Les secouristes parcourent les rues de Beyrouth à la recherche de survivants.
Les secouristes parcourent les rues de Beyrouth à la recherche de survivants.

Explosions au Liban: la diaspora d’Ottawa et Gatineau en deuil

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Au bout du fil, Dolyana El Dike peine à retenir ses larmes. « J’espère que c’est la dernière catastrophe que notre pays aura vécue. »

Mercredi matin, 10 h. Moins de 24 heures plus tôt, des explosions dévastatrices anéantissaient le port de Beyrouth, détruisant du même souffle des pans de la capitale libanaise. Bilan : 135 morts, des milliers de blessés, plus de 300 000 nouveaux sans-abri. Et encore d’innombrables disparus à retrouver.

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L’assistante dans une banque à Gatineau a la voix étranglée par les sanglots. « Je m’excuse. C’est un peu difficile pour moi d’en parler… »

L’arrivée de Mme El Dike au Canada est encore toute récente. Dans la dernière année, son pays s’est enlisé dans une crise politique et économique qui a enfoncé la classe moyenne dans la pauvreté. La pandémie a porté un deuxième coup dur au pays du cèdre. Et enfin, les explosions. Les détonations, les cris, la vitre brisée, le sang répandu sur les pavés ; l’immigrante a tout regardé mardi, impuissante, à des milliers de kilomètres de ses proches, comme dans un horrible cauchemar.

Par miracle, ses parents étaient bien portants. Mais aucune nouvelle de son frère, qui travaille comme agent de sécurité dans un hôpital de Beyrouth. À la télévision, des images en rafale montraient le chaos dans les hôpitaux saturés. Puis, dans la cohue, il était là : son frère surveillait les entrées et sorties à la porte de l’établissement, sain et sauf. « À la fin, on a réussi à le rejoindre. Il était correct, mais il ne pouvait pas nous parler », s’apaise la Libano-Canadienne.

Son amie a perdu sa maison ; son bébé ne dort plus. Sa sœur a été témoin de l’explosion, tétanisée. Mercredi, Dolyana continuait de compter les deuils. Mais dans une capitale coupée d’électricité, avec des réseaux trop sollicités, les réponses à ses appels se font rares. « Ça nous rappelle des moments de la guerre qu’on a vécue. »

Onde de choc

Ensemble, Ottawa et Gatineau abritent la deuxième communauté libanaise la plus importante au Canada. Le Lebanese Club of Ottawa estime que la région compte « au moins » 50 000 Canadiens d’origine libanaise.

L’onde de choc continuait de se faire ressentir mercredi dans la région. Pour le Gatinois Daniel Lewis et sa famille, le réveil fut brutal. « J’ai une cousine qui l’a échappé belle, confie l’ancien copropriétaire du restaurant Fiorentina, à Gatineau. Ne trouvant pas de place de stationnement sous l’édifice où elle travaille au centre-ville, elle a laissé sa voiture dans la rue pour ensuite entrer dans son bureau. Moins de cinq minutes plus tard, l’explosion a tout balayé et le stationnement sous-terrain où elle devait se trouver s’est effondré. »

Un appartement de Beyrouth a été détruit par le souffle d'une explosion.

Le président du Lebanese Club of Ottawa, Ahmad Araji, n’a jamais vu son pays aussi mal en point. Son cousin, sa femme et leur fille ont dû recevoir des soins médicaux après que des morceaux de fenêtres soufflées par l’explosion leur soient tombés dessus. Tous craignent maintenant d’être affectés par les produits chimiques qui ont été dispersés. « Non seulement des gens ont perdu la vie, mais d’autres pourraient perdre la leur à cause des toxines. Il n’y a pas de mots pour décrire cette situation, honnêtement. »

Au sein du Club, « c’était fou mardi, ajoute-t-il. La communauté et les médias à Ottawa ont été extrêmement solidaires. Je n’ai jamais ressenti autant d’amour dans et envers la communauté libanaise. Ça m’a fait sentir chanceux de vivre au Canada. Les gens ici, canadiens ou non, sont en état de choc. C’est aussi parce que personne ne sait ce que le futur réserve pour le Liban. »