Le Roundtable on Violence Against Women avait notamment suggéré de supprimer les nouveaux frais de justice familiale que souhaitait introduire le gouvernement en 2015 dans les cas de garde, de droit de visite ou de pension alimentaire.

Les femmes victimes de violence perdent leur voix

Le gouvernement Ford a annoncé cette semaine qu’il abandonne un comité d’experts voué à contrer la violence faite aux femmes en Ontario, le Roundtable on Violence Against Women.

Instauré en 2015 sous le gouvernement libéral, ce panel composé d’experts issus d’une vingtaine d’organisations travaillait à fournir à la province des conseils stratégiques concernant les enjeux liés à la violence envers les femmes. 

La ministre des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires Lisa MacLeod, aussi responsable du dossier de la Condition féminine, en a fait l’annonce vendredi. 

«Bien que nous reconnaissons les précieux conseils de vos membres, nous ne convoquerons pas à nouveau cette table ronde créée par le gouvernement précédent», a écrit Mme MacLeod au comité. 

La table ronde avait, entre autres, suggéré de supprimer les nouveaux frais de justice familiale que souhaitait introduire le gouvernement en 2015 dans les cas de garde, de droit de visite ou de pension alimentaire. Le panel avait souligné que ces frais pouvaient freiner les femmes fuyant la violence domestique. Le gouvernement libéral avait alors retenu leur conseil. 

La coprésidente du Roundtable on Violence Against Women, Farrah Khan, s’explique mal cette décision du gouvernement Ford. 

«Dans le courriel qu’ils nous ont envoyé, ils nous ont dit que c’était parce que ça avait été instauré par le gouvernement précédent. Mais le comité se disait non partisan, il nous arrivait même d’être en désaccord avec le gouvernement libéral. De plus, nous offrons des conseils stratégiques gratuits, donc on ne comprend pas pourquoi ils ont décidé d’abandonner les femmes ainsi », s’est indignée Mme Khan.

La lettre que Mme MacLeod a envoyée au comité se conclut comme suit: « J’ai hâte de travailler avec des représentants de divers secteurs afin de faire progresser l’autonomisation des femmes dans la province et à lutter contre la violence contre les femmes et la traite des êtres humains. » 

Il sera impossible de faire progresser l’autonomisation des femmes sans ce comité d’experts, réplique la vice-présidente d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF), Anne Jutras. « C’est comme si on nous enlevait notre voix. Ça démontre qu’encore une fois comme gouvernement, tu ne reconnais pas que les femmes sont égales. Mme MacLeod n’est pas une experte. Ceux qui étaient autour de la table ronde, c’étaient tous des experts, et de toutes les communautés, soit francophones, immigrantes et autochtones.»

Celle qui est aussi directrice générale du Centre Novas-CALACS francophone de Prescott-Russell est d’avis que cette annonce sera surtout néfaste pour les femmes victimes de violence dans les territoires ruraux. «Nous sommes un petit organisme dans une petite communauté, on n’a pas beaucoup de poids. À travers notre regroupement, on savait que nos besoins et nos commentaires allaient être rapportés.»

«Beaucoup de barrières font en sorte que les femmes issues des milieux ruraux sont plus vulnérables à de la violence familiale et à caractère sexuel. Puisque ce sont des communautés plus traditionnelles, les messages prennent parfois plus de temps à passer. Les femmes commencent tout juste à dénoncer», soutient-elle, en ajoutant que si le gouvernement n’entend pas ces enjeux spécifiques, ce sont les femmes qui en subiront les conséquences. 

Au moment d’écrire ces lignes, la ministre MacLeod n’était pas disponible pour une entrevue.