Kathleen Wynne implore maintenant les électeurs de choisir des candidats libéraux afin de surveiller un éventuel gouvernement conservateur ou néo-démocrate.

Quelles leçons tirer de la campagne ontarienne?

Alors que les électeurs se préparent à aller aux urnes en Ontario, les partis fédéraux qui ont participé activement à la campagne provinciale étudieront de près les succès - et les échecs - en vue de la course fédérale de 2019.

Le premier ministre Justin Trudeau a adopté une approche non interventionniste, afin de ne pas s’immiscer dans le résultat d’une élection provinciale. Mais son bureau est prompt à dresser un portrait optimiste de l’état de la province sous la direction de la première ministre libérale Kathleen Wynne.

«Les Ontariennes et les Ontariens décideront qui sera élu premier ministre et (M. Trudeau) travaillera avec qui ils voudront (...) Depuis notre arrivée au pouvoir, nous avons beaucoup travaillé avec la province de l’Ontario et accompli beaucoup», a déclaré le porte-parole du bureau du premier ministre, Matt Pascuzzo.

«L’économie de l’Ontario a créé près de 270 000 emplois, la plupart à temps plein, et le taux de chômage est tombé à 5,5 pour cent.»

Ces commentaires, cependant, ont été faits avant l’aveu étonnant de Mme Wynne, samedi, que son parti traîne si loin dans les sondages qu’il ne gagnera pas les élections. Mme Wynne implore maintenant les électeurs de choisir des candidats libéraux afin de surveiller un éventuel gouvernement conservateur ou néo-démocrate.

M. Trudeau a assisté à une annonce de financement avec Mme Wynne en Ontario à la veille du début de la campagne - une indication qu’il soutenait sa candidature, a expliqué le stratège libéral Greg MacEachern, le premier vice-président de Proof Strategies.

«Je pense que cela montre un certain respect pour Mme Wynne et pour les efforts qu’elle a déployés lors des dernières élections fédérales», a-t-il dit.

Mais même si M. Trudeau lui-même a choisi de se tenir en marge de la campagne électorale, certains de ses principaux députés et ministres ont rallié les troupes.

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland et la ministre des Services autochtones Jane Philpott ont assisté à un rassemblement dans l’est de Toronto en mai, au cours duquel les deux ministres ont salué le leadership de Mme Wynne et prédit une victoire libérale.

La ministre de l’Environnement Catherine McKenna a envoyé un courriel aux partisans libéraux la semaine dernière pour demander des bénévoles pour travailler à la réélection du candidat Yasir Naqvi, à Ottawa, et avait l’intention de faire du porte-à-porte avec lui dans Ottawa-Centre. L’ancien premier ministre Paul Martin s’est également joint à Mme Wynne pour un événement vendredi.

Dans les coulisses, l’équipe libérale a recruté une aide fédérale supplémentaire, Zita Astravas, qui a pris un congé non payé en tant que chef de cabinet du ministre de la Défense Harjit Sajjan. Mme Astravas travaillait auparavant à la gestion des problèmes au bureau du premier ministre et était la secrétaire de presse de Mme Wynne.

Des employés de plusieurs ministères fédéraux ont également offert leur temps pour faire des appels de campagne provinciaux.

Le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Doug Ford, a reçu un coup de main du parti fédéral.

On retrouve derrière lui plusieurs anciens membres du gouvernement de Stephen Harper. Le directeur de campagne de M. Ford, Kory Teneycke, travaillait comme directeur des communications de M. Harper; la responsable de sa campagne sur le terrain, Jenni Byrne, a dirigé les campagnes de M. Harper en 2011 et en 2015.

M. Harper a aussi appuyé M. Ford sur Twitter.

Plusieurs députés conservateurs, actuels et anciens, ont également été actifs dans la course, y compris Erin O’Toole, John Brassard, Tony Clement, John Baird et Peter MacKay.

Le chef conservateur Andrew Scheer avait annoncé très rapidement qu’il ferait campagne avec M. Ford, mais son directeur des relations avec les médias a ensuite annoncé que M. Scheer ne rejoindrait pas M. Ford sur le terrain après tout, blâmant des conflits d’horaire.

M. Scheer a appuyé publiquement la tentative de M. Ford de devenir le prochain premier ministre de l’Ontario, surtout avec la possibilité que le NPD soit l’alternative.

«J’ai vécu sous le NPD ici en Ontario et en Saskatchewan, je sais à quel point leurs politiques sont terribles pour une province, je pense qu’il est assez clair que le meilleur choix est Doug Ford», a déclaré M. Scheer aux journalistes la semaine dernière à Ottawa.

Pendant ce temps, la campagne de la chef du NPD provincial Andrea Horwath a été fortement soutenue par le parti fédéral. Non seulement le leader fédéral Jagmeet Singh a-t-il fait campagne dans plusieurs circonscriptions ontariennes, comme d’autres députés néo-démocrates de haut niveau, mais la salle de guerre du NPD est remplie de militants expérimentés d’élections à travers le pays.

La possibilité d’élire des députés néo-démocrates à la législature ne peut que profiter au parti fédéral à l’aube de sa propre course en 2019, car cela peut servir de tremplin pour un succès fédéral dans une province riche en sièges, a déclaré Karl Bélanger, l’ancien directeur national du NPD et l’actuel président de la Fondation Douglas-Coldwell.

Bien que plusieurs considèrent la course de l’Ontario comme une répétition générale en vue élections fédérales d’octobre 2019, M. Bélanger a souligné que chaque campagne a sa propre dynamique et que celle-ci présente des différences importantes.

Le gouvernement libéral de Mme Wynne est au pouvoir depuis 15 ans et s’est battu à contre-courant pour tenter de convaincre les électeurs de la soutenir.

M. Trudeau, quant à lui, en est encore à son premier mandat, et les électeurs évincent rarement les gouvernements fédéraux après un seul mandat.

Pourtant, il y a des inquiétudes que les niveaux élevés d’impopularité de Mme Wynne puissent nuire au sort des députés libéraux en Ontario lorsque les électeurs seront appelés aux urnes en 2019.

«Plusieurs électeurs ne voient pas une grande différence entre les partis fédéral et provinciaux», a expliqué M. MacEachern.

Alternativement, une victoire de M. Ford pourrait aider les candidats conservateurs fédéraux de l’Ontario qui cherchent à percer en 2019, croit Tim Powers, un stratège conservateur et vice-président de Summa Strategies.

Avec une attention accrue apportée au microciblage dans les campagnes politiques, les partis fédéraux mesureront sans aucun doute de près les messages qui résonnent avec certains groupes d’électeurs dans des domaines clés, a souligné M. Power.

«(Ils verront) quels types de messages - à la fois les bons et les mauvais, ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné et qu’est-ce que le parti fédéral peut apprendre à ne pas faire, qu’est-ce qu’il peut apprendre à bien faire».

«Chaque élection est un laboratoire et à moins que vous ne soyez pas curieux, et la plupart des politiciens sont vraiment curieux, alors vous voulez faire attention et apprendre de tout cela, et les conservateurs fédéraux chercheront à apprendre de tout ça et des conservateurs provinciaux quand 2019 arrivera.»