Le sergent d’état-major Peter Danyluk de la police d’Ottawa.

En patrouille avec la police d’Ottawa

Les policiers peuvent s’attendre au mieux comme au pire dans chaque quart de travail. Leur quotidien est ponctué de situations imprévues et dangereuses. Le Droit a eu le privilège d’accompagner le sergent d’état-major Peter Danyluk du Service de police d’Ottawa (SPO) dans la nuit de vendredi à samedi pour avoir un aperçu du travail d’un policier sur la route.

La sortie s’est effectuée dans la division Est, un vaste territoire qui s’étend sur 1240 km2 qui comprend l’est d’Ottawa, depuis le boulevard St-Laurent jusqu’à Cumberland, et une bonne partie du sud de la ville où, dans certains quartiers, sévissent des gangs de rue.

Aucun incident majeur, comme un meurtre, une fusillade ou un accident mortel, n’est survenu durant la nuit. 

Malgré le froid glacial, il y a beaucoup de mouvement sur la route. Première destination à 21 h 25, vendredi soir : le quartier Beacon Hill, là où il y a la plus grande concentration de vols de véhicules dans la division. Le sergent d’état-major Danyluk procède à la vérification de plaques d’immatriculation dans le secteur durant la patrouille. 

On se déplace au croissant Jasmine, question de mener une surveillance et d’assurer une présence. Le lieu a été le théâtre d’homicides et de fusillades en 2015 et 2016. En dépit d’un mercure oscillant autour du -9 °C, les fenêtres avant du véhicule de police sont ouvertes de quelques centimètres, question de pouvoir entendre des cris ou des coups de feu. Elles le resteront d’ailleurs durant toute la nuit.

« Les policiers sont les meilleures personnes pour résoudre des problèmes. C’est la caractéristique des gens qui entrent dans la profession », a fait valoir le sergent d’état-major Danyluk lors de la patrouille dans Beacon Hill.

Originaire de Montréal, le policier Danyluk détient deux baccalauréats, en psychologie et en sciences politiques, ainsi qu’un MBA. Il a servi dans les Forces armées canadiennes pendant douze ans, faisant notamment partie du Royal 22e Régiment. Il a été déployé en Bosnie en 1993 lors de la guerre. Il s’est joint au Service de police d’Ottawa en 1999.

Peter Danyluk

Le policier a ajouté sa voix à des organisations et à l’Association des policiers d’Ottawa qui ont déploré la décision de la direction du service de police de redéployer en janvier dernier les agents de quartier vers la patrouille. Le rôle de ces policiers était de créer et d’entretenir des relations avec les résidents et les commerçants, et permettait de recueillir de l’information pour assurer le maintien de la paix. Il s’agit d’une perte de capacité de première ligne, proactive, communautaire, a observé M. Danyluk.

« Ça nous a donné une ou deux personnes additionnelles dans les pelotons de route, mais nous avons perdu une capacité d’intervention de première ligne dans les quartiers », a expliqué M. Danyluk.

Dans une lettre d’analyse publiée au mois de juin dans un quotidien de la ville, le président de l'Association des policiers, Matt Skof, a indiqué que la proportion d'agents par rapport à la population à Ottawa « a chuté constamment » au cours des huit dernières années.

Des questions d’ordre financier, des ressources limitées et avoir plus de personnes pour répondre aux appels d’urgence ont motivé la direction du SPO à faire les modifications.

Interventions

Au courant de la soirée, les policiers de la division Est ont mené des contrôles routiers, et sont notamment intervenus dans des cas de violence conjugale, d’altercations, de conduite avec les facultés affaiblies et auprès d’une personne souffrant de troubles mentaux en proie à une crise.

Une vérification de routine de la plaque d’immatriculation d’une voiture banalement stationnée sur l’avenue Rainsford tard vendredi soir par un policier sous le commandement du sergent d’état-major Danyluk a permis d’établir qu’il s’agissait d’un véhicule volé appartenant à un policier d’Ottawa. La Volkswagen avait été volée chez le concessionnaire par un individu qui aurait arraché le dépôt à clés. Une équipe d’identité a été appelée sur les lieux pour prélever des empreintes digitales avant que son propriétaire puisse la récupérer.

Le sergent d’état-major Peter Danyluk de la police d’Ottawa consulte son ordinateur de bord dans son véhicule.

Le commandant de peloton ne tarit pas d’éloges envers ses femmes et ses hommes sur la route. « Je ne peux parler assez en bien d’eux. Ce sont des personnes exceptionnelles dans tous les sens. La majorité a des familles. Ils gèrent leur vie personnelle à travers toutes les exigences de notre profession très demandante », a-t-il souligné. En tant que leur commandant, c’est important de bien prendre soin d’eux parce qu’ils le méritent. Malgré toutes les pressions qu’ils ont, ils reviennent à chaque quart et donnent tout ce qu’ils ont. C’est du bon monde ».

La soirée a aussi vu le sergent Danyluk surveiller un motel du chemin de Montréal et vérifier les plaques d’immatriculation des voitures garées. L’intérêt de la police dans ce genre de lieu est la préoccupation concernant la traite de personnes. Les plaques sont vérifiées pour savoir si les propriétaires des voitures sont recherchés, ou s’ils sont sous le coup de conditions par la cour. 

« Malgré tous les appels qui entrent, si on a le temps c’est le genre de place où un peu faire une intervention proactive », a expliqué le policier.

Le sergent d’état-major a aussi relaté une intervention survenue plus tôt la semaine dernière impliquant un homme qui s’est enfui dans la forêt sans souliers après un accident de la route alors qu’il était en état d’ébriété. Il faisait froid et la météo était mauvaise. Le maître de chien a été appelé à participer aux recherches puisque les policiers craignaient pour la santé du suspect.

Le sergent d’état-major Danyluk et un de ses collègues ont mené une fouille dans le véhicule d’un homme qui a échoué le test d’ivressomètre.

« Des fois, l’arrestation devient secondaire. C’est la préservation de la vie qui importe », a expliqué le policier. On savait qu’il était intoxiqué et qu’il avait eu un grave accident. On ignorait toutefois s’il était gravement blessé, s’il avait une blessure à la tête. Il fallait le trouver ».

Durant la nuit de vendredi à samedi, le sergent Danyluk a intercepté une automobiliste qui roulait avec un phare brûlé. La femme a présenté ses excuses à de nombreuses reprises au policier. 

« La majorité de nos citoyennes et citoyens sont de bonnes personnes. Elle était un bon exemple de ça. Elle était tellement gentille. D’après nos dossiers, elle n’a jamais reçu de constat d’infraction de sa vie ni d’accusation criminelle. Elle ignorait tout bonnement qu’elle avait un phare brûlé », a-t-il indiqué.