Selon la ministre ontarienne Lisa Thompson, l’homophobie et la transphobie «n’existe pas».

Homophobie et transphobie: «pas dans mon vocabulaire»

ÊTRE LGBTQ DANS UNE RÉGION RURALE (4 de 5) / Les services et le soutien aux membres de la communauté LGBTQ sont présents et facilement accessibles dans les grands centres urbains comme Ottawa ou Montréal. Mais qu’en est-il des régions rurales ? À l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai, Le Droit vous offre cette semaine un regard sur les réalités quotidiennes de la communauté LGBTQ de la région de Prescott-Russell, dans l’Est ontarien.

Lors de la journée internationale contre l’intimidation, la discrimination, l’homophobie et la transphobie, la ministre de l’Éducation de l’Ontario Lisa Thompson a refusé catégoriquement d’utiliser les mots homophobie et transphobie.

« Ces mots n’existent pas dans mon vocabulaire », a-t-elle déclaré à Queen’s Park, le 10 avril dernier, en réponse à une question du porte-parole du NPD de l’opposition officielle en matière de questions LGBTQ, Terence Kernaghan.

Ce dernier a interrogé la ministre pour connaître les raisons qui la poussent à « retirer le soutien pour les étudiants LGBTQ à un moment où elle devrait en offrir davantage », et lui a demandé si elle pouvait prononcer les mots « homophobie » et « transphobie ».

« Nous ne classons pas, nous n’utilisons pas de termes pour étiqueter, nous embrassons les relations », s’est-elle contentée de répliquer.

Au lendemain, après que la question ait été relancée par le député Kernaghan, Mme Thompson s’est toutefois reprise et a affirmé que les « étudiants doivent savoir comment se respecter et s’accepter entre eux et utiliser la technologie de façon sécuritaire, et savoir à quoi ressemblent des relations saines afin de mettre fin, une fois pour toutes, à l’homophobie et à la transphobie. »

« Trop peu, trop tard, déplore M. Kernaghan. «En lui posant cette question, je lui ai offert la parfaite occasion de reconnaître l’existence de ces réalités, et même si elle les a prononcées le lendemain, elle refuse tout de même d’admettre que les relations LGBTQ sont saines. C’est inquiétant.»

La ministre Thompson a été la cible de nombreuses critiques depuis sa réforme du programme d’éducation sexuelle dans les écoles.

En mars dernier, celle-ci a annoncé le retour de l’enseignement de l’identité de genre.

Or, contrairement à ce que l’entendait le gouvernement précédent, il se fera à partir de la huitième année, plutôt qu’à la deuxième.

Comment soutenir les élèves LGBTQ ?

À la barre d’un projet d’éducation et de sensibilisation concernant les réalités de la communauté LGBTQ, Mélanie Rioux a remarqué que ce sont les adultes qui ont le plus besoin d’éducation. Mis en branle en 2017, le projet LGBTQui ?, orchestré par le centre Novas-CALACS francophone de Prescott-Russell, permet aux intervenants scolaires et sociaux d’obtenir des renseignements pour mieux soutenir les membres de la communauté LGBTQ.

«Une des réactions qu’on a eues avec notre projet, c’est que ce ne sont pas les jeunes qui en ont le plus besoin, ce sont les adultes autour des jeunes. C’était plus au niveau des professeurs, des parents, de la communauté. (...) Si par exemple quelqu’un effectue une transition, et que l’enseignant connaissait ce jeune-là avant, il avait de la difficulté à s’adapter au pronom.»

C’est ce qui a mené le centre à développer un atelier de formation pour les intervenants. Des outils ont été offerts aux intervenants pour qu’ils puissent par la suite les distribuer au sein de leurs propres organismes.

Et les conseils scolaires ?

Dans le cadre de sa stratégie pour inclure le bien-être et l’inclusion des élèves, le Conseil scolaire de district catholique de l’Est de l’Ontario (CSDCEO) s’assure d’aborder la question LGBTQ avec les leaders du conseil, ainsi qu’avec le personnel scolaire. «Dans les dernières années, le travail a beaucoup porté sur la façon dont on prépare les adultes», avance la travailleuse sociale et leader en santé mentale au Service à l’élève du CSDCEO, Sandra Barrette.

Selon cette dernière, aborder et démystifier l’ensemble du lexique LGBTQ avec ces adultes est primordial pour ensuite offrir un soutien cohérent aux élèves.

«La première chose sur laquelle on se concentre, c’est de sensibiliser les leaders, afin de s’assurer qu’on a tous un langage commun, autant pour bien comprendre la communauté LGBTQ, autant pour la question de l’identité de genre que de l’orientation sexuelle, afin que tous soient bien à l’aise d’en parler.»

Au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), un grand nombre d’activités, de groupes de discussions et d’événements publics sont organisés chaque année pour soutenir les élèves. «Par exemple, on fait un colloque annuel avec le sénat des élèves, une journée entièrement liée à la communauté LGBTQ. On est accompagné d’un ensemble de spécialistes, et on invite maintenant des gens de la communauté autochtone, qui ont eux aussi une perspective très inclusive pour ce qui est de l’identité des genres», affirme la directrice de l’éducation, Édith Dumont.

Le CEPEO fait également partie du défilé de la Fierté dans la capitale depuis quatre ans. «C’est un moment fort pour manifester publiquement qu’on a tous notre place dans la communauté.»

Toutes les écoles de ce conseil scolaire ont des salles de bain non genrées.