Une fois les élections terminées, Louise Poirier compte faire pression sur les élus pour que la Loi électorale soit modifiée par l’Assemblée nationale.

Voter à l'étranger: un processus «archaïque»

« Sur le site d’Élections Québec, on dit qu’on veut rendre le vote accessible à tous, mais ce n’est pas vrai. » La Gatinoise Louise Poirier craint de ne pas pouvoir exercer son devoir démocratique car elle sera en voyage en Égypte à la fois lors du vote par anticipation et le jour du scrutin.

L’ex-élue municipale s’envolera vers Le Caire le 20 septembre. La date, incidemment, tombe la veille de la première des sept journées de vote par anticipation déterminées par Élections Québec. Elle ne sera de retour au pays que le 15 octobre. Elle n’a donc d’autre choix que de se tourner vers la seule option disponible : le vote hors Québec, qui s’effectue par la poste.

Or, affirme-t-elle, cette procédure est lourde et cause un stress inutile. À tel point qu’à son avis, plusieurs voyageurs risquent malheureusement d’abdiquer et de faire le choix de ne pas voter.

Pourtant, il existe d’autres options pour faciliter la vie à l’électorat qui est à l’étranger, à commencer par le vote dans un bureau de directeur de scrutin durant la totalité ou presque de la période électorale. Cette façon de faire est offerte entre autres lors des élections fédérales, mais aussi dans plusieurs provinces.

« Nous sommes en 2018. C’est archaïque comme processus. Je connais au minimum trois personnes qui sont exactement dans la même situation. Dans les années 1990, j’ai déjà agi en tant que directrice d’un bureau d’élection au niveau fédéral et déjà, à l’époque, c’était possible pour les gens de s’y rendre pour voter. Pourquoi le Québec n’adopte pas une telle mesure ? Il y a l’option du vote électronique qui devrait être étudiée sérieusement », lance-t-elle.

Mme Poirier a fait part de sa situation au bureau électoral de la députée sortante de Hull, Maryse Gaudreault, qui a porté plainte au Directeur général des élections du Québec (DGEQ) en son nom.

Non seulement l’électrice gatinoise craint de ne jamais recevoir l’enveloppe contenant son bulletin de vote à l’hôtel où elle logera, elle soutient n’avoir « aucune garantie » que le tout sera réacheminé à temps au Québec.

« Jusqu’à maintenant, j’ai passé plus de temps à essayer de régler mon problème de votation qu’à préparer mon voyage. C’est excessif. Je ne m’en vais pas en Égypte pour aller voter pour le prochain gouvernement, j’y vais pour aller voir les pyramides, les momies, etc. », dit-elle.

Malgré tous les problèmes que cela entraîne, Mme Poirier tenait à exercer son devoir de citoyenne.

« Je n’y renonce pas, car on sait tous qu’il y a des pays où les gens doivent se battre pour voter. En tant qu’ex-politicienne, c’est un devoir auquel je crois beaucoup, sauf qu’on ne me facilite pas la tâche. Je vais essayer de jouer le jeu, mais j’ai l’impression que j’ai 50% des chances que mon vote ne parvienne pas jusqu’à moi ou ne revienne pas dans les délais requis. Et encore là, on me fournit une adresse courriel pour vérifier si mon vote aura été comptabilisé, mais il y a plusieurs endroits où la connexion internet est difficile, alors je risque de ne le savoir qu’à mon retour », déplore la Gatinoise.

Se décrivant comme une battante, Louise Poirier compte faire pression sur les élus, une fois les élections terminées, pour que la Loi électorale soit modifiée par l’Assemblée nationale.

Un autre cas : le Japon

Un couple gatinois qui sera en voyage au Japon du 20 septembre au 4 octobre a quant à lui décidé, à contrecœur, de faire une croix sur son devoir de citoyen.

« On peut nous envoyer des bulletins de vote outre-mer, sauf que dans notre cas, on changera d’hôtel tous les deux jours. En plus, le Japon n’est pas nécessairement un pays où on pratique l’anglais, encore moins le français. On ne sait pas non plus si la réception conserverait le courrier. On m’a même suggéré de retarder mon voyage, mais on a payé quelques milliers de dollars pour ça, c’est organisé », affirme Yixiong Rang.

Il croit lui aussi qu’il devrait être possible de voter à l’avance dans un bureau de directeur de scrutin, quitte à ce que des critères stricts soient imposés. Les lois actuelles sont « bizarres », dit-il.

« Je suis arrivé au Canada en 2002 et depuis que je suis en âge de voter, je l’ai toujours fait. C’est un devoir important pour un citoyen. Les lois, ça se change, elles sont écrites par les politiciens. On devrait au minimum harmoniser nos façons de faire avec celles du reste du pays. C’est un non-sens », conclut-il.

