Un peu plus de 100 jours après son élection à la mairie de Cornwall, Bernadette Clement maintient le cap vers de meilleures relations avec la communauté mohawk.

Les 100 jours de Bernadette à la mairie de Cornwall

Francophone, femme, noire… L’élection historique de Bernadette Clement à la mairie de Cornwall avait suscité une attention de niveau national, en octobre dernier. Un peu plus de 100 jours se sont écoulés depuis son entrée en poste, et la mairesse poursuit son ambition de tisser des relations avec les différentes communautés qui composent la Ville de Cornwall.

Parmi les efforts pour améliorer les relations entre Cornwall et la communauté mohawk, Bernadette Clement commence chacune des réunions du conseil municipal en affirmant reconnaître qu’il s’agit d’une rencontre tenue sur un territoire traditionnel Mohawk. Ce genre de discours n’avait jamais été prononcé à la table du conseil auparavant, souligne-t-elle.

Cornwall se partage la propriété du bord de l’eau du fleuve Saint-Laurent avec la communauté de première nation Akwesasne.

Mme Clement et le grand chef Mohawk Abram Benedict se sont déjà rencontrés à deux reprises depuis leurs élections respectives. Les deux homologues souhaitent à présent organiser une rencontre entre les deux conseils, afin de planifier l’unification des deux communautés.

L’objectif, soutient la mairesse, est de viser un développement économique sur ce terrain. Rien n’est encore fait, mais celle-ci affirme que plusieurs idées ont déjà été lancées. « La communauté aimerait voir des restaurants, quelque chose de touristique aussi. Peut-être quelque chose de culturel, parce qu’on est avec une première nation. Ce serait bien de voir un mélange de choses, mais vraiment axé sur le tourisme. »

Mais pour ce faire, il faut d’abord que les conseils se rencontrent, martèle la mairesse. « Il faut avancer. Ça fait dix ans qu’on ne s’est pas tous rencontrés. Il y a toujours eu cette ambition, mais ce n’est pas efficace quand on ne se rencontre pas. (...) Je sens que c’est urgent. Il faut franchir cette étape pour faire avancer ce beau projet conjoint. »

Le budget décidé en deux jours

Celle qui souhaitait favoriser le travail d’équipe au sein du conseil a atteint son objectif durant les discussions annuelles du budget. Deux journées seulement ont été nécessaires pour boucler le budget.

« Je parlais vraiment avec chaque conseiller individuellement pour savoir où tout le monde se situait. Mon rôle de mairesse, c’est vraiment la relation avec les conseillers, et le fait de créer une équipe. »

Parmi les différentes conversations ayant mené à une augmentation budgétaire de 2,98 %, le projet de création d’un Centre des arts a hérité d’un investissement de 300 000 $, montant qui servira à l’embauche d’architectes. Ce projet représente d’ailleurs l’un des plus grands rêves de Mme Clement pour sa municipalité. « On veut aller de l’avant avec ce projet. Si on veut solliciter des fonds auprès des gouvernements provincial et fédéral, il faut que notre projet soit concrétisé, alors on a vraiment besoin d’avoir un plan. »

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LES MILLE CHAPEAUX DE LA MAIRESSE

La mairesse de Cornwall affirme ressentir une certaine pression face aux différents rôles qu’elle porte. 

«Je porte tellement de chapeaux, c’est-à-dire femme, francophone, femme noire. Donc oui, c’est une pression dans le sens que je veux bien faire. Si mon mandat ne fonctionne pas bien, je ne veux pas que ça envoie un message négatif aux femmes, aux jeunes femmes, aux personnes noires, aux francophones. Je veux que ce soit quelque chose de compétent. Je suis assez expérimentée pour comprendre que la perfection, ce n’est bon à rien, mais je veux un mandat solide.»

Ce qui a surpris Mme Clement en devenant mairesse, c’est que tous s’attendaient à ce qu’elle prenne des décisions très rapidement. «Les gens me disaient, il faut que tu décides là, vite. On a besoin d’une décision immédiate.»

Celle-ci avoue prôner plutôt l’importance de consulter différents avis avant de se positionner sur un sujet. «Ça prend du temps, avoir des conversations. Pour comprendre les enjeux, n’importe quelle décision, souvent je veux parler à des gens. Les femmes, sans généraliser, ont plus tendance à vouloir avoir des conversations, à consulter les personnes clés, qui pourront amener une autre optique.»

Mme Clement confie être souvent à la recherche du consensus. «Chercher à ce que la majorité soit d’accord, ce n’est pas un signe de faiblesse ou un signe que tu n’es pas capable de prendre une décision. C’est un type de leadership qui n’est pas nécessairement valorisé. Celui qui est valorisé, c’est de prendre une décision, rapidement et fermement. Par contre, c’est à moi d’être ferme dans ma façon de faire les choses.»