Entre le mythe et la réalité

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Cet été marque le 400e anniversaire du passage de Samuel de Champlain dans la région. Il n'a rien fondé ici. À la recherche d'un chemin vers la Chine, il n'a fait que passer. Mais ce périple reste important dans l'histoire du Canada. Au cours des prochains jours et des prochaines semaines, LeDroit reviendra sur les événements marquants de ce voyage de 1613. Nous nous attarderons à Champlain lui-même, à différents mythes autour du personnage et à de nouvelles découvertes qui permettent d'avoir un meilleur éclairage sur le fondateur de la Nouvelle-France. Une place particulière sera faite au contexte économique, culturel, militaire et diplomatique dans lequel interagissent les Amérindiens lorsque Champlain remonte la rivière des Outaouais. Bonne lecture.
«Chercher la vérité en histoire, c'est un peu comme quand on se tient debout sur un chemin de fer. Les deux rails semblent se rapprocher et se toucher, mais, en réalité, jamais ils ne se rejoignent. On peut s'approcher d'une meilleure compréhension de l'histoire, mais jamais on ne la touche.»
Ces mots de sagesse du conservateur de l'archéologie de l'Ontario au Musée canadien des civilisations, Jean-Luc Pilon, sont d'autant plus vrais quand l'histoire en question est vieille de quatre siècles. Il y a exactement 400 ans, cet été, Samuel de Champlain empruntait la rivière des Outaouais... à la recherche d'un passage vers la Chine. Il s'est rendu jusque dans la région et s'est fait bloquer la route à l'île aux Allumettes par un chef amérindien qui en menait large sur la rivière.
Ça, c'est un fait. Pas un historien ne s'obstine là-dessus. Champlain l'a lui-même documenté. Il n'était d'ailleurs pas le premier Européen à mettre les pieds dans la région. Étienne Brûlé et Nicolas Vignau, deux coureurs des bois qui ont agi comme éclaireurs et interprètes pour Champlain, y sont passé avant lui. Ça aussi c'est un fait.
Mais les faits sont relativement peu nombreux, alors que les interprétations, elles, sont abondantes. Quantité d'informations erronées circulent depuis toujours concernant Champlain et ses voyages. Certaines d'entre elles, à force d'être répétées, se sont forgées une place dans la grande histoire. Son voyage en Outaouais en 1613 ne fait pas exception.
«Plusieurs énigmes ont existé et existent toujours autour du personnage de Samuel de Champlain», lance Jean-François Lozier, conservateur responsable de l'histoire canadienne avant 1867 au Musée canadien des civilisations.
Qu'il s'agisse de son lieu de naissance exact, de son âge, de sa religion, de son apparence ou de l'emplacement de sa tombe, Champlain, grand personnage fondateur, suscite une grande curiosité chez les historiens. «L'histoire n'est pas une science exacte, ajoute M. Lozier. Souvent, le raccourci est tentant; certains n'hésitent pas à l'emprunter, mais il faut se contenter de probabilités. Le doute doit subsister, dans bien des cas.»
Des événements et des éléments marquants du voyage de Samuel de Champlain en Outaouais auparavant vus comme étant des faits avérés sont aujourd'hui remis en question, voire déboulonnés. Ne pensons qu'à ce fameux astrolabe. D'autres événements survenus il y a à peine un an viennent éclaircir le portrait et rapprocher les rails, mais là encore, ils ne se touchent pas.
Et à travers tous ces faits, demi-vérités, doutes et remises en question vient s'ajouter la perception qu'a l'Homme moderne du personnage. «Une perception qui évolue, précise Julie Savard, directrice du Réseau du patrimoine gatinois. La façon de voir un personnage change dans le temps selon qui le regarde. Nous tentons beaucoup de nous voir nous-mêmes dans le passé.»
Plus de détails dans LeDroit du 27 mai 2013 ou sur ledroitsurmonordi.ca