Pourquoi une municipalité comme La Nation, où les services sont déjà efficacement offerts dans les deux langues, devrait réintégrer l’AFMO ? Pour M. Poirier, c’est une question de solidarité.

«Il devrait y avoir un SOS-AFMO», selon Jean Poirier

L’ex-député libéral de Glengarry-Prescott-Russell Jean Poirier croit que la communauté franco-ontarienne devrait s’intéresser à l’avenir de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) avec la même vivacité qu’elle l’a été pour l’hôpital Montfort, l’Université de l’Ontario français ou encore pour le Commissariat aux services en français.

« Quand un gouvernement tue activement des services en français, tous les francophones montent aux barricades. L’AFMO est en train de mourir par dessein gouvernemental, et qu’est-ce qu’ils font ? Avez-vous vu un ‘SOS-AFMO’ ? Il ne faut pas donner raison au gouvernement », s’insurge M. Poirier.

Certaines municipalités ont récemment remis en question l’efficacité de l’Association française des municipalités de l’Ontario, citant entre autres les difficultés financières de l’organisme. Toronto, Windsor, Lake Shore et La Nation sont parmi celles qui se sont retirées de l’AFMO au cours des dernières années.

Selon M. Poirier, les services de l’AFMO sont essentiels. « Il faut comprendre l’importance cruciale d’un organisme qui travaille à offrir des services en français au niveau municipal. C’est un niveau de gouvernement qui affecte monsieur et madame tout le monde. Au municipal, il y a bien plus de choses qui affectent tout le monde au quotidien, encore plus qu’au provincial et au fédéral. »

En Ontario, aucune loi n’est en place pour garantir les services en français au niveau municipal. Certes, la Loi sur les services en français de l’Ontario permet aux francophones d’obtenir certains services offerts par la province en français. Par contre, elle n’assure ces services qu’aux régions proprement désignées, c’est-à-dire dans les régions où les francophones représentent au moins 10 % de la population, ou bien dans une région qui compte plus de 5000 personnes.

Certaines régions du sud-ouest ontarien, par exemple, ne sont pas admissibles pour bénéficier de ces services.

Pourquoi une municipalité comme La Nation, où les services sont déjà efficacement offerts dans les deux langues, devrait réintégrer l’AFMO ? Pour M. Poirier, c’est une question de solidarité. « Pourquoi un résident d’Ottawa appuierait une université française à Toronto ? Pourquoi les gens de Sudbury ont appuyé l’hôpital Montfort ? Personne de Sudbury ne va à Montfort. La solidarité doit être universelle. Quand les francophones se divisent, ça fait gagner le gouvernement contre nous. Ça fait sourire des gens comme Doug Ford. »

Le directeur général par intérim René Beaulne, qui travaille bénévolement à la remise en marche de l’AFMO depuis son entrée en poste, se dit d’accord avec M. Poirier. Celui-ci affirme que l’AFMO est la seule association municipale au Canada qui n’est pas financée par la province.

« La langue seconde est financée par toutes les autres provinces, sauf nous. La langue française en Ontario, c’est un débat depuis plusieurs années. On est quand même 600 000. On devrait avoir le droit de se faire servir en français, et connaître nos droits. Si tu vas en Cour et que tu ne peux pas avoir de services en français, c’est beaucoup plus difficile de te défendre. »

D’ici le mois de mars, toutes les dettes de l’organisme devraient avoir disparu.

M. Beaulne souligne que son organisme se porterait beaucoup mieux s’il pouvait obtenir une petite partie de la taxe sur l’essence de 1,2 million $ dont bénéficie l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO), la version anglophone de l’AFMO.

« Si les municipalités ne font pas partie de l’AMO, elles ne peuvent pas percevoir d’octrois provenant de cette taxe. Si nous avions une partie de la taxe sur l’essence, certaines municipalités ne seraient pas obligées d’être avec l’AMO, qui coûte deux fois plus cher que l’AFMO. »