Le gouvernement a annoncé, en août, un financement supplémentaire pour aider les élèves en difficulté, mais dans les faits, rien ne bouge.
Le gouvernement a annoncé, en août, un financement supplémentaire pour aider les élèves en difficulté, mais dans les faits, rien ne bouge.

Élèves en difficulté: des promesses sans résultat

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Le ministre Jean-François Roberge a beau avoir promis davantage de ressources pour aider les élèves en difficulté dans le réseau, à la fois le Syndicat du personnel professionnel des commissions scolaires de l’Outaouais (SPPCSO) et deux spécialistes qui ont accepté de témoigner anonymement disent que sur le terrain, rien de cela ne s’est véritablement concrétisé depuis septembre.

La présidente du syndicat, Annie St-Pierre, affirme que malgré la « solidarité tissée serrée » entre tous les acteurs du réseau, force est de constater qu’il y a eu peu ou pas d’améliorations notables dans les écoles afin de venir en aide aux élèves vulnérables pour qui la fermeture des écoles au printemps a fait mal.

Le gouvernement a annoncé en août des sommes d’argent supplémentaires, entre autres pour permettre des embauches afin d’organiser des activités de rattrapage et d’aide aux devoirs. L’autre mesure, saluée par plusieurs, reconduisait pour deux ans, sans évaluation ni analyse administrative, l’aide destinée aux écoliers en difficulté, allouant ainsi 560 000 heures de plus en services directs dans les premières semaines de l’année.

« Ce que les gens nous rapportent, c’est que c’est bien beau qu’on dise qu’on suspend ces étapes-là, reste que des directions d’écoles continuent dans plusieurs milieux de demander à ce que ce soit fait quand même. Les psychologues, par exemple, ont quand même à remplir les formulaires habituels, à compléter une liste de vérification pour documenter les dossiers. Le temps passé à rédiger des rapports devrait être libéré pour intervenir auprès des élèves, mais dans les faits, des supérieurs demandent encore à ce que des documents soient rédigés pour que les dossiers soient complets dans deux ans », affirme Mme St-Pierre.

Le contexte actuel amène aussi les professionnels à se buter à toutes sortes d’obstacles sur le terrain.

« Il y a des orthopédagogues, par exemple, qui avaient dans le passé des locaux qui leur étaient dédiés, mais dans plusieurs écoles c’est devenu un local COVID. On s’organise du mieux possible, parfois des locaux de direction sont prêtés. D’autres intervenants arrivent sur place et n’ont plus de locaux qui permettent de préserver la confidentialité. Ça crée des pertes de temps et des situations délicates », note la présidente du SPPCSO, spécifiant que « tout le monde espère que la région va rebasculer en zone orange le plus vite possible ».

Les changements promis n'ont pas eu les résultats espérés. En plus, la pandémie a eu des impacts néfastes sur certains élèves.

Certains aspects se sont cependant améliorés ces dernières semaines, indique-t-on, par exemple des ajustements aux mandats, si bien que des professionnels qui étaient contraints à faire jusqu’à six heures de surveillance par semaine peuvent désormais se consacrer à leur tâche principale.

Une orthopédagogue affirme que les services directs aux élèves n’ont pas été rehaussés par rapport aux années précédentes, loin de là.

« Il n’y a pas de changement, nous sommes juste plus débordés qu’autre chose. On perçoit les difficultés des enfants, mais les ressources humaines ne sont pas là. L’argent, une fois divisé entre toutes écoles, représente des miettes. Ça peut servir un peu à n’importe quoi. Avec la COVID, certaines écoles l’ont utilisé pour la conciergerie », confie-t-elle.

Cette dernière souligne que la pandémie a eu des impacts néfastes sur certains élèves.

« Ça dépend des milieux. Nos élèves phares ou ceux qui ont des parents stimulants cheminent bien, mais ce sont nos plus démunis pour qui c’est difficile. Ceux qui ont moins de ressources ont perdu beaucoup de plumes en cours de route, la marche est haute. Certains ont été branchés sur des tablettes durant des semaines et ont de la misère à rester attentifs. Les écarts paraissent », dit-elle.

Le son de cloche est similaire pour une psychoéducatrice qui a parlé au Droit.

« On a reçu des poussières. L’argent qui a été alloué à chaque école facilite peut-être la gestion quotidienne un tant soit peu, mais pour les services à l’élève et répondre aux problèmes actuels, on ne voit pas de différence. On ne fait plus d’évaluation, mais les directions nous demandent des comptes pour qu’il y ait des traces. On travaille aussi avec des gens qui sont anxieux, la charge mentale est importante », lance-t-elle.