Charles Lamarche, copropriétaire du restaurant Le Chardo, à Alfred.

La menace de l’exode rural

Le village d’Alfred, dans l’Est ontarien, célébrera son 150e anniversaire d’existence en 2021. Dans cette petite communauté franco-ontarienne d’à peine 1500 âmes, la population est menacée par la question de l’exode rural, surtout chez les jeunes. Récit d’un entrepreneur qui a été tenté par la grande ville, mais qui n’y a pas succombé.

Comme bon nombre de résidents de l’Est ontarien, Charles Lamarche a fait un bon vers la capitale fédérale afin d’effectuer ses études postsecondaires à l’Université d’Ottawa, pour ensuite devenir fonctionnaire.

Mais contrairement à plusieurs jeunes, il n’y est pas demeuré très longtemps. « J’ai tout lâché et je suis revenu dans mon petit patelin, à Alfred », raconte-t-il.

Originaire d’Alfred, M. Lamarche se sentait plus heureux en région rurale et la convivialité qui s’y rattache est ce qui l’a convaincu d’y revenir. « Je suis attaché à la région. Ma femme vient de St-Isidore, on est du monde ‘rural’, de la campagne. On se connaît tous dans la région, et c’est ce qui m’a ramené ici. Je ne me voyais pas vivre en ville. »

Au restaurant Le Chardo, dont M. Lamarche est copropriétaire avec son frère Dominic, les clients se reconnaissent entre eux, se font la bise. C’est essentiellement ce qui fait la beauté de la communauté d’Alfred, croit-il. « Maintenant, on a des enfants. Le fait de bien connaître les parents de nos enfants, c’est rassurant. »

À pleine capacité ?

Le maire d’Alfred-Plantagenet, Stéphane Sarazin, affirme que comme dans un grand nombre de petits villages, l’un des plus grands défis est de retenir les jeunes comme M. Lamarche.

« On a de la chance d’avoir de belles entreprises dans notre municipalité et c’est à travers d’elles qu’on peut créer des emplois de qualité chez nous. On pense que ça va améliorer la situation et que les jeunes vont être moins portés à aller en ville. »

M. Lamarche a justement constaté que depuis quelques années, il est plus difficile de recruter des employés dans son restaurant. La pénurie de main-d’œuvre est actuellement un grand défi qui frappe de plein fouet les entreprises des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR).

Il faut dire que la fermeture du collège d’Alfred a eu des conséquences plutôt néfastes sur sa clientèle. « Pour les étudiants et les employés, ce n’était pas loin pour le dîner et pour les soupers d’affaires », se souvient-il.

Par ailleurs, malgré qu’un « beau sens communautaire » demeure au sein du village, Alfred vit une croissance très lente, remarque le maire Sarazin.

« En dix ans, on ne peut pas dire que la population a doublé. C’est sûr que c’est un village qui est au maximum de sa capacité pour le développement. Mais quand on sort d’Alfred, en restant sur la route 17, on a de beaux endroits pour des entreprises. On a de la chance d’avoir ces espaces-là pour accueillir des gens d’affaires. »

La famille de M. Lamarche a d’ailleurs fortement contribué au développement économique du village. Parmi ses 16 oncles et tantes, dix d’entre eux ont démarré une entreprise. C’est son père qui est à l’origine du Chardo.

Lors de sa dernière réunion, le conseil municipal a commencé les discussions pour les activités de célébration du 150e de la Paroisse St-Victor d’Alfred, qui marque aussi la création du village.

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Le collège d’Alfred, la solution?

Si une chose manque au village d’Alfred, ce sont les infrastructures pour pratiquer des sports, juge le père de famille et résident du village, Charles Lamarche. 

«Avoir plus d’options pour les jeunes quand ils arrivent au secondaire, des endroits où ils peuvent faire du sport. En ville, l’enfant a des options sports-études, il peut pratiquer pas mal tous les sports.»

Le maire d’Alfred-Plantagenet est convaincu que la solution se trouve dans les établissements vides du collège d’Alfred. «Il faut vraiment faire revivre ces bâtiments, comme pour le gymnase et la piscine. Les gens aimeraient beaucoup voir ça.»

M. Lamarche se souvient justement d’avoir fait tous ses cours de natation au collège d’Alfred. «Mais c’est devenu désuet, malheureusement.»

Lors de la dernière réunion du conseil municipal, les élus ont entendu une proposition qui permettrait de donner un second souffle aux bâtiments vides du «Upper campus». Or, l’heure est à l’attente, selon le maire, puisqu’il est impossible de spéculer sur le potentiel du campus sans savoir qui en sera l’organisme responsable. «On espère avoir des réponses en janvier, lors du congrès de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA). D’ici là, c’est plus sage d’attendre les directives.»