Pierre Leroux, maire de Russell
Pierre Leroux, maire de Russell

Changement de l’héritage Russell: une majorité en faveur

Trois conseillers, dont le maire, ont voté en faveur du changement d’héritage de la municipalité de Russell, contre deux conseillers en défaveur à l’issue du vote effectué lors d’une réunion spéciale du conseil lundi soir. Le maire Pierre Leroux avait déposé une motion le 15 juin dernier voulant que le nom Russell soit dédié à un autre individu que Peter Russell, qui possède un passé trouble d’esclavagiste du 18e siècle.

Malgré le résultat du vote, les convictions demeurent vives au sein du conseil municipal, alors que les opinions des membres demeurent aux antipodes. «Je n’ai aucun problème à dénoncer et à dire publiquement que la ville de Russell se dissocie du nom ou de la personne qu’est Peter Russell. Mais je ne crois pas qu’on a besoin d’aller plus loin que ça en termes de nom ou de changement d’héritage. On a construit notre propre héritage à Russell. [...] On dédie Russell à nous-mêmes. Aussi simple et fièrement que ça», a indiqué le conseiller Jamie Laurin. 

Le conseiller André Bisson est du même avis. «Imaginez que nous choisissons un autre Russell, et qu’ensuite on découvre qu’il ou elle a aussi une sombre histoire», précise-t-il. 

Le maire de Russell, Pierre Leroux, se dit conscient qu’il y a toujours une certaine confusion en lien avec les faits historiques entourant Peter Russell, ce qui ajoute à l’indécision. «On parle du Haut-Canada, on ne sait même pas s’il y a eu des esclaves ici au Haut-Canada. Peter Russell n’est jamais venu dans ce secteur. Quand il avait des esclaves, il se trouvait à Toronto. Mais je crois quand même qu’il y a un goût amer dans la bouche de plusieurs personnes depuis que cette histoire est sortie.» 

«Bien que ça n’ait peut-être pas autant d’impact pour nous, ça peut en avoir beaucoup plus pour certains de nos citoyens. Je ne crois pas que nous sommes en position de statuer sur si c’est important ou pas et de faire ces suppositions. Je ne veux pas utiliser le fait que nous avons le ‘’white privilege’’, mais c’est vrai. Il n’y a pas de coût, ça devient seulement une belle opportunité éducative pour les générations futures», souligne pour sa part le conseiller Mike Tarnowski, qui mentionne avoir été en faveur de la motion depuis le début.

«Je pense que globalement tout le monde est fier d’avoir Russell comme nom. Il y a deux mois, personne ne connaissait Peter Russell, mais on savait tous ce que ça signifiait d’être de Russell. Ça voulait dire d’être de la troisième meilleure place où vivre dans tout le pays. Maintenant il suffit juste de voir comment on va avancer», souligne le maire, rappelant que les suggestions pour l’individu derrière le nouvel héritage doivent provenir de citoyens de la municipalité exclusivement. 

Un comité sur la diversité

Les conseillers s’entendent tous néanmoins sur le fait que plus d’efforts devraient être mis pour sensibiliser les citoyens à la réalité historique ou actuelle de plusieurs cultures. 

Les conseillers ont donc indiqué unanimement vouloir mettre sur pieds un comité communautaire portant sur l’inclusion et la diversité afin d’aider la municipalité à adresser ce genre de discussions. 

Le comité devrait également présenter une composante éducative permettant aux gens d’avoir accès à de l’information sur plusieurs différentes cultures et aux gens issus des minorités d’avoir accès à des ressources fiables. 

La municipalité de Russell fera d’ailleurs appel à des bénévoles de la communauté qui pourraient démontrer de l’intérêt à s’impliquer dans ce genre de comité.