Établissements de santé: une pétition pour le retrait préventif des travailleuses enceintes

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Une pétition électronique réclame le retrait préventif dès maintenant de toutes les travailleuses enceintes qui œuvrent dans les hôpitaux et les autres établissements de santé pour les mettre à l’abri de la COVID-19.

En deux jours, plus de 30 000 personnes ont signé cette pétition électronique adressée à la CNESST et à la ministre de la Santé du Québec.

«Ne pensez-vous pas que le personnel enceinte travaillant avec des malades ou des personnes âgées ne sont pas à risque?», demande Sophie Plante, l’initiatrice de la pétition.

Une infirmière clinicienne a relayé la pétition au Soleil. La dame, elle-même enceinte de 27 semaines, constate qu’alors que la crise s’accentue, les infirmières enceintes sont toujours sur le plancher. «On nous dit qu’il y a des mesures préventives, par exemple, on ne doit pas être en contact avec un individu en suspicion de COVID-19 ou diagnostiqué, explique l’infirmière. Mais le problème, c’est que certains individus peuvent être contagieux même s’ils sont asymptomatiques.»

Recommandations de l’INSPQ

Depuis le début de la crise, les établissements de la région de Québec suivent les recommandations de l’Institut national en santé publique du Québec (INSPQ) et du programme «Pour une maternité sans danger» de la CNESST, affirme Vincent Lamontagne, directeur adjoint des communications au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

L’INSPQ rappelle que lors de la grossesse, l’immunité est réduite et que des changements physiologiques et immunologiques rendent la femme enceinte plus vulnérable aux infections respiratoires, dont la COVID-19. 

Devant l’absence d’un vaccin et de traitement spécifique, le principe de prudence doit guider les organisations par rapport aux affectations de travail des employées enceintes, écrit l’INSPQ.

Les recommandations de l’INSPQ stipulent que les employeurs du milieu de la santé doivent affecter leurs employées enceintes de manière à éviter qu’elles soient dans le même local qu’une personne sous investigation ou avec un diagnostic de COVID-19. Elles ne peuvent donc plus donner les soins, faire les prélèvements, les examens médicaux ou les traitements de ces patients.

Les employées enceintes ne peuvent pas non plus faire des tâches reliées au nettoyage et à la désinfection de l’environnement, du matériel et des effets personnels de ces patients.

Les mêmes règles valent pour les patients en confinement au domicile ou en hébergement.

«Ces recommandations pour les travailleuses enceintes pourraient faire l’objet de changement lorsque les données épidémiologiques ou cliniques justifieront une mise à jour, ajoute M. Lamontagne. Nous suivons évidemment la situation de près. Notre priorité est toujours la santé de nos employées.»

La réponse est sensiblement la même du côté du CISSS de Chaudière-Appalaches, qui gère les hôpitaux sur la Rive-Sud. «Le niveau de risque est évalué en continu, indique la porte-parole Mireille Gaudreau. Pour l’instant, on garde les mêmes façons de faire pour les retraits préventifs, mais est-ce que ça va évoluer, on le verra au cours des prochains jours.»

Lorsqu’employeur et employée ne s’entendent pas sur l’affectation ou le retrait préventif, la travailleuse peut faire appel à la CNESST, rappelle son porte-parole, Nicolas Bégin. Des mesures d’allègement ont été mises en place depuis le début de la crise pour faciliter les demandes des travailleurs et travailleuses.