Au lendemain d'une pluie torrentielle, une parcelle de 17 hectares de terrain s'est affaissée, laissant un cratère béant de 320 mètres de largeur et de 18 mètres de profondeur.

La communauté se souvient, 20 ans après

Ça s'est produit un 20 juin 1993, il y a 20 ans, à Lemieux, dans l'Est ontarien. Ce que l'on craignait depuis plusieurs années arriva. Le village aujourd'hui déserté, situé entre Bourget et Casselman, a été emporté par un spectaculaire glissement de terrain.
Au lendemain d'une pluie torrentielle, une parcelle de 17 hectares de terrain s'est affaissée, laissant un cratère béant de 320 mètres de largeur et de 18 mètres de profondeur.
Richard Rainville a assisté, stupéfait, à la scène.
« Nous étions tranquillement assis, lorsque j'ai entendu comme un grondement de moteur. Quelques secondes plus tard, j'ai aperçu une vague d'environ 15 pieds de hauteur s'approcher vers nous. Un torrent de boue poussait l'eau de la rivière et emportait tout ce qui se trouvait sur son passage. Je n'avais jamais rien vu de tel », raconte M. Rainville.
Louis Prévost, à peine diplômé de géologie à l'époque, s'est rendu sur place pour observer le phénomène, quelques heures après l'événement.
« Tout ce que je me souviens, c'est l'immensité du trou. Le phénomène était d'une ampleur impressionnante. Il y avait tellement de débris dans la rivière que le décor était méconnaissable. La rivière Nation-Sud avait pratiquement disparu pour prendre une autre trajectoire. Chaque printemps, lorsqu'il y a de fortes pluies, je ne peux pas m'empêcher de repenser à ce jour-là. Et je sais très bien que ça va se reproduire dans la région. La question n'est pas si, mais quand ça va arriver à nouveau », témoigne M. Prévost.
Travail ardu
C'est plus de 3 millions de mètres cubes de sédiments qui se sont déversés dans la rivière Nation-sud lors du glissement de terrain. Le travail de nettoyage a été ardu, raconte Jean-Marc Lalonde, le président du comité mis en place pour le grand nettoyage.
« La terre était littéralement comme du Jello. C'était épouvantable de voir ce trou énorme. Nous avons amorcé les travaux à l'hiver qui a suivi le glissement de terrain alors qu'il faisait 35 degrés sous zéro en bas là. Nous étions 35 hommes pour faire le travail et la tâche n'a pas été simple », se souvient Jean-Marc Lalonde.
Les autorités redoutaient depuis un certain temps la possibilité d'un glissement de terrain à Lemieux, le village ayant déjà été frappé par des glissements de terrain en 1910 et 1971. Si bien que quelques années plus tôt, en 1989, les résidents du village avaient été expropriés. Une zone dans la région avoisinante est d'ailleurs toujours déclarée « à risque ».
Aujourd'hui, il ne reste pratiquement rien du village, si ce n'est que du cimetière de la paroisse et de quelques fondations.