Le DGEQ se défend en affirmant qu’il n’a d’autre choix que d’appliquer les barèmes de la loi actuelle et ajoute qu’on compte cette année un total de sept jours de vote par anticipation, du 21 au 27 septembre.

« À ces dates-là, il est possible pour les électeurs de voter dans un bureau de scrutin d’une autre circonscription que la leur, alors il y a une certaine souplesse dans les modalités. [...] Pour le vote par la poste, on prépare le matériel tout de suite pour qu’il puisse être acheminé dans les 48 heures suivant la demande. On attend pas la fin de la période de candidatures justement pour que ça aille plus rapidement », indique la porte-parole Julie St-Arnaud Drolet, qui ajoute que le processus est en général efficace, même s’il s’agit de cas par cas.

Le DGEQ, précise-t-elle, a un pouvoir de recommandation mais seuls les élus peuvent réviser la Loi électorale.

Jusqu’à présent, 2000 électeurs québécois ont demandé à voter par la poste. En 2014, 18 000 personnes avaient exercé leur droit de vote de cette façon.

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UN PROCESSUS ARDU ET COMPLIQUÉ

La députée sortante de la circonscription de Hull, Maryse Gaudreault, ne cache pas que le processus de votation actuellement en vigueur pour les électeurs québécois en voyage à l’extérieur du pays est «ardu et compliqué». Elle soutient qu’elle compte même acheminer une lettre au directeur général des élections, Pierre Reid, pour le sensibiliser à cette question.

«En tant que vice-présidente de l’Assemblée nationale, j’ai eu la chance de le côtoyer régulièrement lors d’événements et je vais certainement lui partager cette préoccupation des citoyens. Ceux-ci veulent participer au processus démocratique mais on ne leur permet pas de le faire, en quelque sorte, car on n’a pas pensé d’actualiser les façons de voter. [...] On n’arrête pas de déplorer le faible taux de participation aux élections, alors que nous n’avons pas arrimé ces pratiques-là. On manque un rendez-vous», lance Mme Gaudreault.

Cette dernière affirme que la Loi électorale devrait idéalement être révisée en ce sens à temps pour le prochain scrutin, soit avant 2022 advenant l’élection d’un gouvernement majoritaire. Elle estime que ces changements sont d’autant plus importants à une époque où «on met tout en œuvre pour encourager la participation citoyenne le plus tôt possible dans la vie» et à l’ère du Web et des médias sociaux.

«On a une belle démocratie, mais encore faut-il donner les moyens aux gens d’y participer», conclut-elle, ajoutant que tous les partis politiques s’entendent sur le principe.

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LE QUÉBEC FAIT BANDE À PART

Contrairement au Québec, plusieurs provinces ainsi qu’Élections Canada offrent aux électeurs qui seront absents le jour officiel du scrutin ou lors de la période du vote par anticipation l’option de voter dans un bureau de directeur de scrutin.

Au fédéral, par exemple, les électeurs peuvent voter en personne à leur bureau local d’Élections Canada « pendant une bonne partie de la période électorale », après avoir formulé une demande pour voter par bulletin spécial après le déclenchement d’une élection. Pour voter par bulletin spécial, il suffit d’acheminer sa demande avant 18 h (heure locale) le mardi précédant le jour du scrutin.

Du côté d’Élections Ontario, les électeurs peuvent aussi choisir de voter en personne par bulletin spécial au bureau du directeur du scrutin local dès le lendemain du déclenchement des élections provinciales, et ce, jusqu’à 18 h la veille du jour du scrutin.

Une vérification effectuée par Le Droit des pratiques qui prévalent dans d’autres provinces a permis de constater que la Colombie-Britannique, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, à titre d’exemples, offrent aux gens la possibilité de voter de cette façon.

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L'ABC DES RÈGLES DU VOTE HORS QUÉBEC

Le vote hors Québec se faisant par la poste, les électeurs concernés doivent acheminer leur demande d’inscription au DGEQ et celle-ci doit être reçue au plus tard le 12 septembre 2018 à 23 h 59, heure du Québec. Il est possible de le faire en ligne, par la poste ou par télécopieur. Les gens doivent joindre une copie de deux pièces d’identité ainsi que l’attestation de leur affectation à l’extérieur de la province, le cas échéant.

À la suite de l’inscription de l’électeur, Élections Québec acheminera par la poste à une adresse fournie par la personne le matériel nécessaire pour voter, soit des instructions sur la manière de voter, un bulletin de vote et trois enveloppes.

Quant à la liste des personnes candidates, elle est acheminée dans un second temps car la période de mise en candidature prend fin le 15 septembre.

L’électeur qui est à l’étranger doit assumer les frais d’envoi de son bulletin de vote dans la Belle Province. Advenant que des frais soient facturés à Élections Québec, le colis sera refusé par l’organisation.

Le bulletin de vote doit être reçu au plus tard le jour du scrutin (1er octobre) à l’heure de fermeture des bureaux de vote (20h).