résistance », disparaisse du jour au lendemain.

« Il faut que tout soit mis en branle pour que le journal continue ses opérations. C’est le seul quotidien de langue française en Ontario. Les gens ont besoin d’informations variées, de points de vue variés, c’est extrêmement important.

[...] Il y a de la sensibilisation à faire. En cette ère numérique, c’est un son de cloche qui démontre que les médias sont dans une situation difficile. Si on veut être capable de les garder, il faut les consommer », dit-il.

De son côté, la Chambre de commerce de Gatineau (CCG) croit que l’aide financière de Québec est une sorte de « diachylon » et de « baume » qui va permettre ultimement de trouver la recette pour la survie des journaux régionaux.

« C’est critique pour la région de sauver Le Droit. C’est un partenaire d’affaires qui met tout le monde sur la carte. [...] Le journal fait partie intégrante de l’écosystème de notre région, alors si j’avais un message à lancer, c’est que le gouvernement ontarien et le fédéral doivent aussi s’en mêler. C’est un outil indispensable, le seul que l’on a pour véhiculer des messages en français des deux côtés de la rivière. Moi-même, je le lis tous les matins, même lorsque je suis à l’étranger. Reste à voir comment on peut le rentabiliser », affirme le président Pierre Samson.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, estime que son gouvernement a posé le geste qui s’imposait dans les circonstances.

« Je comprends que pour les employés, c’est un grand moment d’incertitude, par contre, je pense qu’avec le geste posé aujourd’hui, on reconnaît que l’information régionale est importante et qu’on est prêt à prendre les décisions qu’il faut pour assurer sa survie. En tant qu’ancien président de la FPJQ, ça me rassure de savoir que la survie des journaux est assurée jusqu’à décembre, le temps qu’il y ait un nouvel acquéreur. [...] Le Droit fait partie du paysage depuis tellement longtemps qu’il faut s’assurer qu’il puisse survivre, qu’on l’aime ou non, qu’on le lise ou pas », soutient-il.

Se remémorant sa jeune enfance, alors qu’il faisait des mots croisés dans Le Droit avec son grand-père, le député de Pontiac, André Fortin, qualifie le quotidien « d’atout indéniable pour offrir une information de qualité aux gens de la région ».

« Jusqu’à un certain point, je suis rassuré de voir qu’il y a eu une aide. Mais ça prend une solution pérenne pour qu’il y ait une diversité d’information, c’est crucial pour les lecteurs. La commission parlementaire (sur l’avenir des médias) aura le mandat de se pencher sur la question », dit-il, précisant que l’opposition officielle a proposé d’utiliser les sommes découlant de la taxation des géants du web pour créer un fonds dédié aux médias.

Quant à la députée d’Orléans, Marie-France Lalonde, elle applaudit le geste de Québec et souhaite du même coup que les gouvernements des deux provinces aient des pourparlers, les bureaux du journal Le Droit étant physiquement situés à Ottawa.

« Je leur lance le défi. Ça va de soi qu’il y ait au moins une conversation. Ça va être intéressant aussi de voir comment la ministre des Affaires francophones (Caroline Mulroney) va réagir. Va-t-elle démontrer un engagement profond envers la francophonie ? », lance l’élue, refusant d’imaginer le paysage médiatique de la région sans Le Droit.