L’élection de Doug Ford et des progressistes-conservateurs rend nerveuses les organisations de francophones de l’Ontario.

«On va voir comment ça va se dessiner»

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ne cache pas qu’elle aura « du pain sur la planche pour établir de nouvelles relations », mais accueille positivement l’élection d’un gouvernement progressiste-conservateur majoritaire, soutenant ne pas être trop inquiète pour la poursuite du dialogue sur les enjeux franco-ontariens.

« Ces résultats-là, ce n’est pas vraiment une surprise, car les sondages s’alignaient pas mal dans cette direction-là. Et étant donné que nous ne sommes pas une organisation partisane, on parle à tous les partis politiques et nous avions déjà établi des contacts avec ces gens-là au fil des ans. La différence, c’est qu’ils étaient du côté de l’opposition et qu’ils pourraient maintenant se retrouver ministres. Oui, il y a aussi de nouveaux visages, mais c’est à nous de les informer et de nous faire connaître. On connaissait également les 21 députés du NPD [dans l’ancienne législature] », soutient le président Carol Jolin.

Ce dernier tient d’ailleurs à rappeler au nouveau gouvernement dirigé par Doug Ford qu’un peu plus d’un Ontarien sur dix parle le français, une langue « qui joue un rôle important » dans la province.

M. Jolin se dit conscient que les progressistes-conservateurs n’ont pas toujours reçu des éloges dans le passé en matière de défense de la communauté francophone et que le premier ministre désigné a fait référence à plus d’une reprise aux Québécois quand il a été questionné sur les droits des francophones.

« On va voir comment ça va se dessiner. Les trois partis s’étaient engagés pour des projets comme la refonte de la Loi sur les services en français et l’Université de l’Ontario français. Si des dossiers n’avancent pas aussi vite qu’on le voudrait, on va faire appel à l’opposition pour qu’ils les ramènent sur la place publique, comme on le faisait dans le passé. On a parfois besoin que ces gens-là brassent les arbres pour nous », affirme-t-il.

Avouant que l’organisme s’opposerait « de façon énergique » à une disparition du ministère des Affaires francophones, le président de l’AFO estime que plusieurs députés francophones ou francophiles pourraient hériter de ce poste pour prendre la relève de la libérale Marie-France Lalonde.

« M. Ford a des options, il y a l’ancienne porte-parole de l’opposition aux Affaires francophones, Gila Martow, mais aussi des gens comme Caroline Mulroney (York-Simcoe) ou Amanda Simard (Glengarry-Prescott-Russell). Et sur le nombre total d’élus, il y en a peut-être d’autres qui sont bilingues, mais on l’ignore », soutient-il.

À son avis, la députée de Nepean, Lisa MacLeod, qu’il décrit comme une francophile et l’une des figures dominantes du parti, va nécessairement prendre du galon et hériter d’un ministère important.

À moyen terme, M. Jolin souhaite s’entretenir avec le premier ministre dans le but d’établir un plan de travail qui permettra aux francophones d’atteindre la vision établie dans le Plan stratégique communautaire Vision 2025.

« On va leur laisser le temps de ramasser les pancartes et de ranger les bouteilles de champagne, ensuite on va demander des rencontres, notamment avec M. Ford, le plus rapidement possible », affirme-t-il.

CE QU'ILS ONT DIT

« Dans la région, il y aura des députés de différentes couleurs, mais pour nous, peu importe la couleur du parti, on reste blanc et vert. Malgré tout, nous sommes heureux que des gens qui ont été des acteurs importants pour le bilinguisme à Ottawa, comme Nathalie Des Rosiers, aient été réélus. On va continuer à faire notre travail et c’est certain qu’on aura à resensibiliser certaines personnes sur la question des droits et enjeux francophones. [...On espère aussi que M. Ford va comprendre que la francophonie n’est pas québécoise, c’est une diversité et elle existe partout au pays, y compris à Toronto et dans sa propre circonscription (Etobicoke-Nord). »

— Soukaina Boutiyeb, présidente de l’ACFO

«C’est un peu désolant pour le Parti libéral, mais la réalité, on le voit avec l’histoire canadienne, c’est que lorsque tu es au pouvoir pour une aussi longue période de temps, tu dois souvent recommencer presque à zéro. La sensibilisation à la réalité des Franco-Ontariens, ça ne s’apprend pas dans les livres. Il va falloir que le nouveau gouvernement ne l’oublie pas pour qu’on puisse continuer à faire des progrès, comme on l’a fait sous les libéraux. Une chose est certaine, les 100 premiers jours seront un moment-clé, car c’est là que les grosses décisions seront prises. Il va donc falloir mesurer les impacts directs et indirects de celles-ci sur notre communauté. Et on devra le dénoncer quand quelque chose ne nous satisfera pas.» 

— Ronald Caza, avocat en droits linguistiques