Plusieurs agriculteurs espèrent encore que la neige qui est déjà tombée va fondre avant que l’hiver ne s’installe pour de bon. Sinon, ils vont devoir faire une croix sur les dernières récoltes de l’année.

Une rude année dans les champs de l’Est ontarien

Printemps tardif, inondations, neige hâtive… Dame Nature a été tout sauf clémente envers les agriculteurs cette année. Des fermiers de l’Est ontarien se confient.

« 2019 n’a pas été une année facile », lance le producteur laitier et agriculteur de Clarence-Creek, Alexandre Chabot.

Comme bien des agriculteurs de la région, M. Chabot a fait face, au cours de la dernière année, aux nombreux caprices de la météo.

Première péripétie : l’hiver a mis beaucoup de temps à faire place au printemps. Les travaux aux champs ont donc été retardés de plusieurs semaines, ce qui signifie aussi que M. Chabot prévoyait déjà des récoltes d’automne plus tardives.

De surcroît, le manteau blanc qui recouvre les champs depuis les derniers jours lui donne du fil à retordre, puisqu’il ne peut pas cultiver son soja. À moins que la neige ne fonde complètement ou qu’elle soit poussée par le vent, les plantes de soja seront perdues.

M. Chabot reste patient, et il espère qu’un redoux fasse fondre la neige suffisamment pour qu’il puisse sauver ses récoltes.

Même son de cloche dans les champs du cultivateur Marc Quesnel, qui attend lui aussi que la neige fonde pour pouvoir récolter les 100 acres de soja qui lui restent. « Ça fait environ 50 000 $ qui est assis et qui attend. Il faut absolument que la neige fonde cet automne », urge-t-il.

Quant au blé, il est possible de le cultiver dans les conditions actuelles, mais les tiges de la plante sont plus fragiles, affirme M. Quesnel. Celui-ci enregistre aussi des pertes dans ses récoltes de foin et de luzerne. « On a beaucoup de pertes, environ 65 acres à cause de la glace de l’hiver. »

Il s’agit en fait de la deuxième année de suite que la température nuit au travail des fermiers, selon M. Quesnel. « L’été passé, c’était trop sec. Beaucoup de gens ont utilisé leur inventaire, les stocks de foin, beaucoup ont eu de la difficulté à semer du foin pour nourrir les vaches. Les vaches mangent les coupes de foin à mesure qu’elles arrivent. Il n’en reste pas beaucoup en inventaire. En arrivant au printemps, les stocks vont être serrés. »

Ce qui inquiète surtout M. Quesnel, c’est l’effet que peuvent avoir ces difficultés sur le moral des agriculteurs. À ses dires, il existe trop peu de ressources pour les travailleurs de ce milieu. « C’est inquiétant, les gens n’en parlent pas quand ils vivent des difficultés. On garde ça en dedans, on n’a pas une culture de parler de ces choses-là. Les agriculteurs, on est habitué, on serre un trou sur la ceinture, et on continue de travailler. »

Selon l’Union des Cultivateurs franco-ontariens (UCFO), les mauvaises conditions causées par la météo ont affecté la totalité des agriculteurs de la région de l’Est ontarien cette année.

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TROP PEU DE SERVICES EN SANTÉ MENTALE POUR LES AGRICULTEURS

Une agricultrice de St-Isidore, dans l’Est ontarien, aimerait s’attaquer au manque de ressources en santé mentale dans la région, spécifiquement dans le domaine agricole.

La réputation du Centre de santé mentale et de toxicomanie de l’Hôpital général de Hawkesbury (HGH) n’est pas à faire: «Il est fort populaire et offre de bons services », avance Sylvette Leroux. 

Mais dans la région de Prescott-Russell, «rien n’est encore offert pour englober les agriculteurs et leurs besoins spécifiques».

Mme Leroux a rencontré ses pairs, la semaine dernière, pour constater qu’il existe une réelle nécessité en santé mentale pour les fermiers de la région. «Ce sont des gens fiers, habitués à régler leurs propres problèmes. Quand la machinerie brise, ils la réparent. Et c’est la même chose pour leur santé mentale, et parfois aussi physique. Ils se disent que ça va passer.»

Bien que des lignes de crises – disponibles 24 heures sur 24 – existent déjà à Hawkesbury, Mme Leroux aimerait que les travailleurs agricoles n’aient pas à attendre d’être en détresse psychologique pour recevoir des services.  

L’agricultrice déplore aussi le manque de spécificité dans les statistiques. «Malheureusement, il y a un taux de suicide chez les agriculteurs, mais ce n’est pas défini. Les chiffres sont tous mêlés, et on ne connaît pas les vrais taux pour les agriculteurs.»

Mme Leroux souhaiterait mettre sur pied un projet qui permettrait d’offrir ces types de services dans Prescott et Russell. «C’est très embryonnaire. On va voir où ça va nous mener. J’aimerais faire de la sensibilisation auprès des organismes, et plus de présentations. C’est quelque chose qu’on balaie de la main trop souvent», conclut-elle.