Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé insiste que la contagion actuelle s’avère très différente dans certaines régions par rapport à la première vague du printemps, comme à Québec. La transmission ciblée dans certains milieux spécifiques, comme les résidences pour personnes âgées, a laissé la place à la transmission communautaire élargie.
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé insiste que la contagion actuelle s’avère très différente dans certaines régions par rapport à la première vague du printemps, comme à Québec. La transmission ciblée dans certains milieux spécifiques, comme les résidences pour personnes âgées, a laissé la place à la transmission communautaire élargie.

Entrer chez les gens sans mandat, le gouvernement envisage cette «dernière solution»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Alors qu’il étudie la possibilité d’entrer dans les maisons des Québécois sans mandat pour faire respecter les règles de santé publique, le gouvernement Legault a effectué mardi un nouvel appel général pour renflouer les effectifs dans les écoles et les centres de dépistage. Sans compter que deux régions de plus sont passées en zone orange.

«Pour moi, c’est la dernière solution», a d’abord assuré le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, sur l’idée de permettre aux policiers d’entrer chez les gens sans avoir besoin d’un mandat.

«On ne veut pas faire ça. Durant la première vague, les Québécois les ont suivies, les règles. Là, est-ce que c’est parce qu’il y a un écœurement? On est tous un peu tannés, peut-être qu’on se dit : “On est entre chums, puis ce n’est pas grave.” On a fait les analyses dans les dernières semaines, c’est dans les partys d’amis que ça se fait [la transmission], établit M. Dubé.

«Alors, s’il faut aller là [entrer sans mandat], on va y aller. Mais je vais vous dire : notre gouvernement, je pense qu’on peut faire sans aller là. Mais si on est obligés d’aller là, si les chiffres ne se corrigent pas, si les cas ne se corrigent pas, on ne laissera pas notre système de santé se faire mettre à mal encore pour les mauvaises raisons», a-t-il prévenu, effectuant le plus grand pas public sur le sujet de la part du gouvernement jusqu’ici.

Le ministre Dubé donnait un point de presse à 13h, en compagnie du directeur national de santé publique, Horacio Arruda. Le premier ministre est en isolement préventif après avoir été en contact avec une personne positive à la COVID-19, le chef conservateur fédéral Erin O’Toole. François Legault a obtenu un résultat négatif dimanche.

En l’absence du patron, le rôle de principal porte-parole du gouvernement en temps de pandémie semble revenir au ministre de la Santé, qui a dû débattre avec les oppositions pour plus de la moitié des 45 minutes dévolues à la période des questions mardi après-midi, au Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Outaouais et Laval en orange

Le ministre Dubé tenait un point de presse pour signifier que les régions de l’Outaouais et de Laval passent à leur tour au niveau d’alerte modérée, soit au code orange et troisième de quatre paliers du système d’alerte régional. Ces régions s’ajoutent à l’agglomération de Québec, à Chaudière-Appalaches et à Montréal parmi les zones orange.

Le Centre-du-Québec passe du vert (vigilance) au jaune (préalerte), y rejoignant les sous-régions de Portneuf et de Charlevoix dans la Capitale-Nationale, le Bas-Saint-Laurent, l’Estrie, la Montérégie, une partie des Laurentides et une partie de Lanaudière.


« Alors, s’il faut aller là [entrer sans mandat], on va y aller. Mais je vais vous dire : notre gouvernement, je pense qu’on peut faire sans aller là. Mais si on est obligés d’aller là, si les chiffres ne se corrigent pas, si les cas ne se corrigent pas, on ne laissera pas notre système de santé se faire mettre à mal encore pour les mauvaises raisons »
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé

M. Dubé insiste que la contagion actuelle s’avère très différente dans certaines régions par rapport à la première vague du printemps, comme à Québec. La transmission ciblée dans certains milieux spécifiques, comme les résidences pour personnes âgées, a laissé la place à la transmission communautaire élargie.

«Dans les deux derniers jours, on est passés de 175 éclosions actives à 250 [au Québec]. En deux jours, il y a eu 75 éclosions additionnelles qui sont encore en cours dans les 16 régions. Ça veut dire que dans certaines régions, c’est 10, 15 éclosions par jour de plus. Ça, si ce n’est pas assez… On va trouver une façon de le dire tous les jours pour que les gens comprennent qu’une éclosion peut avoir, comme dans le cas du [bar] Kirouac, un impact sur 80, 90, 100 personnes. Chaque fois que j’ai une éclosion supplémentaire, c’est tout le personnel de la santé qui est mis à mal», insiste-t-il.

Retour de JeContribue

Le ministre a ensuite livré un plaidoyer pour inciter certains retraités du milieu de la santé à venir prêter main-forte dans les 176 centres de dépistage, où le personnel manque.

«Je fais un appel aux Québécois, comme on a fait par le passé, de venir s’inscrire sur notre site JeContribue», a-t-il déclaré, disant le faire «humblement».

«Pour les tests, on recherche particulièrement des audiologistes, des dentistes, des diététistes qui sont nutritionnistes, des hygiénistes dentaires, des orthophonistes, des physiothérapeutes, des infirmières auxiliaires, des technologistes médicaux et des sages-femmes. [...] C’est dans un environnement relativement agréable pour quelqu’un qui connaît ça, mais aussi qui peut le faire à des heures assez intéressantes. Tout ce qu’on va demander, c’est d’avoir un engagement de quelques semaines pour qu’on puisse planifier.

«Pour la partie des enquêtes, c’est des personnes différentes dont on a besoin. Puis on l’a vu ici, à la ville de Québec, ils ont eu la bonne idée de faire appel à des policiers à la retraite. Donc des gens qui ont de l’expérience en enquête ou en sondage de toutes sortes. Les gens non seulement vont être rémunérés pour le travail qu’ils font, mais on va aussi avoir une période de formation», a expliqué le ministre de la Santé.

Son collègue ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a fait pareil de son côté mardi dans le but de pallier la pénurie d’enseignants dans les écoles, incitatifs financiers à la clé. Une motion menée par le Parti québécois demandant «la mise sur pied d’une plateforme JeContribue pour le milieu scolaire» a de plus été adoptée à l’unanimité, en chambre.

N’y a-t-il pas danger d’exposer davantage des membres d’une population plus âgée, donc plus à risque, au virus? «Ça va être notre travail de s’assurer qu’il y ait un système de prévention, de contrôle des infections qui est très fort. Ce qu’on a réussi à faire dans les six derniers mois, c’est d’apprendre à bien gérer ça. Alors, ça sera à nous de mettre en place le système de prévention qu’il faut faire», répond M. Dubé.

Bientôt sur votre téléphone

Après un premier refus à la fin août au terme d’une commission parlementaire sur la question où plusieurs experts ont décrit l’inutilité et les dangers d’un tel outil, l’utilisation d’une application détectrice de contacts COVID par téléphone cellulaire pourrait bientôt faire son chemin jusque dans vos poches.

«La minute qu’on va avoir réglé l’aspect [des partis] de l’opposition, puis si on était capables d’avoir une version québécoise, il y aura deux choix. Si la version québécoise n’est pas capable d’être installée assez rapidement, on aura le choix aussi de prendre COVID Shield, qui est disponible mais qui a quand même besoin d’être attaché à notre système. Les discussions des derniers jours, étant donné l’augmentation de nos taux, cette discussion est en train d’avoir lieu présentement», a dévoilé le ministre Dubé.