L’heure du choix a sonné pour les électeurs ontariens

TORONTO - Quelques pépins techniques sont survenus, jeudi matin, aux premières heures du scrutin général en Ontario.

Au début de la journée, un certain nombre d’électeurs se sont plaints dans les médias sociaux de problèmes liés à la nouvelle technologie déployée dans la moitié des 7200 bureaux de vote de la province afin de réduire les effectifs et d’accélérer le décompte des voix. Élections Ontario soutient toutefois que 99,6 pour cent des bureaux de scrutin qui utilisent les nouvelles machines de numérisation et de tabulation fonctionnaient comme prévu, jeudi.

Élections Ontario rappelle toutefois qu’en cas de problème technique, les responsables du scrutin reviendront à la méthode papier traditionnelle, comme c’est le cas dans les bureaux de scrutin où la nouvelle technologie n’est pas utilisée.

Par ailleurs, Élections Ontario a prolongé les heures de vote dans un certain nombre de bureaux. Des confinements dans des écoles ont incité l’organisme à prolonger le vote de 25 minutes dans deux bureaux de la circonscription de Simcoe-Nord, de 55 minutes dans un bureau de York-Simcoe et de 145 minutes dans un deuxième bureau de cette même circonscription.

Le déclenchement d’une alarme incendie a interrompu le vote pendant 25 minutes dans un bureau de la circonscription de Baie de Quinte. Dans un bureau d’Essex, c’est l’interruption du service d’ascenseur qui a causé un retard de 20 minutes.

Élections Ontario n’a pas expliqué pourquoi il prolongeait le vote de 90 minutes dans un bureau de Glengarry-Prescott-Russell, de 40 minutes dans un bureau de York South-Weston, et de quatre heures dans un bureau de Kiiwetinoong, dans le nord-ouest de la province.

Les résultats pour ces sept circonscriptions ne seront donc pas communiqués avant la fermeture tardive de ces bureaux, prévient la commission électorale.

Dans le reste de la province, les électeurs peuvent se rendre aux urnes jusqu’à 21 h, pour une élection qui pourrait bien redessiner le paysage politique de la province, alors que le Parti progressiste-conservateur et le Nouveau Parti démocratique sont au coude à coude dans les sondages depuis environ deux semaines. Quoi qu’il en soit, ce scrutin devrait mettre un terme à 15 ans de gouvernement libéral en Ontario, comme l’a elle-même admis la première ministre Kathleen Wynne, la semaine dernière, dans un aveu étonnant.

Les progressistes-conservateurs, d’abord largement en tête dans les sondages, ont vu fondre leur forte avance petit à petit dans la campagne. Une égalité dans les suffrages exprimés pourrait toutefois se traduire, en termes de sièges, par un gouvernement conservateur majoritaire.

La «bière à une piastre»

Le chef conservateur, Doug Ford, a voté jeudi matin à Toronto. Il avait notamment promis en campagne une baisse des prix de l’essence de 10 cents le litre, une réduction des factures d’électricité et l’introduction de la «bière à un dollar». On lui a toutefois reproché son manque de transparence pour ne pas avoir précisément chiffré sa plateforme électorale. À environ une semaine du scrutin, le parti a publié une liste de promesses et leurs coûts, mais n’a pas indiqué comment ces promesses seraient financées, et quelles seraient la taille et la durée des déficits annuels.

En revanche, la chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Andrea Horwath, est toujours considérée dans les sondages comme la plus populaire des trois chefs de parti. M. Ford a donc concentré ses attaques sur des candidats néo-démocrates qu’il qualifiait de «radicaux» ou d’»inexpérimentés».

Les libéraux ont soutenu que le plan du NPD n’était pas réaliste, soulignant avec jubilation les erreurs comptables dans la plateforme, y compris celle qui augmentait le déficit proposé de 1,4 milliard $ par année. Mme Wynne a également dénoncé à plusieurs reprises l’opposition de Mme Horwath à une loi spéciale de retour au travail des enseignants du collégial en 2017.

Mme Horwath a tendu la main aux électeurs indécis, mercredi, en présentant le scrutin comme un choix sans équivoque entre son programme positif pour aider les familles à améliorer leur vie, et les propositions de réduction des coûts de M. Ford. Lors d’une rencontre avec des bénévoles, jeudi matin, elle a qualifié sa campagne de fantastique. «Je suis emballée par les occasions qui se présenteront à nous ce soir et demain si on nous donne la chance de former le gouvernement qui continuera à faire avancer l’Ontario», a-t-elle dit.

Le NPD a été confiné au cours des dernières décennies à quelques poignées de sièges à Toronto ainsi que dans le nord et le sud-ouest de la province. Mais les bonzes du parti soutiennent que selon leurs chiffres, ils seraient sur le point de s’emparer de sièges dans d’autres régions de la province, et espèrent l’emporter dans plusieurs bastions libéraux.

Des libéraux impopulaires

Les libéraux étaient arrivés au pouvoir en 2003 sous la direction de Dalton McGuinty, et Mme Wynne a pris les rênes du parti et du gouvernement quand il a démissionné en 2013. Elle a mené le parti à une autre majorité en 2014, malgré le fait que la formation était déjà embourbée dans des affaires de gouffres financiers, notamment une facture pouvant atteindre 1,1 milliard $ pour annuler deux centrales au gaz.

Mme Wynne semblait malgré tout optimiste après avoir voté jeudi matin. «J’ai hâte de savoir ce que les gens de l’Ontario ont décidé, a-t-elle lancé. Ce sera une soirée excitante.»

Sa popularité a commencé à baisser rapidement et a chuté sous la barre des 20 pour cent en 2016 et 2017, en grande partie à cause de la grogne suscitée par la hausse des tarifs d’électricité. Les libéraux ont finalement réduit les factures de huit pour cent, puis de 17 pour cent, mais de son propre aveu, Mme Wynne n’a pas su reconnaître assez tôt les impacts des investissements dans le réseau énergétique sur le portefeuille des citoyens.

Elle a également été critiquée pour la privatisation partielle d’Hydro One et sa décision de replonger la province dans les déficits - elle a finalement affiché l’équilibre en 2017-2018. Mme Wynne a insisté sur le fait que les milliards de dollars investis dans les soins de santé, les services de garde et un programme de médicaments et de soins dentaires étaient des dépenses nécessaires.

Mme Wynne a passé les derniers jours de la campagne à supplier les électeurs d’élire au moins quelques libéraux afin d’empêcher l’élection d’un gouvernement majoritaire conservateur ou néo-démocrate. Certains croient que les libéraux pourraient compter moins de huit élus vendredi matin, ce qui signifierait une perte du statut de parti officiel à l’Assemblée législative.